Les organisations défendant les intérêts des secteurs industriels et des services tournés vers l’exportation ont, lors d’une séance de travail hier à la Banque de Maurice, fait un plaidoyer pour que des mesures de soutien soient dégagées afin qu’ils puissent préserver, voire améliorer, leur compétitivité. Pendant une heure, le nouveau gouverneur de la banque centrale, Ramesh Basant Roi, et ses deux adjoints, Yandraduth Googoolye et Vikram Punchoo, se sont mis à l’écoute des dirigeants d’associations de ces secteurs afin de mieux appréhender les enjeux et les préoccupations des opérateurs économiques.
Convoquée par la direction de la BoM, cette rencontre avec les “currency sensitives sectors” s’est déroulée, selon les parties concernées, « dans une bonne ambiance », permettant d’une part au gouverneur et à ses adjoints d’évaluer la situation dans trois secteurs clés – à savoir l’industrie manufacturière, la restauration/l’hôtellerie et les services de Business Process Outsourcing, et d’autre part aux représentants de ces secteurs de faire état de leurs problèmes. Ceux-ci, fait-on ressortir, ont été aggravés par le fléchissement de l’euro compte tenu du poids de la monnaie unique européenne dans les revenus des trois secteurs précités.
« Le point commun de nos demandes est qu’il faut à tout prix aider les secteurs d’exportation à accroître leur compétitivité. Le gouverneur et ses principaux collaborateurs sont conscients de la situation. On nous a laissé entendre que ce ne sera pas “business as usual” mais que les autorités bancaires veulent bien évaluer les difficultés de chaque secteur », a déclaré un des participants de la réunion d’hier. Les milieux industriels tournés vers l’exportation déclarent que le repli de l’euro à environ Rs 38 ces dernières semaines affecte sérieusement les revenus du secteur. « Le secteur industriel est doublement frappé du fait que le gros de ses importations est libellé en dollar américain, qui s’est raffermi vis-à-vis de l’euro et de la livre sterling, alors qu’un très fort pourcentage de ses exportations est facturé en euro ou en livre sterling », fait-on ressortir.
Le secteur touristique également est lourdement pénalisé par la faiblesse de l’euro considérant la part des arrivées touristiques européennes dans le nombre total de visiteurs. Sur les quelque 1 038 000 touristes qui ont visité le pays en 2014, plus de la moitié (570 548) sont en effet venus d’Europe, incluant les 115 326 Britanniques. À ce nombre, on pourrait ajouter les touristes de La Réunion (141 665). La baisse de l’euro, souligne les milieux touristiques, influe également sur les résultats de la compagnie aérienne nationale. La publication prochaine des résultats intérimaires d’Air Mauritius permettra de savoir comment cette dernière a pu concilier la baisse du prix des carburants au renchérissement du taux de change du dollar et au recul de l’euro.
Les hôteliers laissent entendre qu’ils doivent faire face à un problème de cash-flow. L’impact de la baisse de l’euro sur leurs revenus se fait sentir lorsqu’il s’agit d’effectuer le service de la dette. Les données récentes de la BoM indiquent que le secteur touristique avait, fin novembre dernier, une ardoise de Rs 47,2 milliards auprès des banques commerciales. Les sociétés de BPO sont aussi pénalisées par le recul de la monnaie unique européenne. Elles comptent sur un taux de change favorable pour mitiger la hausse de certains coûts d’opération, dont celui de la main-d’oeuvre. « Nous réclamons un taux de change compétitif », déclare un représentant du secteur manufacturier. La question sera, selon toute probabilité, évoquée en détail dans le mémorandum que chacun des trois secteurs invités à la rencontre d’hier à la BoM Tower soumettra aux autorités bancaires dans les prochains jours. La direction de la banque centrale devrait rencontrer séparément par la suite les dirigeants des organisations des secteurs concernés. Notons par ailleurs que la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Banque de Maurice a été fixée au 9 février.