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  • Le ministère préfère attendre les résultats du NCE avant d’engager des discussions avec Cambridge

Alors qu’initialement, il était question que le Kreol Morisien (KM) poursuive son parcours jusqu’à la fin du cycle secondaire, rien n’est encore sûr à ce jour. Cette année, le KM sera au programme du National Certificate of Education (NCE), l’examen national de Grade 9.

Les étudiants devront faire leur choix de matière pour la Grade 10 (Form 4) au deuxième trimestre. Mais rien n’a été finalisé encore avec Cambridge pour un syllabus de KM au School Certificate. Alors que la ministre Leela Devi Dookun-Luchoomun préfère attendre les retombées du NCE, les défenseurs du KM crient au scandale.

Le Kreol Morisien sera au programme du National Certificate of Education cette année. C’est le parcours effectué par le premier groupe d’élèves qui a opté pour le KM au primaire à son introduction comme langue optionnelle en 2012.

Initialement, il était question d’entamer des discussions avec Cambridge International Examinations afin d’élaborer un syllabus pour le School Certificate. Une suite logique comme pour tous les “core subjects” proposés au collège actuellement. Sauf que, pour l’heure, il n’y a aucune visibilité sur la suite pour le KM.

On pourrait même dire qu’il est « peu probable » que ceux, qui passeront le NCE cette année, pourront poursuivre avec cette matière l’année prochaine.

Interrogée à ce sujet, la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, a laissé entendre qu’il faudra voir quelle sera la demande après le NCE.

« Il faut prendre en considération qu’un curriculum prend du temps à être mis en place. Combien d’années avons-nous pris, par exemple, ici à Maurice, pour venir avec un programme au primaire ? On parle maintenant d’aller au-delà de Grade 9, il faut que Cambridge soit en mesure de le faire. Ils ont aussi besoin de temps pour travailler sur un curriculum. Il faut aussi attendre pour voir quel va être le résultat de Grade 9 et quelle sera la demande. D’ailleurs, pour commencer un nouveau papier à Cambridge, il faut un certain nombre de candidats. Ils ne vont pas proposer un curriculum comme cela, sans être sûr qu’ils auront le nombre d’élèves, parce qu’il y a tout un travail à entreprendre », explique-t-elle.

Cette position adoptée par le ministère de l’Éducation est loin de faire l’unanimité parmi les défenseurs du KM. Ainsi, le Dr Jimmy Harmon, membre de l’Akademi Kreol Repiblik Moris (AKRM) et directeur adjoint du Service diocésain de l’éducation catholique (SeDEC) avance : « Il est très important que les collèges aient le syllabus Kreol Morisien avant, pour que le “choice of subjects” l’an prochain, en Grade 10, soit clair. L’offre du KM en Grades 10 et 12 doit suivre son cours et non pas être dictée par la demande. Pourquoi quand il s’agit du kreol, on doit le lier à la demande ? »

Il ajoute que l’offre du KM comme langue et littérature en Grades 11 (SC) et 13 (HSC) sera une étape « historique » comme réalisation. Il nous revient, par ailleurs, que l’élaboration d’un programme par Cambridge comporte également des coûts. Ce qui fait tiquer encore plus le gouvernement mauricien.

Actuellement, il y a environ un millier d’enfants qui étudient le KM au secondaire. L’offre n’est pas disponible toutefois dans tous les collèges, car il n’y a aucune obligation à s’y conformer. Certains collèges ont préféré proposer une langue étrangère à la place. L’Allemand semble avoir la cote en ce moment, car les Mauriciens sont de plus en plus nombreux à faire des études en Allemagne, où les cours sont gratuits, s’ils sont dispensés dans la langue nationale.


Le MES limité

Depuis quatre ans, le Mauritius Examination Syndicate (MES) prépare les questionnaires de Kreol Morisien pour le primaire et le secondaire. Toutefois, cette tâche ne s’avère guère facile, selon un représentant de l’examinateur, qui participait à la table ronde organisée par l’Akademi Kreol Repiblik Moris, la semaine dernière. Élaborant sur les difficultés rencontrées, ce dernier évoque en premier lieu les ressources humaines.

« Nous sommes extrêmement dépendants d’un petit groupe de personnes », dit-il. Se pose également un problème au niveau des textes disponibles. « Les textes traduits en kreol morisien sont assez limités, nous n’avons pas une variété pour soutenir les examens à plusieurs niveaux. Se pose également la question de “copyright” », ajoute-t-il.

Il relève également les différentes variantes du kreol et précise : « Dans un examen, nous devons “assess” le standard. Quand nous consultons des documents officiels, il y a des variantes et nous nous demandons laquelle il faut accepter. » Les difficultés se posent également pour le Kreol Rodrige.

« Rodrigues a voulu marquer sa spécificité, mais là, également, nous avons besoin de ressources nécessaires pour soutenir les examens à plusieurs niveaux », dit-il.