En attendant la publication le mardi 26 des estimations officielles des principaux paramètres de l’économie, dont le taux de croissance, pour 2013 par Statistics Mauritius, les données publiées au cours de la semaine écoulée par la Mauritius Employers Federation sous l’Annual Business Trends Survey sont venues complémenter les analyses du Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice. La tendance générale est que l’économie n’est nullement à l’abri des trouble-fête compte tenu des conditions économiques difficiles prévalant sur les marchés d’exportation. Même si les entités économiques et commerciales veulent faire dégager un feel-good factor, la MEF n’a pu faire taire des appréhensions au niveau de l’emploi dans le secteur de la construction, par rapport à une baisse de la demande des exportations sur les marchés traditionnels en raison de la récession dans la zone Euro et à un ralentissement dans le commerce en gros et au détail.
Les résultats de l’Annual Business Survey de la MEF, touchant quelque 82 entreprises de tailles différentes avec un personnel de 26 707 employés, échantillonnage qualifié de représentatif du MEF Membership, font état d’appréhensions au niveau du chômage et des risques de licenciements. « Despite the recovering business mood, it would appear that recruitment intentions are in decline in the face of a still subdued and uncertain economic environment which continues to plague business activities and therefore job creation », anticipe la MEF.
Passant en revue les résultats de ce survey effectué entre novembre de l’année dernière et février, la MEF note qu’au moins une compagnie sur cinq, soit 18,7%, envisage d’avoir recours à des compressions du personnel. Le phénomène de licenciements en 2013 est encore plus visible dans la construction, secteur qui traverse une passe difficile depuis la fin de l’année dernière.
La principale raison derrière la morosité dans l’industrie du bâtiment demeure les effets conjugués de la fin des plus importants chantiers de construction et de la concurrence impitoyable venant des contracteurs chinois, en meilleure position que les sociétés mauriciennes pour rafler les derniers contrats de construction à être alloués.
D’autre part, des signes d’essoufflement inquiétants se font également voir sur le plan de l’immobilier avec l’offre ayant nettement dépassé la demande en termes de surface construite dans le secteur des affaires. L’une des preuves concrètes concerne la récente annonce du ministère de la Sécurité sociale pour la location d’espace-bureaux à des particuliers dans la région d’Ebène CyberCity, notamment quelque 4 000 pieds carrés à Altima Building et plus de 16 000 pieds carrés à Ebène Heights.
Ces deux immeubles rachetés à grands frais par le ministère de la Sécurité sociale sont situés littéralement au coeur de la cybercité, soit dans les parages du supermarché de la Business Zone pour Altima Buiding et dans les environs de l’hôtel Hennessy Park pour Ebène Heights. Les locataires potentiels de ces immeubles appartenant à la Sécurité sociale ont jusqu’au 12 avril pour soumettre leurs cotations.
Un autre signe de difficultés au niveau de la bulle immobilière se confirme avec les graves difficultés financières rencontrées par les promoteurs de l’ambitieux projet de Port Chambly à Le Goulet, Baie-du-Tombeau. Les sociétés Clifton Holdings Limited et Clifton Properties Limited ont été placées sous administration judiciaire pour des dettes accumulées — littéralement non-solvables — de Rs 790 millions et des pertes de Rs 100 millions.
L’échec du projet de CentrePoint à Trianon Park, avec des pertes de Rs 350 millions, s’ajoute également à ce nouveau chapitre de déconvenue immobilière. Les administrateurs judiciaires ont abordé l’étape des appels d’offres de ce chantier abandonné depuis bientôt trois ans, alors que les principaux promoteurs, les frères Timol, ont été rattrapés par des démêlées avec la justice pour des délits allégués de fraude et de détournement de fonds. Les parties intéressées à assurer la reprise de ces activités de construction en plein coeur des Plaines Wilhems se font de plus en plus rares dans la conjoncture.
Confiance en baisse
De son côté, la MEF note que « recruitment intentions in 2013 are likely to decline further compared to previous years in light of the continuing lack of visibility facing enterprises as a consequence of the prevailing downcast and uncertain economic conditions ». Comparativement à l’année dernière, le pourcentage d’entreprises ayant signifié leur intention de procéder à des recrutements a baissé de huit points, passant de 28% à 20% d’une année à l’autre. Ces exercices de recrutement devront intervenir principalement dans le secteur des services financiers et des assurances et de l’Information and Communications Technology (ICT).
D’autre part, le taux de confiance est à la baisse dans deux autres secteurs cruciaux de l’économie, soit les entreprises tournées à l’exportation et le commerce en gros et au détail. Jusqu’ici, les Export-Oriented Enterprises ont tiré profit de la robustesse affichée par les exportations du Sea-Food Hub car les autres secteurs traditionnels, en particulier le textile, ont enregistré dans le meilleur des cas une performance nominale.
La tendance pour les prochains mois n’est guère rassurante en termes d’emplois faute d’un revirement de tendance sur le plan des investissements. « Major improvements in investment growth do not appear to be forthcoming in 2013 as respondents plan to invest more or less similar amount in buildings and plant and machinery as in previous years. The trends in other key variables should remain stable. The majority of enterprises surveyed do not foresee any notable change in their financial situation and profitability, exports and prices », note la MEF sur la base sur ce survey du monde des affaires.
Même si aucune mention spécifique n’est pas faite par rapport à l’industrie touristique dans l’Annual Business Survey de la MEF en ce début d’année, les perspectives ne sont guère brillantes dans ce secteur en ce début d’année. Les derniers chiffres d’arrivées touristiques indiquent une croissance de 2,3%, avec 81 485 touristes, pour le mois de février comparativement au mois correspondant de l’année dernière.
Mais cette performance n’a pas été suffisante pour ramener la situation en territoire positif. En effet, le nombre de touristes pour ces deux premiers mois de l’année est en baisse de 2,3%, soit 174 079 en 2013 contre 178 168 l’année dernière. Néanmoins, le facteur déterminant reste le comportement du marché touristique européen.
Pour les mois de janvier et février, les arrivées touristiques d’Europe ont régressé de 11,7%, dont une baisse de 17,4% sur le marché français et de 33,3% d’Italie. Par contre, le marché britannique continue à progresser avec une croissance de 10,5% pour janvier et février de cette année.
Les efforts de diversification du marché touristique continuent à rapporter des dividendes, avec une progression de 38,8% sur le marché asiatique en ce début d’année, dont une pointe de 66,9% pour la République populaire de Chine, soit quelque 11 000 touristes en deux mois.
Malgré tout, les spécialistes concèdent que les problèmes structurels et fondamentaux affectant l’industrie touristique restent entiers, sauf que la situation est devenue encore plus floue avec les agitations politiques émanant de la basse-cour des bleus après le limogeage de Robert Desvaux de la présidence de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA).
Tourisme : les Seychelles passent devant Maurice
Pour étayer leurs dires, ils citent le dernier classement établi par le World Economic Forum avec la dégringolade de Maurice de cinq places sur le plan international et la montée en puissance de l’archipel des Seychelles, qui s’installe à la première place dans la région océan Indien. Pourtant, dès août de l’année, Bhavin Desai et Melvyn Ching Kai To d’Axys Stockbroking Limited avaient mis en garde contre ce risque face aux efforts déployés par d’autres destinations touristiques concurrentes dans une étude portant sur l’industrie touristique.
« Mauritius has plunged from a dominant 41% to 33% of Indian Ocean market share in just two short years ! While Mauritius rested on its laurels awaiting the passage of the 2008 crisis, Maldives offset its drop in Western tourists by Far Eastern visitors, and post-conflict Sri Lanka emerged as a new place of interest », souligne Axys Stockbroking, qui dresse un parallèle entre le tourisme et l’industrie sucrière après le boom d’il y a 30 ans.
« Both policy makers and hospitality industry operators had forgotten the lessons of the sugar boom 30 years ago : excessive spending brought Mauritius on its knees requiring IMF aid, and was followed by a massive devaluation of the rupee. In the wake of the bumper mid-noughties, government announced a two million visitor target (which begs the question : is Mauritius a mass market or niche up-market destination ?). Hoteliers, who had raised both rates and stars during the bumper years without any service upgrades, followed government’s lead, ego tripped and spent borrowed money lavishly to buld new five-star hotels », ajoutent Bhavik Desai et Melvyn Chung Tai Ko.
La principale conséquence se présente aujourd’hui sous forme de la spirale de la dette (Debt Trap) en parallèle avec un ralentissement dans la croissance dans les arrivées de touristes et une réduction dans les Occupancy Rates face à la rude concurrence du circuit des bungalows disponibles pour les touristes. « Today’s heavily indebted hotel groups find most of their operating profits syphoned off to repay debt leaving them cash strapped », fait ressortir Axys Stockbroking Limited. Pas grand-chose n’a changé depuis, comme le témoignent les bilans financiers concernés.
En août de l’année dernière, la dette de l’industrie touristique avait doublé sur une période de quatre ans, pour se retrouver à hauteur de 13,3% du PIB contre 8,7% en 2007. La dette combinée des quatre plus importants groupes hôteliers de Maurice se monte à environ Rs 27 milliards contre Rs 7,3 milliards en 2007.
En ce début de 2013, les difficultés dont fait face l’industrie touristique ne présentent pas de grandes améliorations avec des premiers licenciements intervenant au niveau des importants groupes hôteliers ou encore dans le domaine du tourisme réceptif. Pour affronter la situation, Axys Stockbroking Limited, qui entrevoit depuis l’année dernière quatre options, soit « postpone issue via renegotiated loan terms, raise equity, sell assets and allow situation to deteriorate until bankruptcy », avoue que « the industry’s ugly duckling will be the one that is fastest to slash gearing and turn its operations lean ».
Dans des milieux autorisés, l’on se rend de plus en plus à l’évidence que l’industrie touristique devra tôt ou tard initier un processus de re-engineering, un peu à la manière de la réforme que connaît l’industrie sucrière depuis l’avènement de l’élimination du Protocole Sucre ou encore le secteur du textile pour survivre à la fin de l’Accord Multi-Fibre…