Les jeunes membres de Fridays For Future Mauritius ont adressé cette semaine une lettre aux parlementaires mauriciens pour tirer la sonnette d’alarme au sujet de l’urgence climatique. Il ne faut pas sous-estimer cet appel qui résonne en ce moment dans de nombreux pays du monde. Leur constat est simple et direct : « Let’s be clear, this assembly has been failing us till now to address climate change and extinction of biodiversity. » De fait, à part les éclats médiatiques autour des nettoyages à travers l’île, on n’a pas encore observé une volonté politique, une annonce forte ou aucune campagne initiée par les autorités susceptibles de frapper l’imagination des Mauriciens. D’ailleurs, les médias officiels accordent en ce moment très peu d’attention aux discussions, combien alarmantes, qui se tiennent actuellement à Madrid à l’occasion de la COP 25. Faut-il attendre que le Premier ministre ou un de nos dirigeants prononcent un discours vantant la politique mauricienne pour le faire ?

Pourtant, Maurice figure parmi les pays les plus vulnérables par rapport aux effets du changement climatique. Nous sommes en effet le 10e pays le plus exposé aux catastrophes climatiques dans le monde. L’année dernière, le Mozambique avait été frappé par la tempête Idai, considérée comme la pire catastrophe que l’hémisphère Sud ait connue. Cette tempête s’est développée dans l’océan Indien et nous aurions pu nous retrouver dans la même situation que le Mozambique. Sommes-nous préparés pour faire face à ce genre de problèmes ?

Maurice connaît déjà les impacts du réchauffement climatique. Souvenons-nous des “flash floods” et des inondations qui ont fait des victimes. La montée des eaux est visible dans certaines régions de l’île. Les jeunes sont non seulement inquiets mais ils considèrent aussi que le gouvernement ne fait pas suffisamment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et l’empreinte écologique de Maurice qui, au contraire, a augmenté. Ils appréhendent non seulement ce qui se passe aujourd’hui, mais également ce que l’avenir leur réserve. « Notre génération sera confrontée à l’augmentation de sécheresses et d’inondations, de fièvres de dengue et de chikungunya, d’ouragans, mais aussi à l’élévation du niveau de la mer et à une diminution de rendements agricoles, de stocks de poissons et de la disponibilité en eau. Ces changements se combinent et compromettent notre avenir. Nous parlons de notre qualité de vie, de notre capital environnemental que vous ne pouvez pas assurer d’être en sécurité. Nous savons que le bien-être global à Maurice s’est amélioré, mais ces améliorations ont été apportées indépendamment de l’environnement et nous considérons qu’en tant que responsables politiques, votre travail consiste à améliorer la vie des citoyens mauriciens. » C’est pour les mêmes raisons que Greta Thunberg mobilise actuellement l’opinion publique, comme tel est le cas actuellement à Madrid et hier aux Nations unies.

Il est de notre devoir d’être solidaires des autres pays vulnérables, en particulier des États insulaires, mais aussi de manifester concrètement notre volonté de participer aux efforts visant à limiter le réchauffement climatique à travers une réduction de notre empreinte carbone. Fridays for Future a déjà fait une série de neuf recommandations. Mais il est évident que d’autres mesures s’imposent, notamment en ce qui concerne la production d’énergie propre. Certes, le gouvernement a décidé de ne plus construire de nouvelles centrales au charbon. Mais force est de constater que les efforts pour encourager une plus grande production d’énergie à partir de la bagasse, de manière à réduire le recours au charbon, sont insuffisants. Vivement le rapport de la Banque mondiale.

Jean Marc POCHÉ