Le 2 novembre 2017, en ce jour d’hommage aux premiers travailleurs engages indiens arrivés à Maurice, le poète Khal Torabully leur dédie cette Prose brisée des brisants voyageant vers leur potentiel d’humanisme sans limite. Le texte nous semble pertinent, toujours d’actualité. Nous le reproduisons ci-dessous.
Pour la mémoire non tachée d’indignité des 36 premiers engagés (30 hommes, 6 femmes) venus à Maurice sur l’Atlas le 2 novembre. Callachaund, Dhookun, Bhomarah, Bhoodoo, Champah… Ils avaient signé (de leur pouce ou d’un X) un contrat d’engagement avec George Charles Arbuthnot le 10 septembre 1834, pour une durée de 5 ans au-delà des mers. Le contrat était rédigé en Bengali. On les appelait les coolies des collines ou Dhangars. C’est le premier document juridique lançant la Grande Expérience ou coolie trade, attestant, sans réfutation possible, de la prévalence du terme coolie (kuli signifiant salarié, ce qui doit désamorcer la honte ou stigmate que d’aucuns semblent attacher à ce mot noble pour l’extirper de l’Histoire à des fins contestables ) en amont de l’engagisme, devant par la suite donner l’appellation coolie (et non girmit ou indentured ou aapravasi) trade à cette migration contractuelle qui alla bouleverser l’anthropologie culturelle de nombreux pays dans le monde. Je pense à ces pionniers, ces « hill coolies » ou Dhangars, qui allaient amorcer l’arrivée des 455 000 engagés à Maurice, entre 1835 et 1910. A eux, à elles, je dédie cette prose « brisée des brisants »… C’est pour eux que j’écris depuis 1989 à ce jour, en voyageant vers leur potentiel d’humanisme sans limite.