Le problème d’excès de liquidités sur le marché continue à préoccuper les autorités au point où en ce début d’année la Banque de Maurice a dû avoir recours à un instrument d’urgence et à court terme pour faire face à la situation. Les premières données pour 2014 confirment que les excès de liquidités représentent toujours plus de 10% du Cash Reserve Ratio (CRR), soit un peu plus de Rs 8 milliards contre Rs 3,4 milliards en janvier de l’année dernière. En parallèle, la Banque de Maurice et le ministère des Finances ont établi conjointement l’Issuance Programme des obligations d’État d’un montant de Rs 34,9 milliards, excluant les Treasury Bills, pour 2014. Par ailleurs, les dernières données statistiques publiées sur le Website de la Banque de Maurice indiquent que le montant de la dette locale par tête d’habitant est de l’ordre de Rs 116 000 à fin décembre de l’année dernière, représentant la somme de Rs 150 milliards.
Un communiqué d’une phrase de 28 mots émis par la Banque de Maurice en fin de journée de jeudi traduit un profond malaise et une préoccupation majeure dans le secteur bancaire. La Banque centrale confirme qu’elle a dû recourir à une mesure d’urgence et à court terme, soit des Reverse Repo Transactions pour un montant de Rs 1 milliard, en vue de stériliser une partie de cet excès de liquidités sur le marché hors du circuit bancaire.
Les dernières statistiques publiées par la Banque centrale indique que le montant des excès de liquidités au 9 janvier était de Rs 8,1 milliards, représentant 10,22% du Cash Reserve Ratio et se maintenant pour la deuxième quinzaine consécutive au-dessus de la barre des 10%. Au début de janvier de l’année dernière, les excédents de liquidités se montaient à Rs 3,1 milliards (7,99%). La situation ne semble guère évoluer de manière favorable en ce début d’année. L’une des premières opérations de Three-Year Government of Mauritius Treasury Notes inquiète la Banque de Maurice avec la conformation de cette Liquidity Overhang. Une Oversubscription de plus de trois fois a été enregistrée, soit des offres de Rs 3,6 milliards pour des Bids de Rs 1,4 milliard.
Au cas où des solutions nécessaires ne sont pas apportées, la Banque de Maurice devra reconduire ces mêmes Reverse Repo Transactions à ses propres frais et en aggravant ses opérations de Liquidity Management avec des répercussions sur le Balance Sheet Management. Ce problème vient se greffer au fardeau de Rs 20 milliards représentant des instruments financiers émis par la Banque centrale pour gérer les excès de liquidités. Dans le dernier rapport annuel, la Banque centrale commente la série de Bank of Mauritius Securities d’un an, de trois et de cinq ans en vue de « mop up the excess liquidity in the banking system ». « In 2012/13, Bank of Mauritius Securities were issued for a total nominal amount of Rs 17,3 billion compared to Rs 4,4 billion in 2011/12. A total amount of Rs 4,5 billion of Bank of Mauritius securities matured in 20112/13 », note le dernier bilan financier de la BoM.
« La décision d’initier des Reverse Repo Transactions s’impose suite au refus du ministère des Finances d’entériner une proposition de la Banque de Maurice en vue de Frontload the Issuance des obligations d’État prévues pour 2014 », fait-on comprendre dans les milieux autorisés, qui prennent le soin de préciser que cette incompréhension dépasse le cadre des relations entre le gouverneur de la Banque centrale, Manou Bheenick, et le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval.
« Cette question relève davantage d’une appréciation institutionnelle du problème de gestion des liquidités sur le marché qu’autre chose. Le Trésor Public, qui est l’un des plus gros émetteurs d’obligations, doit secourir la Banque centrale. La Banque de Maurice ne doit pas être seule à opérer les frais de cette opération. Il est également convenu que cet éventuel appui du Trésor Public doit se faire hors du cadre du Debt Management. Le Fonds monétaire international partage également cet avis. Mais il semblerait que le ministère des Finances fait la sourde oreille », poursuivent les sources autorisées à la Bank of Mauritius Tower approchées par Le Mauricien en fin de semaine.
Des recoupements d’informations effectués indiquent que le dossier préoccupant des excès de liquidités a été abordé lors d’une première réunion de coordination entre les responsables du Trésor Public et leurs interlocuteurs du Financial Market Operations Department de la Banque de Maurice. L’agenda à l’ordre du jour était le calendrier pour les émissions d’obligations, soit les Three-Year Benchmark Treasury Notes, les Five-Year Benchmark Government of Mauritius Bonds et des Long-Term Bonds de dix et quinze ans respectivement.
La proposition de la Banque de Maurice privilégiait un Frontloading des obligations d’État en ce début d’année dans une stratégie pour éponger l’excès de liquidités dans le circuit monétaire. Pour mieux défendre cette position, le Financial Market Operations Department de la Banque centrale devait citer le récent cas de le Reserve Bank of Australia, qui a bénéficié d’« additional firepower pour ses opérations de liquidity management aux frais de l’État ». Il n’en fut rien face à la sourde oreille du Trésor Public aux appels de la Banque de Maurice, d’où la décision d’avoir recours à la solution du Short-Term Management que représentent les Reverse Repo Transactions de ce jeudi.
Ainsi, l’Issuance Calendar des obligations d’Etat arrêté officiellement découle d’une politique de Business as Usual indépendamment de l’urgence des excès de liquidités. Des Rs 34,9 milliards identifiés pour le présent exercice financier, la Banque de Maurice compte émettre des Three-Year Benchmark Treasury Notes pour un montant global de Rs 15,9 milliards, soit une moyenne de Rs 1,3 milliard par mois, sauf pour les trois premières où la somme a été fixée à Rs 1,4 milliard. Le dernier rapport annuel de la Banque de Maurice souligne que « the single maturity issue with the Three-Year Treasury Notes would help government determine its debt maturity profile and create conditions conducive to the development of a secondary market for Government Securities ».
Pour le mois de janvier, soit au cours de la semaine prochaine, lundi et mercredi, la Banque centrale prévoit deux incursions sur le marché avec une émission de Bons du Trésor de trois ans pour Rs 1,4 milliard et une autre de Rs 1,4 milliard pour des Ten-Year Government of Mauritius Bonds. Pour ce qui est de cette dernière souscription, les intérêts seront payables chaque semestre, soit les 24 juillet et le 24 janvier arrivant à maturité en janvier 2024. En même temps, la Banque de Maurice annonce pour lundi une nouvelle série de Treasury Bills arrivant à échéance dans 364 jours pour un montant de Rs 600 millions.
En ce qui concerne les Bons du gouvernement atteignant la maturité dans cinq ans, le montant prévu est de Rs 11 milliard avec sept incursions sur le marché pour un montant de Rs 1,6 milliard en cinq occasions et deux autres de Rs 1,5 milliard à différents intervalles au cours de l’année.
Les Rs 8 milliards sous les Long-Term Bonds de 2014 seront répartis comme suit, des Ten-Year Bonds de Rs 1,4 milliard chacun en janvier, mai et septembre et des Fifteen-Year Bonds d’un même montant en mars, juillet et octobre.
D’autre part, d’une année à l’autre, la dette locale a augmenté de quelque Rs 10 milliards pour atteindre la barre des Rs 150 milliards, soit Rs 116 000 par tête d’habitant à la fin de décembre dernier. Les Short-Term Obligations étaient de Rs 52,6 milliards contre Rs 47,1 milliards à fin 2012. Les Medium-Term Obligations ont enregistré une baisse de Rs 2 milliards pour se retrouver à Rs 63,9 milliards alors que les Long-Term Obligations ont progressé pour passer à Rs 33,5 milliards.