Deux dossiers économiques, hors de tout contrôle, préoccupent en ce début d’année 2012 l’Hôtel du gouvernement, en l’occurrence un éventuel éclatement de l’Euro Zone et l’évolution du cours mondial du pétrole avec le bras de fer engagé entre Washington et Téhéran au sujet d’une éventuel embargo sur les exportations pétrolières iraniennes. Compte tenu du poids de l’Europe au sein de l’économie, que ce soit au niveau des exportations ou ceux des services comme le tourisme, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, a initié une étude en vue d’évaluer les répercussions sur Maurice d’un éventuel éclatement partiel de l’Euro Zone. Cette démarche s’inscrit dans le programme de travail établi par le ministère des Finances en ce début d’année, car l’on s’accorde à dire au gouvernement aussi bien qu’au sein du secteur privé, que « 2012 sera une année cruciale pour l’économie ».
« Nous ne pensons pas que 2012 sera une année Business as Usual et que l’économie mauricienne devra faire face à des défis majeurs. L’une des préoccupations majeures concerne les risques que pose la Zone Euro. Nous faisons face à un danger réel d’un éclatement partiel, ordonné ou général de cette zone », déclarait Xavier-Luc Duval à Week-End en fin de semaine.
« Nous allons travailler en interne au ministère pour procéder à une évaluation de la situation, établir des scénarios éventuels tout en jaugeant l’impact de tout démantèlement partiel de l’Euro-Land et en préconisant des mesures à prendre pour assurer les intérêts de Maurice à court, moyen et long termes. Le document arrêté par le ministère fera ensuite l’objet d’échanges et de discussions approfondis au sein du Joint Working Group avec le secteur privé. Le but visé est de se préparer pour faire face à toute éventualité compte tenu du poids des économies européennes comme la France, l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne dans l’économie », a poursuivi le vice-Premier ministre et ministre des Finances sur la question.
La diversification des marchés d’exportation des pays de la Zone Euro vers d’autres pôles comme en Asie ou en Afrique avec l’Africa Policy sera privilégiée sous cette nouvelle stratégie avec en toile de fond la crise économique en Europe.
D’autre part, l’une des priorités de l’heure avec l’évolution du taux de change de l’euro se situe au niveau de la gestion des réserves de devises étrangères du pays. L’urgence est de trouver des combinaisons de placement en vue d’assurer une couverture face à la dépréciation de la monnaie européenne dans la conjoncture internationale.
Les dernières statistiques officielles publiées par la Banque de Maurice, vendredi, indiquent que le niveau de réserves de devises étrangères à la fin de 2011 était de Rs 81,6 milliards, soit l’équivalent de 2,8 milliards de dollars américains. Ce niveau représente une hausse de Rs 2,6 milliards par rapport à la situation prévalant à la fin de décembre 2010.
La répartition des Gross Foreign Assets de la Banque de Maurice de Rs 80,2 milliards, représentant le gros des réserves en devises, était comme suit au 31 décembre dernier :
—placements en or : Rs 5,7 milliards soit presque Rs 1 milliard de plus qu’il y a un an.
—placements en Droits de Tirage Spéciaux (DTS) : Rs 4,5 milliards contre Rs 4,7 milliards en décembre 2010.
—autres placements : Rs 69,9 milliards contre Rs 68,8 milliards il y a un an de cela.
Le ministère des Finances compte également mettre l’accent sur des mesures de Business Facilitation en vue d’améliorer la position de Maurice au tableau international de Ease of Doing Business et d’accroître les chances d’attirer des investissements étrangers (Foreign Direct Investment) dans des secteurs économiques émergents.
Les autres priorités définies en ce début d’année par le ministère des Finances concernent la mise en place d’une politique monétaire appropriée pour assurer la croissance économique, la mise en application des mesures budgétaires selon le calendrier annoncé, l’exécution dans les délais prévus des projets d’infrastructure identifiés ou encore l’élimination des goulots d’étranglements.
« Au ministère des Finances, nous assurons un monitoring systématique de la situation sur le plan international, notamment en Europe, et à Maurice en vue d’enclencher le dispositif du National Resilience Fund pour sauver les emplois si cela s’avère nécessaire le cas échéant », confie également le vice-Premier ministre et ministre des Finances, qui se dit conscient que des échéances politiques dans le monde, comme les élections présidentielles en France en avril ou aux États-Unis en novembre, la vingtaine d’élections annoncées pour cette année en Afrique ou encore un changement de leadership politique en République populaire de Chine, sont susceptibles de générer des effets sur Maurice à ne pas négliger.