Chitranjan Ramdin, Raj pour les intimes, a écrit à sa façon une autre page de l’histoire des courses au Champ de Mars. Pour la toute première fois, un coursier au rating 1 s’impose sur notre hippodrome et c’est Raj Ramdin-Rye Joorawon, un duo au profil particulier, qui s’est signalé dans cette course pas comme les autres samedi dernier.
Avec un rating initial 1 (46,5 kg), Sherwani était inscrit à 49 kg (poids minimum, 2,5 kg équivalent à 5 points et un rating passant à 6) au programme de la troisième journée. À l’heure de la course, Joorawon faisait 53 kg à la balance (4 kg de plus, équivalent à 8 points supplémentaires et un rating revisé à 14). Tout compte fait, il hérite de 4 points de pénalisation pour sa victoire du jour et émarge désormais avec un rating de 18.
« Aucun élément ou presque ne favorisait Sherwani avant ce 1500m de C7-8-9, rappelle Raj Ramdin. Il était le plus mal classé à l’échelle des valeurs, il avait tiré le couloir 11, sa dernière victoire remonte au 22 octobre 2011, son jockey Rye Joorawon n’était pas trop motivé à le monter. Finalement, ce coursier de huit ans, qui avait perdu un oeil il y a un peu plus de deux ans— il faisait alors partie des effectifs de Mahess Ramdin — a montré qu’il reste un cheval particulier. Il s’est offert un visa pour entrer dans les courses 0-22 et 0-25 ».
Coursier caractériel, « trop fougueux » selon l’apprenti Yannick Yeung Ki, appelé le plus souvent à l’entraîner à Floréal comme à Port-Louis, Sherwani « était quand même bien dans sa peau ces derniers jours », souligne le jeune cavalier. Rye Joorawon, dira, avec recul, que « ce succès de Sherwani lui a procuré une petite sensation sans plus… », lui qui nous confirmait mardi matin qu’il n’était pas vraiment keen à le monter samedi devant l’absence de compétitivité de sa monture ces dernières saison.
De gentleman rider à entraîneur
Raj Ramdin était encore sur son nuage 72 heures après en ce matin pluvieux à Port-Louis. « Et dire qu’il y avait de la pression pour que Sherwani soit retiré des effectifs. J’ai gagné avec le très mal loti Astrakhan (monté par Ram Meetoo), Tuff Tuff a une fois battu le super favori Shutterfly, mais la victoire de Sherwani reste un exploit pour moi.  Elle a une saveur particulière».
Cette journée du 5 avril 2014 aurait été exceptionnelle pour l’écurie C.Ramdin qui a frôlé un trois sur trois ! Outre Sherwani, Port Albert a fait mouche lors de la course n°4, alors que Young Royal a failli causer une autre surprise de taille battu seulement 0,30L par Bright And Blue. «J’avais dit que si on laissait Port Albert courir librement, il pouvait frapper fort. Il l’a fait. C’était d’ailleurs notre meilleure chance de la journée. On ne vous cachera pas qu’avec Young Royal on entretenait un silent hope. S’il avait une course dans les jambes, comme l’aura bénéficié son tombeur du jour Bright And Blue, on aurait réussi le sans-faute avec trois réussites pour autant de partants».
À 57 ans, cet ancien Senior Technical Executive au Mauritius College of the Air (MCA), parti à la retraite en octobre 2012, veut se consacrer pleinement à sa passion. Gentleman rider en 1976, « je me souviens avoir gagné avec Tripella à ma première monte», souligne-t-il non sans un brin de fierté. Il a passé trois années à apprendre les rudiments de cette discipline en Australie, « de 1979 à 1981 avec Tom Little,» avant de retourner au Champ de Mars, « où j’ai été depuis 1999 à la tête de mon établissement».
Avec 127 gagnants à son tableau de chasse, Raj Ramdin a lâché son centre d’entraînement à Pointe-Aux-Sables à la fin de la saison 2013 pour mieux se concentrer sur le présent exercice. Il s’est même armé d’un jockey à plein temps, en l’occurrence Rye Joorawon, et veut réussir une saison pleine. «En 2011, j’ai ramené 15 gagnants, en 2012 j’ai signé 19 victoires avant de connaître un petit fléchissement en 2013 (7 réussites). On est déjà à deux gagnants après trois journées. Si je réussis une douzaine de victoires cette année, je serai un entraîneur satisfait ».