Les discussions engagées par le Fonds monétaire international (FMI) sous les Article IV Consultations ont eu pour conséquences directes de relancer les débats sur la réforme de la pension, même si les prévisions modestes formulées par la Mauritius Commercial Bank (MCB) au niveau de la croissance économique, soit 3,5% pour 2013, demeurent au centre de l’actualité. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, qui n’a pas caché son amertume devant ces projections macro-économiques loin du Feel Good Factor, a préféré laisser le soin à la mission du FMI d’arbitrer le match de la croissance avec la MCB. La mission Martin Petri, qui a opté pour un taux de 3,7%, s’est néanmoins aligné sur l’analyse de la MCB au chapitre des grands enjeux économiques pour le pays, allant de la réforme du système de pensions et de la sécurité sociale à la morosité des investissements privés avec des risques pour la croissance, sans compter la quasi-identité de vues sur le désalignement (Misalignment) du taux de change de la roupie, soit 7%. Le FMI n’a pas manqué de tirer la sonnette d’alarme sur la performance du secteur de l’immobilier, avec d’éventuelles répercussions sur le secteur bancaire, qui a su faire preuve jusqu’ici de robustesse et de résilience dans ce contexte de crise économique internationale.
À l’exception de la riposte sur la croissance où le FMI, après discussions avec les autorités dans le cadre de ces consultations annuelles en début d’année, se dit confiant que « growth in the real gross domestic product in 2013 will increase to 3,7% » avec pour principales locomotives le secteur du Seafood Hub, la filière de l’Information & Communication Technology (ICT) et les services financiers, les points de convergence entre le FMI et la MCB sont évidents.
L’une des pirncipales appréhensions exprimées par le chef de mission du FMI dans la Press Statement publiée à la fin des discussions porte sur la décroissance des investissements privés depuis ces dernières années. Le FMI concède que « private investment is expected to remain subdued » au cours de cette année, affirmation qui ne contredit en aucune façon la teneur de la dernière édition de MCB Focus à ce chapitre.
Le FMI va plus loin en recommandant au gouvernement de mettre en chantier une série de mesures et une politique pour renverser la tendance, notamment au niveau de l’épargne et de la compétitivité de l’économie susceptible d’attirer des investissements. Le Mission Leader du FMI rappelle qu’au cours de ces dernières années, le niveau de l’épargne est passé de 25% du Produit intérieur brut (PIB) à 15%, niveau jugé extrêmement bas.
« The persistently large external current account deficit reflects low savings and could give rise to future vulnerabilities », note le FMI, qui ajoute que « the challenge in 2013 will be to accelerate growth in a still difficult external environment and the foundation for future growth, through increased public and private investment and productivity advances. »
Le FMI mise sur le programme d’investissements publics dans l’infrastructure pour doper le taux de croissance. L’un des plus importants projets, le Road Decongestion Programme selon la formule de Public and Private Partnership (PPP) avec une enveloppe globale de Rs 30 milliards, attend toujours de démarrer. La décision d’un des soumissionnaires, le consortium GroupFive/Strabag, de saisir l’Independent Review Panel sous la Public Procurement Act pour contester le choix de Colas/Bouygues en tant que Most Preferred Bidder, est suivie avec attention par l’hôtel du gouvernement.
Tout délai accumulé dans le démarrage de ce projet, dont la principale composante est la gestion d’un réseau de routes à péage (Toll Road Network) sur les principaux axes routiers, pourrait entraîner des conséquences néfastes sur les prévisions du taux de croissance en 2013. Pour cette année, au ministère des Finances, l’on souligne que le coup d’envoi du Road Decongestion Programme devra nécessiter des investissements public de l’ordre de Rs 5 milliards. Dans les milieux officiels, l’on s’attend à voir l’Independent Review Panel faire diligence dans cette affaire de contestation.
D’autre part, avec une passing remark, la mission du FMI est revenue à la charge sur la nécessité d’initier la réforme du système de pensions et de la sécurité sociale à Maurice. Martin Petri a souligné que l’heure a sonné pour que le débat sur l’introduction du Means Test pour des allocations de pensions soit initié. Sous l’Economic Reform Agenda, la question du Means Test au niveau de l’assistance sociale a été abordée par le truchement du Social Register of Mauritius au ministère de la Sécurité sociale.
Ciblage
Après avoir reconnu dans le dernier Public Information Notice (PIN) sur Maurice en 2012 que l’introduction du ciblage (Means Test) pour les bénéfices de la sécurité sociale est un sujet éminemment délicat, le FMI semble vouloir encourager le gouvernement à affronter de face et de manière plus agressive la problématique de la réforme de la pension de vieillesse et autres programmes d’assistance sociale avec cette nouvelle étape du programme de réforme économique.
Le FMI n’écarte pas la possibilité de rajustements des prix réglementés (Administered Prices), dont les tarifs du Central Electricity Board ou encore de la Central Water Authority. Cette éventualité a été évoquée au chapitre de l’évolution de l’inflation. Les projections sont que l’inflation devrait passer de 4% à 5,7% en fin d’année avec les effets conjugués de la révision salariale dans la fonction publique suite à la publication du rapport du Pay Research Bureau et de « possible adjustments in some administered prices. »
En effet, le Central Electricity Board vient de recevoir une cargaison de Heavy Fuel Oil, avec un taux de 3,5% de High Sulphur, au coût de $ 800 la tonne, alors que la précédente cargaison était cotée à environ $ 630 la tonne. De ce fait, le coût du kiloWattheure généré passe à Rs 5.40 l’unité, alors que pour le charbon avec 0,35% de taux de souffre, le coût unitaire est de Rs 2.10.
Devant ces nouvelles pressions sur le coût d’opération hors de tout contrôle, le CEB est en faveur d’un ajustement des tarifs pour pouvoir rééquilibrer ses finances. Une demande d’augmentation des tarifs a été formulée indépendamment d’une révision de la Comprehensive Energy Demand avec de nouvelles exigences d’injection de capitaux, rapport qui pourra être soumis aux autorités dans les jours à venir.
Par ailleurs, le ralentissement dans le secteur de l’immobilier n’a pas échappé à l’attentionn des officiels du FMI, qui ont mené des Article IV Consultations du 16 au 30 janvier. « The developments in the real estate sector should continue to be monitored carefully, both in terms of price and rental growth and with respect to the impact on the banking sector », s’appesantit le FMI, qui se contente également de faire ressortir que le secteur bancaire a su jusqu’ici faire preuve de robustesse et de résilience face à la crise internationale.
Néanmoins, les dernières données rendues publiques par la Banque de Maurice en fin de semaine confirment le poids de l’endettement des opérateurs de l’industrie de la construction dans le circuit bancaire. La répartition des crédits bancaires aux divers secteurs économiques indique que l’industrie du bâtiment, avec des dettes bancaires de Rs 67,6 milliards au 31 décembre dernier contre Rs 54,8 milliards à la fin de décembre 2011, peut se présenter en véritable talon d’Achille en cas de détérioration de la situation sur le plan économique.
La détérioration de l’endettement du secteur de la construction de Rs 12,6 milliards de 2011 à 2012 est plus conséquente comparativement à la précédente année où cette ardoise est passée de Rs 46,4 milliards à Rs 54,8 milliards. Au 31 décembre dernier, la répartition des crédits bancaires entre les principaux segments du bâtiment s’établissait comme suit :
prêts-logements : Rs 40,9 milliards contre Rs 28,2 milliards en 2010
construction commerciale : Rs 13 milliards contre Rs 6,8 milliards en 2010
construction résidentielle : Rs 4,8 milliards contre Rs 4,7 milliards
contracteurs : Rs 2,2 milliards contre Rs 1,9 milliards en 2010.

Il va sans dire qu’avec cette mise en garde du FMI en complément aux précédents signaux de prudence venant de la banque centrale et la décélération de la croissance dans le bâtiment, des ajustements devront intervenir sur le marché de crédits bancaires pour ce secteur considéré à risques.
Confiance
Le FMI met également l’accent sur des mesures à prendre en vue d’atténuer les vulnérabilités liées à l’endettement national. L’analyse de la mission Petri recommande la nécessité d’une réduction du niveau de la dette publique sur le moyen terme et ajoute que « the autorities’ medium-term fiscal consolidation plans are welcome to reduce external imbalances, mitigate debt vulnerabilities and rebuild policy buffers. »
Les dernières statistiques publiées sur le site web du ministère des Finances à la fin de la semaine dernière révèlent que la dette publique par rapport au PIB est de 56,5% au 31 décembre dernier contre 57,4% à la fin de 2011. Toutefois, la dette publique par tête d’habitant à la fin de 2012 est passée à Rs 150 600 contre Rs 143 700 pour la même période l’année précédente, soit une progression de Rs 7 000 en une année.
La dette publique se monte à Rs 194,5 milliards contre Rs 185,2 milliards en décembre 2011. La hausse la plus conséquente a été enregistrée au chapitre de la dette étrangère, qui était de Rs 31,4 milliards à la fin de l’année dernière contre Rs 26,9 milliards un an auparavant. De ces Rs 31,4 milliards, un montant de Rs 26,9 milliards représente des dettes à long terme, soit d’une durée plus de 15 ans et Rs 4,3 milliards remboursables entre 10 et 15 ans.
La dette locale du gouvernement a progressé de Rs 3,6 milliards en une année, pour passer légèrement la barre des Rs 140 milliards, dont Rs 31,1 milliards représentant des instruments à court terme. La dette locale restante de Rs 109,7 milliards, soit des prêts à moyen et long termes, comprend des instruments comme suit :
maturité de moins de cinq ans : Rs 69,8 milliards
maturité de cinq à dix ans : Rs 14,6 milliards
arrivant à échéance dans dix ans à quinze ans : Rs 21,8 milliards
de 15 à 20 ans : Rs 3,5 milliards.

Les dettes contractées par les enreprises publiques à la fin de l’année dernière est de Rs 22 milliards, soit environ Rs 2 milliards de plus qu’il y a un an. De cette somme, environ Rs 10 milliards proviennent de sources étrangères avec des garanties du gouvernement dans la plupart des cas.
En conclusion, le FMI se dit confiant que sur la base des résultats des politiques macroéconomiques prudentes adoptées en 2012 et sur l’engagement du gouvernement à poursuivre des efforts « to implement structural reforms to address key growth-impeding bottlenecks, these challenges appear manageable, but they require renewed effort ». La Public Information Notice 2013, qui sera présentée au conseil d’administration du FMI d’ici à la fin de ce premier trimestre, devra détailler les Policy Measures préconisées après consultations avec le gouvernement.