Avec pas moins de 11 victoires pour les quatre dernières journées, l’écurie Foo Kune est sur un nuage et roule au super. A ce rythme, on est en droit de se demander qui pourra arrêter cet établissement. Turf Magazine a été à la rencontre de l’entraîneur Budheswar Gujadhur qui a parlé du travail colossal de l’équipe Foo Kune et pense que la série victorieuse ne s’arrêtera pas en si bon chemin. C’est un signal fort qu’il lance aux adversaires. Il a aussi profité de l’occasion pour brosser un tableau sur les finances de son club, le Mauritius Turf Club, tout en essayant de trouver les moyens pour tirer le MTC du rouge.
L’écurie Foo Kune roule au super depuis quelques semaines. 11 victoires sont tombées dans son escarcelle lors des quatre dernières journées. Ce qui est une performance tout à fait remarquable. Cependant, juste avant, il était question d’une séparation entre l’établissement et le jockey Robbie Burke. L’entraîneur Budeshwar Gujadhur a préféré éviter la question pour lancer une boutade. « Comme je l’ai déjà dit, j’avais été impressionné par le titre d’un magazine français il n’y a pas longtemps mais je ne me souviens pas du nom du magazine. En revanche, le titre m’est resté en tête. «C’était partir pour rester». Je n’ai rien d’autre à ajouter à ce sujet. »
Mais, quand il a été question d’élaborer sur l’ambiance à l’écurie et l’enthousiasme que ces nombreuses victoires ont suscité, Budheswar Gujadhur a sauté sur l’occasion pour remercier toute l’équipe qui l’entoure.
« On est super content d’avoir connu une telle réussite. Les chevaux sont en grande forme et les circonstances ont été parfois en notre faveur. Il ne faudrait pas oublier les 15 deuxièmes places. Sans de concours de circonstance, le nombre de victoires aurait pu être encore plus conséquent. Pour revenir à nos chevaux, il n’y qu’à les regarder évoluer dans le rond de présentation pour se rendre compte de leur excellent état de santé. Cela m’a été confirmé par quelqu’un qui s’y connait pour avoir lui-même eu cet honneur. Toute réussite passe par un travail d’équipe et nous possédons un groupe extraordinaire, à commencer par le Stable Manager Paul Foo Kune qui n’a pas lésiné sur les moyens pour investir énormément dans l’achat de nouvelles unités. De par ses investissements, il espère logiquement un retour sur le capital. Comment ne pas citer Laval Aumaître, notre chef palefrenier qui fait aussi office de Stable Supervisor maintenant.  Il peut compter sur une formidable équipe de palefreniers. Il y a aussi Simon Jones qui vient de rejoindre le groupe et qui agit comme assistant entraîneur. Il est basé à Floréal où nous pouvons compter sur le jeune Jeremy qui y effectue un gros travail et qui se trouve sous la charge de Laval Aumaître. On ne peut ne pas adjoindre notre vétérinaire à notre équipe car sa contribution est énorme. »
Premier au classement des écuries depuis deux semaines maintenant, Robbie Burke s’est aussi mis au diapason pour prendre le tapis jaune à Johnny Geroudis. A ce rythme, les turfistes se demandent sans doute jusqu’où ira cette domination. Notre invité trouve que cette tendance devrait continuer.
« Nous ne pensons pas nous arrêter en si bon chemin ou ce sera le plus tard possible. Au sein de l’écurie, ce sont la discipline et la confiance qui sont les maîtres mots. Sans ces éléments primordiaux et aussi le fait que les circonstances ont joué en notre faveur, les choses auraient eu tendance à se tasser avec le temps. Il faut aussi parler du soutien de la famille, ce qui est nécessaire par les temps qui courent. Pour revenir à Robbie Burke, c’est quelqu’un de talentueux et je dirai qu’il est maintenant requinqué et monte au mieux de ses possibilités. »
A la question de savoir si le fait que certains chevaux ont baissé en valeur depuis la saison dernière qui fait que ces derniers profitent de certains engagements dans une fourchette de valeur inférieure pour s’illustrer, l’entraîneur n’a pas trop élaboré sur le sujet, préférant faire ressortir « que le système de handicapping et de classification des chevaux sont uniques à Maurice alors que pour l’écurie, les victoires sont les fruits du dur labeur et de la rage de vaincre qui anime tout le monde au sein de l’établissement. »
Budheswar Gujadhur trouve quelque part inadmissible que le public et les propriétaires de chevaux n’obtiennent pas la considération adéquate du club.
« Sans le public parieur, les compagnies de Betting et les bookmakers n’existeraient pas. Sans les propriétaires de chevaux, il n’y aurait pas de courses. Les atouts, ce sont les turfistes et les propriétaires de deux plus gros Stake Holders du Mauritius Turf Club alors que ceux qui acceptent les paris apportent, par ricochet, des revenus dans les caisses du Mauritius Turf Club. C’est justement à travers ces revenus que proviennent les prix en argent qui sont distribués aux vainqueurs par le club. C’est le Betting Public qui fait rouler la chose hippique. Mais d’un autre côté, il faut des investisseurs pour importer les chevaux et c’est là où les propriétaires entrent en jeu avec la venue des certains chevaux qui deviennent des crowd pullers et qui incitent quelque part le turfiste à se rendre au Champ de Mars pour parier. Mais sans ces investissements, est-ce que le turfiste se déplacerait quand même, et ce, sans parier ? Le propriétaire et le turfiste sont des éléments essentiels mais leur contribution n’apparait pas dans le bilan du MTC. Le président est très au courant de la chose et essaie bon gré mal gré de donner une considération tangible aux propriétaires et au public. »
Après avoir parlé du public et des propriétaires, on a voulu en savoir un peu plus sur le cheminement de Prince Of Troy qui a, samedi dernier, remporté sa troisième course d’affilée avec en prime le record des 1850m. Selon notre interlocuteur, ce sont les autres qui ont offert la victoire sur un plateau à Prince Of Troy.
« Certains des adversaires avaient, comme on dirait «trouvé le diable», et décidé de prendre la poudre d’escampette. C’est-à-dire lancer la course sur des bases élevées. Solar Symbol avait décidé de suivre non loin tandis que notre cheval est resté tranquillement à l’arrière. Si certains pensent que Prince Of Troy a terminé à la vitesse du vent, je pense que ce sont surtout les autres qui n’avaient plus de gaz. Solar Symbol, lui, étant fait d’un autre métal, a pu tenir plus longtemps. Toujours en ce qui concerne Prince Of Troy, le maintenir au top de sa condition est un travail colossal, bien plus difficile que d’amener un cheval à son meilleur niveau. Je dis cela par expérience. »
Turf Magazine a demandé à Budheswar Gujadhur de mettre de côté son manteau d’entraîneur pour prendre celui d’un membre du club et parler des finances du MTC qui affichaient un déficit de plus de Rs 28M à la fin de la dernière saison.
« L’aspect financier démontre que notre club est dans le rouge et le montant du déficit est conséquent. Si ce trou n’est pas comblé ou s’agrandit davantage, sans vouloir être alarmiste, on pourrait se diriger vers une situation qui pourrait mener « god forbid » vers la fermeture des courses. Mais sans être trop optimiste, j’ai remarqué deux trois choses et reçu de feedbacks que le président, étant un « seasoned administrator », est au courant des mesures que tout Chief Executive Officer, que ce soit aux courses ou au sein d’une entreprise qui va mal, prendrait pour contenir les dépenses dans la mesure du possible et essayer d’augmenter le turnover. La question est de savoir comment le faire. Il faudrait aussi un regain de la confiance d’antan dans les courses et obtenir également plus de sponsorship, qu’il soit local ou étranger. De loin, je vois que la nomination de Ian Paterson comme Chairman du board des Racing Stewards semble avoir eu un effet positif. Il faut admettre que cet homme connaît son métier sur les bouts des ongles et qu’il est dans l’intérêt des Mauriciens qui voudraient épouser le métier de Stipe de lui demander de donner des cours en la matière au lieu d’aller se perfectionner au sein d’une académie. J’irai même plus loin en disant que ce serait aussi dans l’intérêt des membres de l’administration de prendre conseil auprès de lui pour être capable de « think out of their cups » dans le domaine du marketting et autre strategic planning pour contrecarrer les dangers des autres types de paris qui ont actuellement « the upper hand » sur les courses hippiques.»
L’entraîneur de l’écurie Foo Kune trouve que pour parvenir à ses fins, le club pourrait même jusqu’à fermer des départements qui sont continuellement déficitaires.
« Last but not least, quand on veut remettre à flot une entreprise déficitaire, il faut songer à fermer ou « outsource » les départements qui n’apportent plus rien en termes de revenus. Le club doit, dans des business units où il est majoritaire, trouver un partenaire stratégique qui peut faire grossir le turnover pour combler un déficit récurrent. Je n’essaie pas de faire la leçon à notre président qui est au courant que des mesures auraient dû être prises « yesterday ». Je terminerai en disant à bon entendeur salut !»