En cette fin d’année et en l’absence du budget 2015, scrutin du 10 décembre pour les élections générales oblige, le secteur bancaire se retrouve au centre de l’actualité. L’état des banques commerciales était à l’agenda des dernières délibérations du Monetary Policy Commmittee (MPC) de la Banque de Maurice du 27 octobre dernier, comme le révèlent les procès-verbaux de cette instance, rendus publics en début de semaine. Le Head Economic Analysis and Publications Division de la Banque centrale, le Dr Aubeeluck, a décortiqué pour les membres du MPC les faiblesses du secteur bancaire dans la conjoncture. La récente décision de Moody’s de revoir à la baisse la notation de deux des plus importantes banques commerciales du pays, soit le MCB Group et la State Bank of Mauritius, est venue se greffer aux préoccupations de la Banque de Maurice. Toutefois, en fin de semaine, ces deux banques ont affiché des profits en hausse de 7% à 8% à la fin de septembre dernier.
Dans une communication au MPC et intitulé Risks and Vulnerabilities in the Domestic Banking System, le Dr Aubeeluck ne pratique pas la langue de bois pour faire comprendre que « the domestic banking sector is facing risks and challenges ». Le diagnostic porte sur le problème de l’augmentation des créances douteuses, la concentration des risques des prêts bancaires alloués et du phénomène d’excès de liquidités se maintenant au-dessus de la barre des Rs 10 milliards en dépit des efforts de stérilisation de la Banque de Maurice.
Chiffres à l’appui, ce proche collaborateur du gouverneur de la Banque de Maurice, Rundheersing Bheenick, confirme la tendance à la hausse des Non-Performing Loans (NPL) au cours de la période allant de mars 2008 à mars dernier. D’ailleurs, le dernier Financial Stability Report de la Banque de Maurice attire l’attention sur ce risque de plus en plus grandissant pour les banques. La proportion des créances douteuses par rapport au volume de crédits alloués au secteur privé s’est maintenue au-dessus de la barre de 5% au cours des douze derniers mois, alors que ce même indicateur pour des Cross-Border Credits est passé de 1,9% à 2,5% pour la même période (voir détails plus loin sur les poursuites entamées par le MCB Group en Inde).
Graves appréhensions
Au chapitre des NPL, l’avertissement de la Banque centrale est des plus clairs. « Reflecting difficulties faced by some economic operators, asset quality of banks deteriorated further since the February 2014 Financial Stability Report. The continued rise in NPL over the past quarters is a matter of concern. The Bank remains vigilant about rising NPL in the banking sector », font comprendre les autorités bancaires, le Head Economic Analysis and Publications Division enfonçant le clou lors de la presentation devant le MPC.
De graves appréhensions sont entretenues devant une analyse sectorielle de la détérioration du facteur de NPL. Au cours de la période de mars 2011 à juin 2014, le pourcentage de NPL par rapport au crédit a atteint 10% contre un peu plus de 8% dans le secteur manufacturier, 8% pour l’industrie du bâtiment contre un peu moins de 6% au début de la période, de 6% pour les commerçants, alors que pour le tourisme et le secteur des services financiers l’indicateur se situe en dessous des 2% dans chacun des cas.
Le mécanisme automatique enclenché par les banques pour se couvrir de ces defaults demeure une augmentation du Loan Loss Provisioning. Les derniers chiffres disponibles indiquent que les Provisions for Bad Debts ont augmenté de 14,7% contre une détérioration de 21,5% des NPL. La Banque de Maurice a tiré la sonnette d’alarme devant la « relatively lower rise in loan loss provisioning » et rappelle aux banques commerciales la nécessité de « ensure adequate portfolio provisioning in some sectors against potential rise in NPL ».
Consumption Loans des ménages
Les secteurs identifiés pour la mise en place de ces mesures macroprudentielles sont le bâtiment, plus particulièrement la construction résidentielle et commerciale, de même que le tourisme et les prêts des ménages. D’ailleurs, sur ce dernier point, la Banque de Maurice est inquiète quant à un changement d’attitude des ménages avec une préférence pour les Consumption Loans.
« The growing switch from housing into consumption amid signs of lower growth of household disposable income calls for greater vigilance. The implementation of macroprudential measures since January 2014 is expected to reinforce the resilience of the banking sector to potential risks that may arise from the housing market », prévient la Banque de Maurice.
Le document présenté par le Dr Aubeeluck au MPC met en exergue le fait que le tourisme et la construction, avec des crédits bancaires de Rs 125 milliards, représentent 46% du montant global des crédits alloués au secteur privé. Sur les Rs 302 milliards de crédits au secteur privé à la fin de septembre dernier, la construction s’est appropriée Rs 77,6 milliards, soit presque Rs 30 milliards de plus que le tourisme (Rs 47,3 milliards). Les autres segments économiques sont loin derrière, dont le commerce avec une ardoise de Rs 30 milliards, les ménages (la consommation) avec également Rs 30 milliards ou encore la manufacture avec Rs 18 milliards.
Cette répartition se fait dans un contexte où les crédits au secteur privé, qui constitue 44% du total des crédits bancaires, a connu une décélération depuis 2012. Au cours de ces derniers douze mois, le taux de croissance des crédits au secteur privé a régressé de moitié, soit de 5,2% contre 13,1% pour les précédents douze mois. Quelque 30% de ces ressources bancaires sont canalisées vers les ménages avec « the major share of private sector credit chanelled to corporates ».
Au Head Economic Analysis and Publications Division de la Banque de Maurice de revenir à la charge sur l’aspect du Credit Concentration Risk. Ce ratio, dont le pourcentage « of aggregate large exposures to capital base », s’est détérioré de mars 2013 à juin 2014, en passant de 182,4% à 210,7%. Force est de constater que « large credit exposures refer to total exposures to a customer or a group of closely-related customers that are above 15 per cent of the capital base of a bank. »
La Banque de Maurice, tout en concédant que les indicateurs de concentration sont encore dans les limites, ne peut occulter le fait que « the upward trend in the volume of large credit exposures in the banking sector suggests a potential source of risk ». Le mot d’ordre reste la vigilance vu que les bilans financiers de certains conglomérats économiques comportent des signes de vulnérabilité.
 Excédents de liquidité
Le problème récurrent des excédents de liquidité continue à préoccuper les autorités. Depuis le début de cette année, le montant des liquidités excédentaires est resté au-dessus de la barre des Rs 10 milliards en débit de « sizeable frontloading of government papers and the issue of bank of Mauritius instruments, for the three consecutive montoring periods ended 2 October 2014 ».
Le Dr Aubeeluck soutient que le phénomène de liquidités excédentaires surgit avec un « increased borrowing by government to finance fiscal deficit to the detriment of domestic financing, thereby saddling banks with surplus liquidity », une demande de crédits bancaires en baisse et une accumulation de réserves de devises étrangères.
Quatre conséquences majeures découlent de cet excédent de liquidités :
des taux d’intérêts bas susceptibles d’alimenter la spirale inflationniste et une détérioration de la balance des paiements ;
des problèmes affectant ceux au bas de l’échelle ;
une perte de compétitivité des secteurs économiques sur le plan international, notamment les exportations et le tourisme, et ;
une détérioration au niveau des Non-Performing Loans, avec les banques tentées de financer des projets de nature marginale et de viabilité douteuse.
Le dossier des excédents de liquidités fait également partie des préoccupations du ministère des Finances car l’Acting Deputy Financial Secretary, Patrick Yip Wang Wing, en a consacré une majeure partie de son intervention devant le MPC. Conscient des risques pour l’économie, le ministère des Finances a voulu se montrer rassurant au sujet d’une « cooperation on liquidity management and monetary policy coordination ». Les discussions en vue de rédiger un Memorandum of Understanding ont atteint un stade avancé et la signature pourrait se faire au lendemain des prochaines élections avec un full-fledged minister installé aux Finances.
Les principales attributions du Memorandum of Understanding en négociation sont, entre autres :
le soutien du ministère des Finances à la Banque de Maurice dans des opérations de stérilisation des excédents de liquidité, le remplacement des Bank of Mauritius Bills arrivant à maturité par des Government Securities en assurant le financement de ce swap ;
la recapitalisation de la Banque de Maurice et ;
l’adoption de l’Inflation Target pour une période de deux ans.

 
Le représentant du ministère des Finances s’est appesanti sur les mesures entérinées pour contrecarrer les effets néfastes de cet excédent de liquidités :
l’annulation du déboursement d’un prêt de Rs 5,2 milliards de la Banque africaine de développement, le frontloading des Government Securities, des émissions de 5-Year Savings Bonds,
le transfert des Surplus Cash Balances des banques commerciales à la Banque de Maurice ;
le gel dans un compte spécial à la Banque de Maurice des recettes des Savings Bonds ;
émission de Savings Notes de trois ans avec des taux d’intérêts de 5,25% par an pour un montant de Rs 2 milliards ;
des fonds de Rs 4 milliards épongés en dessus des Borrowing Requirements du gouvernement et ;
le remboursement avant terme des prêts en devises étrangères.
En conclusion, les minutes of proceedings de la dernière réunion du MPC note que « excess liquidity led to the distortion of the interest rate structure, stifled the transmission mechanism, and affected market efficiency. It was thus imperative to address this issue as well as to monitor closely the rising non-performing loans in a low interest rate environment for financial stability considerations » …