Les premiers “moves” de la nouvelle administration du Mauritius Turf Club (MTC) semblent appréciés par les professionnels de courses, qui ont partagé avec le président Taposeea et ses collaborateurs un nouveau petit-déjeuner de travail cette semaine, comme cela a été le cas avant le début de la saison. Cet exercice de communication régulière est fondamental à la bonne marche de l’industrie, car la communication et le dialogue sont indispensables entre dirigeants et principaux acteurs. Elle permet une meilleure compréhension mutuelle et un échange enrichissant sur les visions parfois complexes et divergentes de celles d’en haut avec celles d’en bas.

En tout cas, bien maîtrisé et sincère, ce dialogue peut réinstaller au sein du MTC cette culture hippique très diluée ces derniers temps et qui a affaibli l’institution, au point où il s’est mis au même niveau que ceux censés veiller sur sa conduite de l’industrie. Du côté des professionnels — ici les entraîneurs —, cet exercice les rassure sur la nature du respect qui leur est témoigné, puisque ce type de dialogue est la meilleure reconnaissance de la valeur de leur discours et leur importance comme maillon incontournable du système hippique.

Le sujet majeur discuté lors de l’exercice de cette semaine concernait les fixtures, les distances et les conditions de courses. Les entraîneurs ont exprimé leurs griefs souvent justifiés sur cet item et sont allés jusqu’à désigner un certain nombre d’entre eux pour aider éventuellement les responsables dans ce domaine. Certains ont sans doute fait preuve de maladresse en voulant priver l’un des leurs de faire partie de cette délégation parce qu’il est au centre d’une procédure disciplinaire en appel. Mais ce serait un véritable faux pas si des entraîneurs travaillaient finalement sur le dossier des distances avec le responsable des fixtures. Qu’ils mettent sur place un comité et qu’il fasse des recommandations approuvées par tous leurs pairs est dans l’ordre des choses, mais que quelques-uns seulement participent avec le représentant du MTC relève du conflit d’intérêts et est susceptible à un stade de la saison d’être décrié par leurs confrères.

Cela dit, il faut éviter les programmes maigrichons auxquels nous avons eu droit la semaine dernière, même si les épreuves ont été très disputées. Mieux, il y a eu une nette amélioration du comportement des jockeys en courses puisqu’une seule suspension pour interférence a été notée lors de cette troisième journée, après les neuf cas d’interférence qui avaient entraîné quatre suspensions que nous avions eues lors de la journée précédente et trois suspensions de la première journée.

L’autre bonne nouvelle qui doit rassurer la stipe room dirigée par Stephan de Chalain, c’est qu’aucun jockey n’a donné avis d’appel sur les sanctions qui ont accompagné leur dérapage. Pourvu que tout cela dure. Et comme l’actualité est plutôt calme, même si un pourcentage non négligeable de la masse des paris en course est actuellement fait dans une illégalité “tolérée” par la Gambling Regulatory Authority (GRA), puisqu’aucun contrat n’a été signé par les bookmakers, sauf un ou deux, et SMS Pariaz avec le MTC. L’une des missions majeures de la GRA est de faire respecter la loi et, dans ce cas, il faudrait faire diligence.

Entre-temps, la GRA a demandé au MTC d’enlever le billboard annonciateur de la saison hippique 2018, se basant sur la section 156 qui interdit de faire de la pub pour une activité de gambling. Notons au passage que les nouvelles dispositions de la loi ont depuis exempté les lottery games, VLT, sweepstakes, lotteries or government lotteries de cette disposition de la loi. Le motif est que cette information factuelle, puisqu’elle annonce la saison hippique sans aucune référence au jeu, est une incitation au gambling. Nous ne partageons pas cet avis, mais nous respectons la différence.

Par contre, nous trouvons choquant que cet organisme n’ait rien à dire en termes d’incitation au gambling direct des émissions radiophoniques, sponsorisées par des maisons de betting, et de télévision qui retransmettent les courses. Pour éviter tout malentendu, nous n’avons absolument rien, en homme de presse, contre ces émissions et leur sponsorisation, nécessaires à l’information et la compréhension des turfistes, dont la plupart sont de bonne qualité. Ce que nous récusons, c’est cette différence de traitement, dépendant de qui est l’interlocuteur, qui est pratiqué par l’organisme régulateur et l’interprétation qu’il en fait de la loi. En toutes circonstances, nous pensons que le fairness doit primer et que s’il y a la loi, il y a aussi l’esprit de la loi.

Chacun se rappellera comment la GRA a demandé à une compagnie de betting de réduire le nombre de ses officines de paris sur l’autel de la lutte contre les zougader, avant de favoriser l’implantation de nouvelles outlets de SMS Pariaz et plus récemment la dissémination dans l’île de points de paris PMU Moris. Encore une fois, il y a une apparence, si ce n’est une réalité, de défaut d’égalité des chances pratiqué par le gouvernement et son bras répressif et régulateur, la GRA, contrairement à sa politique annoncée au parlement, instance suprême de la démocratie mauricienne, de combattre le zougadérisme.

En fait, il faut mettre un terme à cette hypocrisie qui voudrait faire croire que l’État combat le betting et le gambling. La vérité est que des revenus importants de son budget proviennent de cette activité incontournable aujourd’hui dans les plus grandes démocraties du monde, qui l’encouragent même. Comme les Mauriciens sont nés avec cet ADN dans leur gêne, comme l’ont fort justement acquiescé Benn Gunn et Paul Scotney, cette obstruction étatique n’a que peu d’effets. Là où il y a interdiction, il y aura contournement de la loi. Tout le monde sait que les efforts pour faire baisser la consommation d’alcool, sur lequel l’État se gave, en interdisant la publicité n’a eu que très peu d’effets. Le gambling est un mal nécessaire, et nous ne sommes même pas sûrs que le mot “mal” soit le qualificatif approprié.

Ce qu’il faut combattre avec force et vigueur, c’est le gambling illégal, qui fait perdre à l’industrie hippique et au gouvernement des revenus importants qui peuvent aider à assainir la situation des courses dans notre pays. Ce qu’il faut combattre, et là nous rejoignons, une fois n’est pas coutume, la GRA, ce sont les addictions au jeu et ses conséquences souvent néfastes. Mais s’il faut en faire une maladie, n’en faisons pas non plus une pathologie généralisée, car elle ne représente, selon des études sérieuses menées dans plusieurs pays — où, étonnamment, les résultats des études statistiques sont constants —, entre 0,8 et 1,8% de la population.

Parmi les formes de jeu excessif, ce sont les machines à sous qui arrivent en tête (38%), cela suivi des paris qui combinent football, courses et autres (31%), du poker (23 % ) et de la roulette (8%). L’addiction au jeu est un problème de santé publique qui a des répercussions sur l’individu et la société, et se développe fortement avec les jeux en ligne sur lesquels la GRA n’a jusqu’ici aucune emprise. Il faudra définitivement les aider à changer leur comportement et Turf Magazine soutiendra toute campagne allant en ce sens.