La pluie continue en ce début de saison à jouer les trouble-fête et démontre, avec une vérité criarde, que l’hippodrome du Champ de Mars, pourtant bien entretenu, est aujourd’hui vulnérable, au point où, à chaque averse, la menace d’une annulation plane. Plus que jamais, toutes les énergies, étatiques et privées, doivent converger vers un objectif commun devenu incontournable pour assurer un avenir pérenne à nos courses. Celui de réaliser ce nouvel all-weather hippodrome moderne et confortable répondant aux aspirations internationales et qui permettrait, quel que soit le niveau des pluies, d’assurer le déroulement des courses dans des conditions optimales de sécurité pour les chevaux et les jockeys.
C’est le moins que l’on doit aux turfistes, impatients de voir chaque semaine en découdre leurs champions, et aux propriétaires qui ne lésinent pas sur les moyens pour acheter des chevaux, aux professionnels de courses, contraints à voir leur effectif rester aux écuries sans courir et coûter une petite fortune à leurs établissements respectifs, aux opérateurs de paris et à tous ces petits commerces qui ont déjà préparé leurs ingrédients devenus finalement bons pour la poubelle. Il faut se l’avouer : un nouvel hippodrome confortable qui ferait des courses une des facettes de la destination Maurice devrait désormais être une priorité nationale sans pour autant faire disparaître le Champ de Mars, qui pourrait accueillir en hiver des courses deux fois la semaine, un early afternoon en semaine et la réunion normale du samedi, avec comme point d’orgue la Maiden Cup fin août.
Au moins trois projets ont été évoqués jusqu’ici : Médine, Pamplemousses et Bagatelle. Si un hippodrome est au centre de ces offres de terrain, il y a surtout des développements fonciers qui accompagnent ces projets qui sont la priorité des généreux donateurs. On ne peut faire une omelette sans casser les œufs, dit l’adage. Il est temps de s’en souvenir et de faire contre mauvaise fortune bon cœur et accéder à l’une des ces offres en tenant en compte l’accès, le climat local et l’impact social sur la région concernée. Un comité d’élite, État-Privé, pourrait faire un choix éclairé et non partisan. Il faudrait, pourquoi pas, faire appel à l’expertise étrangère pour mettre sur pied un développement comparable à celui de Hong Kong, qui l’a astucieusement réalisé avec Sha Tin en 1978, pour « soutenir hippiquement » l’hippodrome existant Happy Valley, l’équivalent de notre Champ de Mars, qui perdure depuis 1845.
En tout cas, des infrastructures hippiques aux normes nous auraient évité ce scandaleux trafic d’influence qui a modifié de façon conséquente les fixtures de cette cinquième journée qui a intégré au forceps un, puis deux et enfin trois épreuves de la quatrième journée « à l’insu du plein gré » du Mauritius Turf Club, comme l’aurait dit avec candeur le fameux cycliste Richard Virenque. Pour être plus trivial, on dira que dans cette affaire, comme le chante si bien Serge Lama, le MTC est cocu mais content.
Certes, le Champ de Mars n’est pas Pigalle, mais il y ressemble étrangement parfois quand il s’agit de faire plaisir aux maîtres des lieux. On ne sait quelles sont les contorsions que des éléments bien complaisants du MTC ont faites pour anéantir à néant la nouvelle volonté déclarée du club de contester en cour les diktats, hors prérogatives, de la Gambling Regulatory Authority (GRA) mais, toujours est-il qu’au Champ de Mars, l’égalité des chances n’est qu’un vœu pieux et que les glorieuses incertitudes du turf demeurent.
Figurez-vous que, bien avant d’avoir demandé — ce qui n’est pas nécessaire par ailleurs et montre le degré d’asservissement du MTC par rapport à la GRA — que la quatrième journée soit officiellement annulée samedi dernier, l’un des membres du fixture committee du MTC a été informé par un dirigeant d’un établissement concerné par cette affaire, et un journaliste, que le principe d’une neuvième épreuve pour le samedi suivant était acquis auprès de la GRA avant même qu’elle ne soit sollicitée. Cette nouvelle ingérence dans la conduite interne des courses hippiques a été induite « métro expressément » et souterrainement par la GRA avant que la voix officielle de cet organisme n’acquiesce cette demande subtilement imposée.
Cette information est confirmée par le communiqué publié sur le site internet du MTC, qui affirme avoir obtenu l’aval de la GRA pour organiser neuf courses lors de cette 5e journée avec une seule épreuve de 1450m de Benchmark 56. Pourquoi a-t-il donc substitué deux autres courses de cette cinquième journée, à savoir les deux épreuves de 990m au programme, pour les remplacer par deux épreuves de la quatrième journée ? Les mêmes causes ont produit les mêmes effets.
En tout cas, l’annulation des deux épreuves de 990m programmées de longue date pour la cinquième journée et pour lesquelles plusieurs établissements avaient adéquatement préparé leurs poulains est most unfair. Cela l’est d’autant plus du fait que l’un des partants potentiels de cette course pourrait rater sa qualification pour un championnat d’âge, alors que son propriétaire, qui a lui aussi investi, a été ignoré au profit de lobbyistes et récidivistes patentés. Ce qui vient confirmer la source des directives envoyées la veille du début de la présente saison par la GRA.
Une grande majorité des entraîneurs se demande logiquement pourquoi les huit courses figurant dans la journée de samedi dernier n’ont pas été simplement maintenues pour cette semaine et ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas été sollicités pour donner leur avis. Reste que leurs collègues entraîneurs cooptés pour l’élaboration des fixtures ont, eux, été consultés au téléphone sans qu’il n’y ait de réunion formelle du fixture committee samedi dernier. Un vice de forme pour une décision si importante. S’il fallait une preuve de ce que nous écrivions la semaine dernière à l’effet que les entraîneurs cooptés dans le fixture committee seraient plus enclins à défendre leurs desseins avant ceux de leurs confrères, celle-ci semble être confirmée par cette troublante affaire. Décidément, les uns sont plus égaux que les autres au Champ de Mars.
En tout cas, les entraîneurs ne décolèrent pas et pointent du doigt l’établissement particulier que cette nouvelle donne favorise étrangement et affirment que la GRA n’a jamais mieux porté son patronyme. Plus ça change, plus c’est la même chose. Et une fois n’est pas coutume, le MTC a collaboré à ce véritable coup d’État sur ses prérogatives concernant les fixtures des courses.
Terminons en soulignant que la GRA a accédé, après plus de cinq ans, à la demande du monde des courses, à l’effet que les paris ne seront plus annulés en cas de retrait le jour des courses. Ils seront désormais traités au même titre qu’un retrait de dernière minute, c’est-à-dire qu’une déduction sera appliquée sur la base de la cote du non-partant. Un pas dans la bonne direction, mais que de temps écoulé pour cet organisme pour comprendre enfin des choses si simples. Certes, une meilleure écoute de la direction et l’arrivée prochaine d’un director of racing vont définitivement changer la donne.

Bernard Delaître