Deux semaines après le coup de semonce du vote référendaire sur le Brexit, avec le retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, les contours des répercussions sur les pays en voie de développement, en particulier ceux du groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), se dessinent de plus en plus. Une première étude de l’Overseas Development Institute de Londres, intitulée « Brexit and Development : How will developing countries be affected », rendue publique en fin de semaine, classe Maurice dans la catégorie des pays les plus vulnérables, aux côtés des Fidji, du Bangladesh et du Kenya. Avec une dévaluation de l’ordre de 10 % de la livre sterling, le manque à gagner pour l’économie mauricienne est confirmé à Rs 1,7 milliard par an alors que le suspense est toujours de mise pour les accords de Market Access à être négociés. Toutefois la lueur d’espoir se présente sous la forme d’une reprise du cours mondial du sucre de l’ordre de 10 % depuis le jeudi fatidique du 23 juin du vote sur le Brexit en Grande-Bretagne. Sur la base de ces dernières tendances, le Syndicat des Sucres annonce un prix de la tonne de sucre à la hausse aux planteurs pour 2016, soit Rs 15 000 contre Rs 13 166 l’année dernière. Autant de facteurs que le comité interministériel sur le Brexit, présidé par le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, devra inclure dans la Matrix économique en prévision du prochain budget, dont la date devrait être annoncée dans les prochains jours.
Les consultants de l’Overseas Development Institute, Max-Mendez-Parra, Phyllis Papadavid et Dirk te Velde, qui ont également animé, jeudi, un forum à Londres sur ce même thème, classent Maurice dans la catégorie d’économies considérées comme étant les plus vulnérables aux répercussions du Brexit. Ils sont catégoriques dans leur analyse en soulignant que « a lower value of the pound and lower UK growth will reduce imports in the short-term. The least developed countries (LDCs) as a group would see their exports decline by 0.6 % (or $500 million). The most acutely affected countries will be those that export in relative terms a lot to the UK, such as Bangladesh, Kenya, Mauritius and Fiji ». Dans des exercices de simulation, l’Overseas Development Institute quantifie les effets à court terme sur les différentes économies avec notamment une dévaluation de 10 % de la livre sterling et un ralentissement des échanges commerciaux avec un rétrécissement minimal de 3 %. Pour Maurice, la mise en application de ces données pourrait se traduire par un manque à gagner de Rs 1,6 milliard, soit une détérioration de 2,3 % sur les exportations, en tenant en ligne de compte le fait que la valeur des exportations de Maurice vers la Grande-Bretagne est de USD 357,5 M, de USD 775,4 M vers l’Union européenne et de USD 756,1 M vers le reste du monde. À ce titre, les exportations de Maurice, avec une baisse de 2,4 %, semblent être les plus affectées, sauf pour le Belize, accusant une baisse de 3,8 %, alors que le Bangladesh et le Kenya se trouvent juste au-dessus de la barre d’un point. L’analyse de l’Overseas Development Institute met en perspective le fait que « the United Kingdom alone takes around 5 % of LDC exports. The effects of Brexit on trade will vary by country. However, the effects may be particularly important for some countries. For Belize, exports to the UK is 30 % of total exports ; for Mauritius and Fiji, it is 20 % ; and for Bangladesh and Kenya, it is 10 % ». Le rapport fait état des effets conjugués du Brexit avec la baisse dans les prix des commodités, le ralentissement dans les économies émergentes, dont la République Populaire de Chine, et le recours de plus en plus croissant au protectionnisme par des économies du G20. En contrepartie, le Brexit génère des effets positifs sur l’évolution de cours de certains produits sur le marché mondial. « While gold was the immediate beneficiary of the UK’s vote to leave, it has been followed by increases in the prices of sugar, coffee and cocoa and other key commodities for developing countries », ajoute l’ODI, qui relève le fait que depuis le 23 juin dernier, le cours du sucre a grimpé de 10 %. Dans cette perspective le Syndicat des Sucres prévoit de sucrer le prix payé aux producteurs pour la présente récolte. Les dernières estimations officielles indiquent que la tonne de sucre pourrait rapporter aux planteurs quelque Rs 15 000 cette année, en hausse par rapport aux Rs 13 166 de l’année dernière. Les revenus générés par les exportations sucrières devraient être en hausse de 25 % pour s’approcher de la barre des Rs 10 milliards en 2016. L’année dernière, avec une production de 366 000 tonnes, le sucre avait rapporté quelque Rs 8 milliards. Néanmoins, Brexit ou pas Brexit, l’industrie sucrière mauricienne doit faire face à un important défi à partir de septembre 2017, soit l’abolition des European Union Sugar Quotas avec des risques de perte de part de marché préférentiel.
Un autre front d’inquiétude avec l’avènement du divorce entre Londres et Bruxelles se présente sous la forme du Foreign Direct Investment de Grande-Bretagne. Les effets sont assimilés aux Longer term economic impacts avec Maurice faisant face à un « key risk ». L’Overseas Development Institute tire la sonnette d’alarme en mettant l’accent sur le fait que « looking ahead, a reversal in UK foreign direct investment (FDI) is a key risk for South Africa, Nigeria, Mauritius, Kenya, Ghana and Zambia. Although Hong Kong, Malaysia, Singapore and India are also subject to this risk, they have a relatively positive external financing position that will mitigate any downside impact on their currencies ». En parallèle à ces effets, qui se font déjà sentir, l’étude de l’ODI concède que les effets structurels du Brexit attendant encore d’être évalués car « the trade effects will depend on two changes : the trade policy that the UK will apply after leaving the EU, and the ultimate UK economic structure after the agreement is finalised with the EU ». Les pays en voie de développement et engagés dans des échanges commerciaux avec le Royaume-Uni sont en de situation d’otage par rapport aux arrangements dont décideront Londres et Bruxelles. L’Overseas Development Institute a réduit les avenues de cinq à trois : soit le Royaume Uni garde son accès au Marché unique européen, soit il privilégie la formule d’Union douanière avec l’Union européenne, soit the « UK adopts its own trade policy in line with WTO principles ». La formule idéale pour des économies comme Maurice serait de voir le Royaume Uni continuer à faire partie du Marché unique par le truchement d’un European Economic Area ou même avec la configuration de l’union douanière avec « the continuation of the preference margins in developing countries access to the United Kingdom », même s’il y aura besoin de renégocier plus de 50 Free Trade Agreements, déjà négociés par l’Union européenne. « In terms of market access, the UK could continue to offer duty free under the same conditions as under current Economic Partnership Agreements (EPAs). However, African, Caribbean and Pacific states countries (ACP), by virtue of the MFN clause under EPAs, would not extend additional concessions to the United Kingdom », notent les spécialistes en la matière. Par contre, la troisième option avec l’adoption d’une Autonomous Trade Policy se décline avec de gros risques car « in this zero tariff scenario, only efficient suppliers will manage to continue exporting to the UK. Only the lowest priced suppliers will be able to compete, as the preference margins that offset high production and trade costs previously would now disappear ». En conclusion, Dirk Willmen te Velde de l’ODI concède que « in the long run, the effects on poorer countries will depend on the trade deals the UK is now able to negotiate around the world, and when done well, they could benefit poorer countries. With the right policies in place, it may also be possible to mitigate some of the economic shocks already being felt ».