A deux mois de la fin de l’année, un sentiment mi-figue mi-raisin se fait sentir sur le plan économique en 2017. Certes, du côté de l’Hôtel du gouvernement, l’on s’évertue à « market » un soupçon de « feel good factor » avec le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnuath, brandissant le chiffre magique de 4 % de taux de croissance. C’était encore le cas, vendredi après-midi, lors de l’inauguration de la Bank of Mauritius Museum. Mais un peu plus tôt dans la matinée, la 70e édition de MCB Focus remettait en perspective les Economic Challenges qui se présentent avec Gilbert Gnany, le Chief Strategy Officer du MCBGroup, soutenant que « yet, alongside striving to considerably improve execution rates for infrastructure projects, the country will only succeed in increasing its potential growth rate from its current level of 4.0 — 4.2 % range to above the 5 % mark if it manages to tackle deep-seated structural impediments to activity levels ». Cette analyse fait la part belle aux appréhensions et à la nécessaire vigilance dans la conjoncture. D’ailleurs, toute la question de réforme a fait l’objet de discussions à Washington en marge de l’assemblée générale de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) (voir détails plus loin). Toutefois, dans l’immédiat, les préoccupations majeures s’articulent autour de la performance des exportations qui sont en déclin pour la troisième année consécutive, et l’évolution de l’endettement, que ce soit privé ou public. Les dernières statistiques publiées en fin de semaine par la Banque de Maurice et le ministère des Finances indiquent respectivement que les crédits bancaires alloués au secteur privé ont augmenté de Rs 15 milliards en une année, soit relativement le même montant pour la dette publique, faisant que la montagne de la dette agglomérée pour l’ensemble de l’économie estimée à Rs 644 milliards avec l’industrie du bâtiment endettée à hauteur de Rs 91 milliards contre Rs 86 milliards il y a un an.
Dressant le constat de l’économie à ce stade de l’année, la dernière édition de MCB Focus met l’accent sur le fait que « nationwide output continued to move at a rather restrained pace lately on the back of sluggish investment levels and difficulties faced on the external front, with the country’s exports of goods being hit by subdued demand in several key markets and the relative strength of the rupee ». Le Chief Strategy Officer du MCB Group ne fait pas dans la dentelle sur ce front en soutenant que « despite measures executed to boost activity levels, several strategically-important sectors — notably seafood as well as the export-and domestic-oriented manufacturing industries — would post dimmed performances, mainly owing to challenging market access and local structural bottlenecks ». Plus loin, le MCB Group note avec force que « net exports of goods and services have, in recent years evolved at a tepid pace, with the trend regarding our exports of goods warranting attention ».
Les répercussions en demi-teinte des exportations de biens se font sentir sur le taux de croissance de l’économie, estimé par le MCB Group à 3,7 % pour cette année, soit une baisse de 10 points par rapport à la précédente estimation. La tendance n’est guère positive car MCB Focus souligne que « the share of exports of goods of national output is on course to decline for the third consecutive year to attain close to 18 %, which is far inferior to a rate of around 27 % witnessed a decade ago », tout en ajoutant que « with regard to 2016, it is even more striking to observe that the export oriented industry displayed a particularly tepid performance, as testified by contractions of some 5 % and 4 % in respect of labour and capital productivity respectively ».
Le bilan des exportations de ce premier trimestre de cette année se compare défavorablement aux deux précédents semestres correspondants, soit Rs 40 milliards incluant les exportations domestiques, les réexportations et le bunkering contre Rs 42 milliards en 2016 et Rs 47 milliards pour les six premiers mois de 2015. Au cours du premier semestre de cette année, les principales recettes d’exportations se déclinent comme suit : Rs 9,6 milliards pour les produits de confection et de textile, Rs 5,1 milliards pour les conserves de poissons, Rs 4,4 milliards pour le sucre, Rs 4,1 milliards pour les autres produits, et Rs 1,7 milliard pour les textile yarns, fabrics and made-up articles.
Nette détérioration du déficit de la balance commerciale
Les principaux marchés d’exportations demeurent l’Europe avec des recettes en baisse de 3,5 % (Rs 17,7 milliards), l’Afrique avec Rs 5 milliards (baisse de 3, 5 %), les Etats-Unis avec Rs 3 milliards avec une baisse de 21,8 % et l’Asie (Rs 1, 9 milliard).
Poursuivant son analyse sur le plan des exportations, MCB Focus confirme la nette détérioration du déficit de la balance commerciale. « As for our outlook, the balance of trade deficit is predicted to worsen by a significant margin in 2017 to attain around Rs 95 billion. For 2018, the trade deficit is on course to break through the centurial threshold and attain around Rs 102 billion, representing 20.7 % of GDP », estime Gilbert Gnany. Deux facteurs, en l’occurrence les effets conjugués des « strains on our competitiveness levels » et des conditions de morosité sur des marchés d’exportation comme la Grande-Bretagne et l’Afrique du Sud et surtout « a notable hike in imports linked to the indertaking of major infrastructural projects », sont évoqués à ce sujet.
La conséquence directe se traduira au tableau du déficit des comptes courants passant de 5,7 % du PIB en 2017 à 6,2 % l’année prochaine. Le facteur, qui devra atténuer cette détérioration, devrait se présenter sous la forme de recettes générées par l’industrie touristique plus élevées avec des arrivées en hausse même si MCB Focus concède que « overall, these outcomes are worrisome as they testify to the limitative nature of our productivity and competiveness foundations, which tend to prevent the country from optimally tapping into international markets for goods and services ».
Pour le MCB Group, la récente décision du gouvernement d’accorder une subvention sur le taux de change de la roupie en vue de soutenir les exportations de biens et services (Exchange Rate Support Scheme) devrait céder la place dans les meilleurs délais à des réformes en vue d’améliorer la compétitivité de l’économie. Ce groupe bancaire est en faveur d’un retour à un « Single Exchange Rate Mechanism in line with internationally-advocated normsd pertaining to the adoption of simple and market-based currency practices ».
Par ailleurs, le MCB Group cache difficilement son pessimisme au sujet des investissements en dépit des premiers signes encourageants avec le démarrage de chantiers majeurs, tels que le projet Metro Express, celui du remplacement du réseau d’adduction d’eau de la Central Water Authority en quête d’un partenariat pour le projet d’affermage et les travaux d’extension au Mauritius Container Terminal et dans le port. Les retombées sur la croissance ne seront visibles qu’à partir de l’année prochaine vu que « in keeping up with execution delays, several ongoing and envisaged ventures would, in all probability, remain at a preliminary phase of implementation by the end of the year, with the bulk of expenditures for various undertakings to unfold only as from the first quarter of 2018 ».
Le MCB Group prône la vigilance
Même si les investissements privés devraient progresser de manière significative cette année, le MCB Group prône la vigilance. « As for private investment, it is, in line with recent trends, predicted to register an appreciable growth performance. This outcome would be principally attributable to a notable expansion in respect of non-residential outlays, especially those pertaining to hotel renovation. Yet, the progression of private investment still calls for scrutiny insofar as it continues to be marred across most economic sectors and is, by this means, anchored on relatively narrow foundations. On the whole, the share of national investment to GDP is forecast to stand at a relatively low rate of 17.2 % in 2017 », prévoit le Chief Strategy Officer du MCB Group.
Mais qui dit investissements privés dit également accès aux crédits. Les derniers chiffres de la Banque de Maurice en ce qui concerne les crédits bancaires alloués au secteur privé donnent une indication du mood. A la fin de septembre dernier, le montant total des crédits était de Rs 352 milliards, soit une progression de Rs 15 milliards en une année. Cette enveloppe se répartit comme suit en ordre de grandeur la construction : Rs 91, 1 milliards contre Rs 86, 3 milliards en septembre de l’année dernière.
Global Business : Rs 50, 2 milliards contre Rs 39,2 milliards il y a un an ; le tourisme : Rs 42, 9 milliards en baisse par rapport au chiffre de Rs 48,3 milliards de septembre 2016 ; les services financiers : Rs 41,3 milliards contre Rs 27,7 milliards il y a un an ; le commerce : Rs 31,9 milliards, dout Rs 2,4 milliards de plus en une année ; ménages : Rs 28,9 milliards, sensiblement le même niveau de septembre 2016 ; l’agriculture : Rs 22, 3 milliards contre Rs 21, 2 milliards il y a un an et la manufacture : Rs 21, 7 milliards, presque le statu quo en un an.
Au tableau de la dette publique, la progression est sensiblement la même selon les dernières statistiques publiées par le ministère des Finances, soit Rs 292,5 milliards à la fin de septembre contre Rs 277,7 milliards à pareille époque en 2016. La dette locale, soit la Budgetary Central Goverment Domestic Debt, a augmenté de Rs 16 milliards en une année pour se retrouver à Rs 219,2 milliards, dont Rs 78,5 milliards de Long Term Bonds et de Tax Reserve Certificates, Rs 52 milliards de Five Year Government Bonds et Rs 25,8 milliards de Treasury Bills et de Short Term Borrowings.
Dette étrangère
allégée
Au cours de ces douze derniers mois, la dette étrangère a été allégée de Rs 8 milliards, soit à Rs 45 milliards à la fin de septembre. Par contre, le montant des dettes des corps paraétatiques garanties par l’Etat est passé de Rs 22,7 milliards à Rs 30,2 milliards au cours de la même période. Un autre fait notable à signaler est la baisse du volume des interventions financières dans le cadre des opérations de Mopping Up des excédents de liquidités. A la fin de septembre 2016, le montant était de Rs 15 milliards pour passer à Rs 6,4 milliards cette année.
La dette étrangère est redescendue sous la barre des Rs 50 milliards, soit Rs 45, 1 milliards au 30 septembre dernier contre une pointe de Rs 53, 5 milliards en mars 2016. Le Bottom Line de la problématique de la dette publique est que la Public Sector Debt par rapport au PIB est de 64,5 %, soit sensiblement le même taux d’il y a un an, alors que l’autre indicateur de la dette, en l’occurrence la Public Sector Debt for the purpose of Debt Ceiling est de 56, 2 % en septembre dernier avec un montant de Rs 251,5 milliards contre Rs 238 milliards en 2016.