La mission du Fonds monétaire international (FMI), dirigée par Martin Petri et comprenant six autres représentants de cette institution, a donné jeudi dernier le coup d’envoi des “Article IV Consultations” sur l’économie mauricienne version 2014. Le calendrier de travail confirme que la mission du FMI maintiendra ses consultations jusqu’au mercredi 5 février. Un rendez-vous demeurera sans nul doute le fait que le chef de mission, Martin Petri, sera le “Special Guest” du gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, lors de la prochaine réunion du Monetary Policy Committee (MPC) fixée au lundi 3. Toutefois, il semblerait que dans la conjoncture, la préoccupation majeure – que ce soit au niveau de la Banque centrale ou du FMI – restera les séquelles du problème des excédents de liquidités dans le circuit monétaire au vu des dernières indications.
La mission du FMI, qui est arrivée mercredi, a déjà participé à une première séance de travail au ministère des Finances, présidée par le vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval avec, à ses côtés, le secrétaire financier par intérim, Patrick Ip, et ses plus proches collaborateurs en l’absence de Dev Manraj, souffrant depuis la fin de l’année dernière. Pour cette première prise de contacts, les deux parties ont passé en revue l’évolution des principaux paramètres économiques depuis le dernier exercice financier, de même que les prévisions pour l’année en cours.
Au cours de ces 15 jours de discussions avec le gouvernement et différents stakeholders – dont des représentants de la Banque de Maurice, du secteur privé et de la société civile –, le FMI se concentrera sur les Fiscal and Monetary Policies, le comportement de la roupie mauricienne sur le marché du change, le volet crucial de la Financial Stability de même que la Debt Sustainability, sans tenir compte d’autres dossiers institutionnels ayant une pertinence sur l’économie pour les 12 mois à venir. Une séance de travail entre la mission du FMI et le Premier ministre, Navin Ramgoolam, est également à l’agenda mais devrait intervenir vers la fin, soit juste avant le “Wrapping-Up” avec le vice-Premier ministre et ministre des Finances. Toutefois, l’innovation de la présente session des “Article IV Consultations” restera la participation de la mission Petri à la prochaine et première réunion de l’année du Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice en vue de déterminer le “repo rate”. Ces invitations s’inscrivent sous l’article 55 de la Bank of Mauritius Act 2004, imposant au MPC « to take into account the views of the Bank, the Ministry of Finance and Economic Development and such other institution or organisation as it considers appropriate in the discharge of its functions ».
Au-delà de la revue de la situation économique, et probablement les “findings” préliminaires sous les “Article IV Consultations”, la mission Petri pourrait s’appesantir dans son analyse sur le fardeau que constituent les excédents de liquidités pour la Banque de Maurice. Depuis les dernières discussions, remontant au mois de janvier de l’année dernière, la situation n’a guère évolué favorablement sur ce chapitre.
Déjà la fin de la semaine dernière, la Banque de Maurice transmettait un signal fort avec des transactions de “reverse repo” pour un montant de Rs 1 milliard en vue d’éponger cet excédent de liquidités sur le marché. Cette semaine n’a pas été différente car sur trois incursions sur le marché, avec deux émissions de Government of Mauritius Treasury Bills pour un montant global de Rs 1,2 milliard et une troisième pour le Ten-Year Government of Mauritius Bonds de Rs 1,4 milliard, la banque de Maurice a enregistré littéralement trois fois la somme, soit Rs 7,1 milliards.
 Dans les cas des deux émissions de bons du trésor des 20 et de 24 janvier, des recours à des émissions de Bank of Mauritius Bills de Rs 2,2 milliards ont été nécessaires pour des opérations de stérilisation monétaire avec des effets néfastes sur le bilan de la Banque centrale.
Pour les spécialistes de la question monétaire, il ne fait aucun doute que le FMI reviendra à la charge sur cette question d’Excess Liquidity et des mesures urgentes à prendre pour un retour à la normale. La mission Petri pourrait rejoindre la conclusion de la dernière réunion du Monetary Policy le 30 septembre de l’année dernière à l’effet que : « The excess liquidity in the money market was also a matter of concern as it had created a disconnect between the “key repo rate and money market interest rates. Much of this excess liquidity had arisen from the net redemption of Government Securities and from the placement of public funds with banks. The Committee noted that the Central Bank had issued large amounts of Bank of Mauritius Securities, including instruments with up to five year maturity, in efforts to withdraw liquidity from the banking system. » Cet exercice se fait à un coût excessif pour les comptes de la Banque de Maurice.
La prochaine réunion du Monetary Policy Committee risque d’être déterminante, non seulement avec les commentaires du FMI sur ce problème urgent mais également sur le fait que les membres de cette instance de la Banque centrale bénéficieront d’un “First-Hand Briefing” de la mission Petri sur l’économie mauricienne et des perspectives sur le front international avant de se prononcer sur le “key repo rate”, qui a été maintenu à 4,65% depuis septembre dernier.