Des doutes exprimés initialement quant à un « mari deal » avec le “Long Term Partnership Agreement”, contracté par le Syndicat des Sucres avec le conglomérat allemand Südzucker, semblent se confirmer. Ainsi, la possibilité d’un “Frontloading” d’une enveloppe de Rs 800 millions en faveur des planteurs de cannes et de la communauté des producteurs de sucre par Südzucker devient de plus en plus “Remote”. Le dernier développement en date porte sur l’annonce faite hier en Europe, et reprise par la presse économique spécialisée internationale, à l’effet que ce géant allemand de l’alimentaire prévoit une chute de 70% de ses profits pour cette année,  avec probablement un même scénario pour le prochain exercice financier. Concrètement, l’industrie sucrière mauricienne devra apprendre à vivre avec une tonne de sucre rapportant au maximum Rs 16 000, soit la dernière estimation annoncée par le Syndicat des Sucres.
La raison principale devant la débâcle du partenaire européen du Syndicat des Sucres concerne les conditions qui prévalent sur le marché européen depuis ces derniers mois, mais également les perspectives de l’échéance 2017, avec l’élimination des quotas d’exportation de sucre sur le marché européen. C’est ce que laisse entendre le “Financial Times” dans son édition du jour au sujet de Südzucker.
« The €3.3bn German group said previous warnings of deteriorating fundamentals in European sugar and biofuels markets had been ‘confirmed and reinforced’ and there was no guarantee of meeting revised earning guidance. Achievement of this forecast will mainly depend on further marketing results and sales volumes in an increasing difficult European sugar marquer », soutient le Commodities Editor, qui ajoute également : « World sugar prices have fallen steadily during the past two-and-a-half years due to a series of bumper crops, while a drop in gain prices has weighed on European bioethanol prices. European sugar prices, which are almost double world prices, have also started to weaken as the market prepares for the abolition of European Union sugar quotas in 2017. »
Dans les milieux de l’industrie sucrière locale, cette crise qui secoue Südzucker, est suivie avec un intérêt particulier, car intervenant à un très mauvais moment stratégiquement. En effet, suite à l’octroi d’une “Letter of Intent” en vue d’un renouvellement du “Long Term Partnership Agreement” avec le Syndicat des Sucres pour la période post-septembre 2015, une étape cruciale portant sur les négociations du prix pour le sucre local devait être franchie dans les mois à venir. Cette annonce d’une profitabilité réduite de Südzucker laisse planer de nombreuses incertitudes sur les prochains “moves” du Syndicat des Sucres.
Tout semble indiquer que la promesse d’un “Frontloading” de Rs 800 millions pour financer les avances des planteurs de cannes pourrait ne pas se matérialiser car les difficultés du géant allemand sont reconnues par des analystes sur le plan international. Citant des experts en commodités de la Barclays ou encore de Goldman Sachs, le “Financial Times” rapporte que « the EU sugar market is in structural decline and Südzucker has few levers to pull » ou encore : « The magnitude of the expected profit decline is materially greater than we had forecast. This suggests European sugar prices will be lower than our estimate of €650 a tonne in the sugar marketing year of 2014-15. »
Les prix que pourra offrir Südzucker au Syndicat des Sucres, au cas où le “Long Term Partnership Agreement” serait reconduit après septembre 2015, dépendront de la profitabilité du groupe allemand ainsi que des possibilités d’une reprise. « At some point in time, Suedzucker might also face restructuring costs in its sugar segment to cope with the end of the quota regime in 2017 (…) The abolishment of EU sugar quota by 2017 is expected to significantly increase the competition over volumes and hence ignite harsh price pressure weighing on the profitability of Suedzucker in our vives », note le “Wall Steet Journal” dans son édition du jour en s’appuyant sur des analyses européennes.
A Maurice, aucune des sources approchées par Le Mauricien n’a voulu s’aventurer à faire de projections quant au prix de la tonne de sucre qui sera payé dans les années à venir par le Syndicat des Sucres sur la base de ces nouvelles données. Tous reconnaissent en privé qu’avec un prix de 450 euros la tonne, la situation ne s’annonce nullement reluisante, pour ne pas dire « extrêmement difficile pour la survie des planteurs ».
Les plus optimistes avancent que, dans l’immédiat, en l’occurrence pour la récolte sucrière de 2014, le prix avoisinerait les Rs 16 000, annoncées cette semaine par le Syndicat des Sucres pour la récolte de 2013. « After that, it can be anybody’s guest », devait-on faire comprendre dans d’autres milieux de l’industrie sucrière, cachant difficilement leurs appréhensions dans la conjoncture.
Intervenant dans l’édition d’avril 2014 du magazine d’entreprise d’ENL Group, Jean-Raymond Hardy, Cheif Executive Officer d’ENL Agri, évoque les conséquences de l’élimination des quotas d’exportation en Europe à partir de 2017, et situe l’enjeu pour Maurice. « Avec cette abolition des quotas, les betteraviers pourront augmenter leur production de sucre pour couvrir la demande. Ajouté aux imports venant des ACP et PMA, cela devrait entraîner un surplus sur le marché, qui ferait baisser davantage le prix du sucre », soutient-il.
« C’est ce qui nous pousse à être vigilants et à nous préparer à toute éventualité. La situation est difficile et source d’inquiétudes. Mais ce n’est pas encore la catastrophe (…) Ce sera difficile de concurrencer les betteraviers, ceux ayant survécu à la réforme étant parmi les plus efficients. Maurice devra néanmoins veiller à être suffisamment compétitive pour rester de la partie», dit Jean-Raymond Hardy dans la dernière édition d’ENLighten.
D’autre part, l’éventualité que l’Europe se transforme en un net exportateur de sucre après la date-butoir de 2017 se confirme avec des représentants des traders internationaux soulignant, lors d’une conférence en début de semaine à Bruxelles, que « the European Union will become a net sugar exporter after output quotas are ended in 2017 but volumes will depend on EU and world prices, freight and exchange rates and competition from cereal-based sweeteners ».
L’échéance de 2017 ne s’annonce pas de tout repos pour l’industrie sucrière locale, car l’European Sugar Refiners’ Association annonce des « plans for new free trade agreements with suppliers such as South Africa and Thailand, expected to be signed in the next few years, benefitting the refining sector in the EU ».