Si l’on prête une dimension géologique, divine à la roche basaltique, il y a bien le souffle de l’homme et des dieux dans le somptueux ouvrage de Jano Couacaud, Ile Maurice, L’Age de pierre (Totem Editions 2012). En fouillant dans la roche de basalte qui a dessiné les contours de notre île volcanique, Jano signe un de ses nouveaux grands spectacles dans le mouvement : A l’origine, le basalte, les bâtisseurs, industrie, il était plusieurs fois, Passé composé. Des sites photographiés à couper le souffle font une parade qui attire l’oeil et suscite notre admiration de terrien. En filigrane et par le texte, le livre est aussi la chronique annoncée d’une disparition de la pierre. S’ajoutant aux ouvrages qu’il a déjà consacrés à la vie quotidienne à Maurice, aux Dockers, le présent livre ravive l’histoire du basalte — roche taillée, sculptée qui raconte l’histoire de Maurice à travers des ruines, bâtiments, cheminées, monuments. Une évocation poétique recourant aux images populaires et l’hommage esthétique d’un photographe qui a parcouru le monde pendant 30 ans et qui a posé ses valises en 2007 pour photographier son île sous différents angles, toujours originaux. La balade dans laquelle nous entraîne Couacaud connaît plusieurs périodes (des origines à nos jours) et nous fait revisiter Le Morne, Riche-en-Eau, Union Vale, l’Unité, Trianon, Mahébourg, Centre-de-Flacq, entre autres. Les textes qui accompagnent les images ont pu être rédigés grâce aux informations historiques de Guy Rouillard, Philippe La Hausse de la Louvière, Marie-France Chelin-Goblet. Le livre a bénéficié aussi de la précieuse aide de Jan Maingard. L’ouvrage prend ses racines au temps de la roche basaltique, puis on s’avance dans des villes et villages de Maurice. S’éloignant du documentaire en noir et blanc, le photographe Jano Couacaud élabore une fiction dans laquelle on sent l’amour de la pierre. Jano immerge son objectif jusqu’à nous entraîner au flanc des rochers à Souillac. Sur champ de ruines, les passions resurgissent. Le photographe travaille sous l’éclat solaire, sublime les paysages. Jano Couacaud nous invite toujours à voir l’envers du décor, sans voyeurisme. Il révèle l’intime, parcourt les quartiers populaires cherchant à voir ce qu’ils cachent ou abritent. C’est donc le reflet d’une époque qu’il raconte avec des photographies très contrastées.
Un ouvrage à conserver dans votre bibliothèque. Disponible à l’Atelier, à Port-Louis.