Les appréhensions évoquées par la mission du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des dernières Article IV Consultations s’avèrent être à point au tableau de l’endettement public. En effet, les dernières données à la fin du premier trimestre de cette année publiées en fin de semaine sur le website du ministère des Finances confirment la progression de la dette publique de l’ordre de Rs 15 800 par tête d’habitant. Au 31 mars dernier, la dette publique s’élevait à Rs 267,1 milliards, avec une nette prédominance de la dette locale. De ce fait, le Public Sector Debt Ratio est passé à 65,2% du PIB, constituant une hausse de deux points en une année, et encore loin de la barre de 50% aux termes des engagements sous le Debt Management Act. Ces statistiques révèlent une décélération de la dette étrangère, passant de Rs 56 milliards à Rs 54 mlds d’une année à l’autre.
À la fin du premier trimestre et à quelques semaines de la présentation du Budget 2016/17, annoncée pour le 6 juin prochain, la dette par tête d’habitant est de Rs 211 472 contre Rs 195 666 en mars de l’année dernière. La décomposition de la dette publique démontre une Heavy Reliance sur le plan local, avec Rs 189,9 milliards de Budgetary Central Government Domestic Debt, en augmentation de Rs 21 milliards sur une année. Force est de constater que sur ces Rs 21 milliards, Rs 10,4 mlds représentent des émissions de Government Securities pour permettre à la Banque de Maurice de procéder à la stérilisation des excès de liquidités dans le circuit bancaire. L’on note que le montant des excès de liquidités, qui était de Rs 11,1 milliards à fin mars de l’année dernière, est descendu à Rs 6,8 milliards en mars dernier. Le document publié par le ministère des Finances indique que « for the purpose of computation of the debt ceiling, government securities issued for mopping up excess liquidity have been set off in line with the provisions of Public Sector Management Act 2008 ».
La dette locale à court terme est de Rs 32,7 milliards, en hausse de plus de Rs 7 milliards au cours des douze derniers mois, celle à moyen terme de Rs 50,3 milliards, sensiblement au même niveau d’il y a un an et celle pour le long terme de Rs 106,9 milliards, une augmentation de Rs 13 mlds. L’ensemble de la dette locale représente 46,4% du PIB contre 43,2% en mars 2015.
La dette étrangère de Rs 54 milliards, représentant 13,2% du PIB se répartit comme suit, la plus grosse part étant de Rs 49,1 milliards sur le moyen terme et un peu moins de Rs 5 mlds pour le long terme en y incluant les allocations de Droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI.
Un effort plus soutenu prôné
De son côté, le montant des dettes des entreprises publiques garanties par le gouvernement est de Rs 23 milliards, soit Rs 1 mld de plus d’il y a un an. La moitié de cette somme constitue des emprunts contractés auprès des bailleurs de fonds avec l’assurance du gouvernement quant au remboursement en cas de Default de ces institutions.
Le dernier rapport du FMI, rendu public en mars dernier, remet en perspective la problématique de la dette publique en prévision du Budget 2016/17 et de l’échéance de 2018 avec l’objectif de 50% du PIB. La mission du FMI préconise un effort plus soutenu en matière de gestion de la dette en faisant comprendre que « despite improved fiscal conditions in 2015, containing the primary deficit under 1 percent of GDP may not be enough to achieve the statutory debt target. Under this scenario, the debt target would be missed by some 4 percentage points of GDP. Reaching the 2018/19 statutory debt target would require a more pronounced and frontloaded adjustment ».
Les conclusions des Article IV Consultations balisent le champ d’intervention en proposant que « on the revenue side, there is space for reducing tax expenditures, and improving the banking tax structure  and tax administration. An ambitious divestiture effort would also help reduce borrowing requirements and debt ». Mais le FMI se montre quelque peu sceptique quant à la possibilité que l’engagement de 2018 soit tenu à moins d’un redressement d’envergure.
« Public debt increased for the third consecutive year since 2013, further diverging from healthier debt levels. The ratio of public debt-to-GDP reached 63.7 percent of GDP for end-2015 from 61.5 percent at end-2014, reflecting upward pressures on spending, the BAI bailout, and the depreciation of the rupee. On current policies, and with plans to ramp up public investment, reaching the statutory debt target of 50 percent of GDP is unlikely, unless a different fiscal path is adopted », concède le FMI en ajoutant que malgré tout « despite somewhat elevated borrowing needs, Mauritius has not experienced financing difficulties and funding public sector debt has remained accessible though relatively expensive ».
Le FMI maintient que l’heure est venue pour le gouvernement d’élaborer une « medium-term fiscal policy strategy in the next budget cycle ». Les risques de dérapage au niveau de l’endettement pourraient se présenter sous diverses formes, soit
– un Growth Shock avec une croissance inférieure d’un point sur le Baseline Scenario, dont la conséquence est « a significant impact on the level of debt », grimpant à 64% du PIB en 2021 ;
– un Real Interest Shock vu qu’une « increase in the sovereign risk premia by more than 200 basis points (bps) starting in 2018 would raise the effective interest rate paid on public debt by about 100 basis points in 2018 and by about 240 basis points in 2021, reflecting a maturity structure that is tilted toward the medium term ».
– et un Combined Shock de la croissance, des taux d’intérêt et de la Primary Balance de 0,7% du PIB aura pour repercussion un Debt to GDP Ratio de 62% en 2017 à 70% en 2021.
En conclusion, le FMI trouve que le Public Debt Outlook est « broadly positive » même si des signes de détérioration sont visibles et s’appesantit sur le fait que « further improvements to this outlook could derive from the planned medium-term fiscal consolidation and further structural reforms to improve growth prospects and competitiveness ».