Au-delà du chapelet de chiffres, en terme de bilan ou de prévisions portant sur l’évolution de la situation économique à Maurice, qui ambitionne toujours et encore de figurer dans la High Incolme Country League, le dernier rapport de la Banque mondiale intitulé «Inclusiveness of Growth and Shared Prosperity» remet en perspective le problème de l’appauvrissement de la population. Ce document de 156 pages, rendu public, jeudi dernier, souligne sans ambages que « the rise in income inequality combined with lagging shared prosperity indicators have adverse aspects on relative poverty in Mauritius ». Il tire également la sonnette d’alarme sur les risques potentiels de voir une majorité de ménages de la classe moyenne être rattrapés par le cycle de la misère si les autorités n’adoptent pas « a two-fold combination of policies », soit la lutte contre le chômage, avec une réduction de 20% du taux, et une amélioration de la productivité, d’une part, et des changements en vue d’améliorer le « targeting and efficiency in social protection », dont « a gradual 30% expansion of social protection spending », d’autre part. Toujours sur le plan économique, le MCBGroup, à la lumière de MCB Focus No 63 de mardi dernier, et la Banque de Maurice, à la conclusion de la réunion trimestrielle du Monetary Policy Committee de mercredi, s’accordent à prévoir que la barre fatidique de 4% ne sera pas franchie en terme de croissance économique encore une fois cette année. Ces deux institutions sont sur la même longueur d’onde avec un taux de 3,8%, le tout accompagné d’appréhensions au sujet des investissements publics et privés à venir. Attention, il y a encore à prévoir, soit les conclusions des Article IV Consultations du Fonds monétaire international (FMI), document, qui doit être avalisé par le Board de cette institution avant qu’il ne soit rendu public avec ses recommandations pour l’adoption d’un « right set of reforms ».
Sur le plan de la lutte contre la pauvreté, le diagnostic de la mission de la Banque mondiale, menée par Mark Lundell, Country Director pour Maurice, est des plus lapidaires. « Lagging shared prosperity had an adverse impact on poverty in Mauritius. The reduction of poverty would have been almost twice as large and stronger if inequality had not worsened ( ). Rising labour and self-employment incomes among initially better-off groups contributed to the increase in inequality », note le chapitre 5 du rapport consacré au thème de « Causes of Poverty and Vulnerability Changes ».
L’une des principales conclusions de la Banque mondiale à ce chapitre est que le gouvernement n’aura d’autre choix que d’adopter une «Pro-poor growth, which is essential for fast poverty eradication ». Les projections sont qu’avec un taux de croissance de 4% annuellement et le statu quo dans la consommation, il faudra une période variant de sept à neuf ans pour réduire de moitié la pauvreté à Maurice. « The relationship between neutral growth and poverty, however, is not linear, so it would take close to 15 years to further reduce and finally eradicate poverty, based on the neutral-growth scenario. If growth were pro-poor and associated with reduced inequality, however, the poverty could be brought down at a much faster pace », ajoute encore la mission de la Banque mondiale.
Poursuivant son analyse, le rapport sur l’Inclusiveness of Growth and Shared Prosperity maintient que « the income-based absolute poverty headcount decreased by about 1,6 percentage points between 2007 and 2012. However, the reduction in poverty would be almost twice as large if inequality had not worsened». L’un des principaux facteurs ayant contribué à atténuer le niveau de pauvreté demeure le système de protection sociale et la politique visant à accorder des subsides, soit un poids de 74,1% dans la réduction de la pauvreté. Les deux autres facteurs sont les Labour Incomes avec une contribution de 18,2% et des changements démographiques avec 17,2%.
Le profil de la pauvreté
D’autre part, la Banque mondiale relève un facteur qui a été relégué au second plan jusqu’ici et n’hésite pas à parler de Puzzling Sign dans le paysage salarial à Maurice. « For the Mauritian economy, a puzzling sign is a disproportionate increase in real wages in the public sector. The deterioration of low-skilled wages has been accompanied by an unbalanced wage determination in the public sector », indique la Banque mondiale à la page 78 du rapport en révélant que le secteur public a bénéficié d’une amélioration salariale effective de 23,5% contre 7% dans le secteur privé au cours de ces dernières années alors que « female workers’ 15,7% increase outperformed the 11,9% increase of their male counterparts ( ). In other words, wages grew among the better off, increasing inequality; meanwhile, social transfers benefited the poorest, but the magnitude was not large enough to offset the impact of higher wages ».
Ces commentaires anodins venant de la Banque mondiale sont actuellement décortiqués par des syndicalistes avisés du secteur public vu que le prochain rapport du Pay Reseach Bureau (PRB) avec des recommandations salariales pour la fonction publique et les corps parapubliques est prévu pour la fin du mois prochain. A ce jour, très peu d’indications ont transpiré quant à l’enveloppe financière allouée au PRB par le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, pour la mise à exécution du premier rapport triennal.
D’autre part, le profil de la pauvreté fait également partie des préoccupations de la Banque mondiale, qui avance que « close to 80% of Mauritius’ population could be classified as middle class. A worrisome trend has been the increase size in the vulnerable population ». Entre 2007 et 2012, la population faisant partie du Middle-Income Group a régressé de deux points, soit de 79,2% à 77,2%, alors que l’Upper Middle Class a gagné trois points pour atteindre 52,3% avec « the lower middle class declining significantly from 30,5% to 24,9% . « In a worrisome trend, those qualified as vulnerable rose fom 10,2% in 2007 to 13,7% in 2012 », concède la Banque mondiale.
Dévoilant le visage de la pauvreté à Maurice, la Banque mondiale fait ressortir que les ménages avec des femmes à la tête subissent davantage les répercussions de la misère, passant de 13% en 2007 à 18% en 2012, tout en crevant l’écart avec les Male-Headed Households, qui enregistre un taux stable de 8% au cours de la période. La pauvreté affecte davantage la jeunesse poussant la Banque mondiale à mettre en exergue le fait que « poverty has a predominantly young face ». Ainsi, le rapport, qui révèle que des jeunes de moins de 15 ans subissent de plein fouet les affres de la misère, note que « the incidence of poverty among people living in households with heads aged 15 to 19 years was above 40 percent. But for those living in households headed by people aged 30 and above, poverty was below 15 percent ».
Les Sino-Mauriciens sont les moins aptes à être aspirés par le cycle de la pauvreté, car de 2007 à 2012, l’incidence de la pauvreté dans ce groupe a baissé de 3,7% à 1,6%. Par contre, presque la moitié des pauvres à Maurice viennent de la population générale avec la Banque mondiale confirmant que « the Hindus and the general population became slightly poorer over time and had the largest share of poor households. Roughly 49 percent of the poor in 2012 were part of the general population and 36 percent were Hindus » et le niveau d’éducation est un facteur déterminant dans la lutte contre la pauvreté car la Banque mondiale relève le fait que « where households are uneducated, the poverty headcount increased from 14,7% in 2007 to 15,5% in 2012 and there was virtually no poverty among people living with a university-educated household head ».
Constat des plus effarants
Face au phénomène de la pauvreté, la Banque mondiale reconnaît l’importance du système de protection sociale mis en place et « addressing key risks individuals face over the lifecycle as well as exogenous shocks — price shocks, natural disasters, occupational hazards, etc. ». De 2007 à 2012, la couverture de la Contributory Social Insurance est passée de 12,3% à 18,8% et celle de la Non-Contributort Assistance Scheme de 40% à 40 ,5%, soit touchant presque la moitié de la population.
« In the absence of the existing Contributory Social Insurance and Non-Contributort Assistance Scheme schemes — assuming no other changes — poverty in Mauritius would be significantly higher. The absolute poverty headcount would be 16.4 percent, rather than the current 6.9 percent. The poverty gap would have likely be quadruple the actual rate —6.5 percent and not 1.7 percent », avouent les membres de la mission Lundell dans le rapport tout en dressant une liste des lacunes à être remédiées.
Présentant la Widows and Children’s Pension, la pension d’invalidité et autres programmes d’assistance sociale comme faisant partie de la panoplie de Pro-Poor Policies, la Banque mondiale fait état des travers lors de leur mise à exécution. « Room for improvement in these programmes’ targeting remains. Approximately 28 percent of Widows and Children’s Pension benefits, 19 percent of Invalidity Pension benefits, and 32 percent of other social pension benefits flow to the wealthiest half of the population », souligne la Banque mondiale, qui trouve que la point faible se situe au niveau des critères d’éligibilité.
Le même scénario se répète au chapitre des Education-Transfer Schemes, que ce soit pour les bourses d’études universitaires en faveur des étudiants les plus méritants, mais plus démunis, les subsides sur les fees d’examens, ou encore les manuels scolaires. Le constat de la Banque mondiale est des plus effarants, car « the shares of benefits going to the general population and the poorest decile are: 0,2% and 0,4% for the scholarship grants, 2,2% and 4,5% for the exam subsidies, and 0,5%  and 2%  for the textbook subsidies ». 41% des fonds alloués pour les bourses d’études universitaires et 29% des fees d’examens sont appropriés par « the wealthiest half of the population». Tel est également le cas pour les subventions sur les prix du gaz ménager, de la farine et du transport gratuit pour le troisième âge, les autrement capables et les étudiants, car « these subsidies disproportionately benefit the wealthiest households », lit-on au paragraphe 138 du rapport.
La multiplication des agences engagées dans l’exécution du programme social, soit sept au total, n’aide nullement à une meilleure coordination de l’utilisation des fonds publics avec pour conséquence que « some households may receive multiple transfers while others – no less deserving of assistance – may be missed by all or most of these schemes ». Ce n’est nullement une surprise d’apprendre de la Banque mondiale que « for the country as a whole, 47% of the absolute poor (post-transfer) remained not covered by any of the main social assistance schemes in 2012; under-coverage of the poorest quintile is 48% ».
Conséquences du vieillissement de la population
Le rapport de la Banque mondiale n’occulte nullement les conséquences du vieillissement de la population sur le système de protection sociale. « Old-age dependency — expected to rise from its current level of 18 percent to 55 percent by 2050 — will increase the burden on the working age adults of supporting the elderly », révèle le document, qui fait ressortir qu’actuellement pour chaque bénéficiaire de plus de 65 ans, il y a cinq Working-Age Adults alors que dans 35 ans, ce Dependency Ratio descendra à 2 pour un, renforçant du même coup la thèse que « an aging population is the most significant risk facing Mauritius’ Social Protection  system in the long term » d’autant plus que sans ce système de protection sociale, la pauvreté de la population aura été trois fois plus grave qu’elle ne l’est avec les inégalités sociales 12% .
La Banque mondiale met en garde contre un autre danger en cette longue période de morosité économique en avançant que « a backlash cannot be ruled out if broadly shared economic growth slows down ». S’appesantissant sur l’urgence de relancer avec vigueur la croissance économique et situant l’enjeu dans la conjoncture économique, le rapport craint que « the majority of households who have escaped poverty remain  at risk of falling back into poverty. While the upper middle class has grown to 55 percent of the total population, the lower middle class is struggling to retain its status and some are falling back into the vulnerable group”.