Le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, s’est voulu rassurant sur le front de l’économie dans le sillage de la publication des derniers chiffres relatifs aux National Accounts avec une révision à la baisse du taux de croissance à 3,6 %. Sur le plan du chômage, il prévoit que le plein-emploi du second miracle économique annoncé devra intervenir en 2017 avec une reprise dans le secteur de la construction à partir de l’année prochaine. À cet effet, il a révélé que le conseil des ministres a donné son aval hier à la mise sur pied d’un High Powered Committee ministériel, présidé par lui et comprenant sept autres ministres pour piloter le projet de Highlands Smart City, avec le transfert du siège administratif et de l’Assemblée nationale de la capitale. Une nouvelle compagnie publique a été incorporée, la Highlands City Ltd, pour assurer le développement de ces 300 arpents alloués pour cet ambitieux projet revisited. Le Grand Argentier n’a pu se retenir pour réclamer de la patience à la population car « nou pa kapav kwar ki kouma nou grate nou gagne ».
Abordant la principale préoccupation dans la conjoncture, soit l’évolution du taux de chômage, le ministre des Finances s’est octroyé un satisfecit avec la progression de 13 500 nouveaux emplois au cours du deuxième trimestre, pour ramener le chômage de 8,7 % à la fin de mars dernier à 7,8 % au 30 juillet. « Sans aucun doute, nous savons que 2015 est une année de transition. Nou pe seme pou rekolte pli tar. Nous faisons de notre mieux pour relancer l’industrie du bâtiment », a-t-il fait ressortir, en soutenant que l’économie connaîtra le plein-emploi à partir de 2017.
Mais pour pouvoir atteindre cet objectif, le ministre des Finances a déclaré que « enn laport pli gran ki kapav inn ouver o sekter prive. Nous sommes aujourd’hui en présence d’un des plus importants soutiens du secteur privé jamais eu ».
Il a mis l’accent sur l’importance des investissements privés car le gouvernement a déjà atteint la limite en termes d’endettement et que la marge de manoeuvre est extrêmement étroite. « L’ancien gouvernement travailliste a endetté le pays à un tel niveau que d’ici 2018, je n’aurai d’autre choix que de ramener le niveau de la dette de 55 % à 50 % du PIB », ajoute-t-il.
Vishnu Lutchmeenaraidoo est revenu sur le projet annoncé dans le budget pour la concrétisation des 13 Smart Cities à travers le pays pour redynamiser la construction et doper la croissance économique à au moins 5,7 % l’année prochaine en vue d’éviter la Middle Income Trap, avec des taux de 3 à 4 % de ces dernières années. À l’heure des questions, notamment sur le quantum de la croissance, il devait laisser échapper : « I hate figures. La guerre des chiffres, nou inn plein ar sa. »
D’autre part, il a évoqué trois axes, l’Ocean Economy, le Maritime Hub et l’Africa Strategy. Il prône une redéfinition du secteur de la pêche avec la construction de trois ports de pêche, dont le principal à hauteur du Bulk Sugar Terminal, doté d’un quai de 1,5 kilomètre, capable d’accueillir 18 bateaux et avec l’objectif d’en accueillir une centaine dans cinq ans.
Le ministre a annoncé que les investissements de Rs 4 milliards pour le projet de ports de pêche sont déjà disponibles. Les autres composantes de cet important développement sur le pourtour portuaire sont la construction d’une Marina dans les parages de Grande-Rivière-Nord-Ouest, un quai consacré à la réception des bateaux de croisière faisant escale à Port-Louis et un quai de pêche. Il a donné la garantie que tous les pêcheurs de Bain-des-Dames seront intégrés au développement portuaire envisagé.
Au chapitre du Maritime Hub, le ministre des Finances a situé l’importance stratégique de la zone économique de Jin-Fei dans le projet de port franc. Une nouvelle infrastructure portuaire reliant l’enceinte portuaire et la zone de Jin-Fei à Riche-Terre est envisagée. L’arrivée de DP World de Dubaï devra insuffler un nouvel élan aux activités dans le port. Le calendrier établi avec les représentants de DP World, en mission à Maurice cette semaine, indique que le Business Plan sera soumis au mois de novembre et probablement la signature d’un Memorandum of Understanding. « Le premier coup de pioche sera donné au cours du premier semestre de l’année prochaine », a-t-il précisé.
Pour ce qui est du bunkering hub, cinq groupes étrangers ont déjà soumis des demandes en vue de démarrer les opérations. Commentant l’Africa Strategy, Vishnu Lutchmeenaraidoo s’est appuyé sur des développements prévus au Ghana avec des projets dans le secteur sucre, de la production de poulets et de technopole. Il a confirmé qu’il dirigera vers la fin de cette année au Ghana une délégation d’une quarantaine d’hommes d’affaires, dont une dizaine venant de l’Inde, de La Réunion et de Dubaï. « Le Ghana sera un modèle de ce que Maurice peut offrir à l’Afrique », soutient-il.
Dans le même souffle, le ministre des Finances a commenté les couloirs de financement pour l’Afrique avec Singapour et en cette fin semaine avec Dubaï suite à la signature d’un Memorandum of Understanding par le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, en présence du secrétaire financier, Dev Manraj. « Nous avons également privilégié l’Islamic Banking avec la transformation de Maurice en tant que base pour des échanges portant sur quelque 120 milliards de dollars », a-t-il dit tout en dénonçant ceux qui font « une obsession avec l’Inde dans l’offshore ». « Le taux de croissance du centre financier est beaucoup fort que l’Inde », a-t-il renchéri à cet effet.
Dans un autre ordre d’idées, Vishnu Lutchmeenaraidoo a fait état de son ambition de faire que Maurice intègre le groupe des 20 premiers pays au monde dans le domaine de la business facilitation. « Plus un pays est corrompu, plus il est difficile de faire du business. La Banque mondiale a soumis un rapport portant sur les réformes nécessaires. Les collectivités locales ont toujours constitué un véritable obstacle. Qui ne connaît pas ces réactions quand un entrepreneur sollicite un projet : pa pou kapav aprouv proze-la. Me nou kapav diskite. Vous savez ce que cela veut dire. Avec le High Powered Committee sur la business facilitation, nous allons éliminer au bout de trois ans cette approche », a-t-il conclu.