Réunissant la presse hier à la Mairie de Port-Louis pour commenter les résultats des examens du CPE, du SC et du HSC, la Commission Éducation du MMM a mis en avant que sur chaque 10 élèves entrant en Std I, seuls 8 décrochent le CPE, 5 le SC et 2 le HSC. Cette proportion 10/8/5/2 a été vivement décriée par le secrétaire général, Steve Obeegadoo, qui y voit une « véritable hécatombe ».
La Commission a parlé de « drame humain » en ajoutant que chaque année, plus de 9 000 élèves échouent au CPE, SC et HSC. « Sommes-nous en train de créer des misfits de la société ? » ont interrogé les membres. Françoise Labelle a pour sa part lancé un vif appel au ministre de l’Éducation pour qu’il lève le voile sur « le flou total autour de l’avenir du secteur prévocationnel » eu égard à l’introduction du Nine Year Schooling. Elle a en outre dénoncé le nombre très limité d’élèves du Prevoc réussissant leur CPE.
Steve Obeegadoo a regretté la démarche consistant, dit-il, à décourager le redoublement du CPE, encourageant plutôt les élèves à poursuivre leur scolarité en Prevoc. Statistiques à l’appui, il indique qu’il y a eu, en 2013, 21 891 élèves inscrits au CPE, soit une baisse de 11 % par rapport à 2012 alors que « la démographie de l’éducation, d’une année à une autre, ne baisse pas ainsi. Le gouvernement est en train de décourager les élèves à redoubler et les envoie en Prevoc ». Et d’analyser le taux de réussite : « 77% de réussite pour les premières tentatives (contre 76 % en 2012) et 39 % pour les deuxièmes tentatives (contre 40 % en 2012). Au total, 70 % de réussite contre 69 % en 2012 ». Par ailleurs, des 1779 élèves reprenant l’examen du CPE le 20 décembre dernier, 1 351 ont réussi après une semaine de révision, portant ainsi le pourcentage de réussite à 81 % au lieu de 70 %. « Quelle crédibilité accorder à cet exercice ? » se demande le secrétaire général. De plus, vu la baisse dans le nombre de participants, ces chiffres sont à prendre, estime-t-il, avec précautions. Selon lui, « vire, tourne, CPE, nou pe bouz fix ».
La situation est encore pire s’agissant du SC, soutient l’ancien ministre de l’Éducation. « Le taux de réussite est à la baisse, de 79 % en 2006 à 76 % en 2012 et 75 % en 2013. 25 % de nos candidats au SC sont en train d’échouer ! »
Pour ce qui est du HSC, le taux de réussite qui était de 79 % en 2006 est descendu à 78 % en 2013. Steve Obeegadoo s’est en revanche félicité du système de régionalisation introduit en 2003, grâce auquel « les mentalités ont changé. Les lauréats et les classés ne proviennent plus que des collèges d’élite. Trente-six SSS ont été construites aux quatre coins du pays de 2001 à 2005. Malgré la tentative du gouvernement de revenir en arrière en 2005, les faits ont changé ».
Steve Obeegadoo a déploré le fait que 3 378 enfants, le nombre cité par un communiqué du Conseil des ministres en date du 24 janvier 2014, soient décrits comme éligibles au Prevoc. Pour lui, ce sont « 3 378 ki pe kit lekol avek enn stamp “failed”. Zot pou sarye sa zimaz-la a vi ». Outre le coût humain de ces jeunes « marqués à vie », il est d’avis qu’il y a aussi un coût économique. « Combien coûtent les services éducatifs à ceux qui au bout de leur scolarité ne sont pas considérés comme ayant les compétences minimales ? Quel est le retour sur l’investissement pour l’État et pour les ménages ? ».
Par ailleurs, pour M. Obeegadoo, imposer le même parcours à tous, à travers le SC et le HSC, « mène à la catastrophe de l’échec scolaire ». Pour autant, dit-il, l’échec scolaire n’est pas une fatalité mais le « produit d’un système désuet ». Il importe, dit-il, d’enclencher une réforme fondamentale pour une éducation de base de qualité pour tous d’une durée de 9/10 ans. Il prône un système diversifié après le cycle de base à l’instar du MITD et l’éducation polytechnique après le SC. « La démocratisation de l’accès à l’éducation sans diversification des opportunités équivaut à une massification, ce qui mène au chômage. ». Il recommande en outre davantage d’investissement dans la formation des enseignants.
Pour sa part, Françoise Labelle a mis en avant des chiffres parlants s’agissant du taux de réussite au niveau du Prevoc. Ainsi, à la SSS de Sébastopol, « sur 29 ayant refait leur CPE, un seul élève a réussi son CPE. Et, là encore, on ne sait pas s’il a bien réussi. À Palma, un seul a réussi. À La Gaulette, sur 43 candidats, seuls 2 ont décroché leur CPE. Dans les collèges d’État où existe le Prevoc, seuls un ou deux ont réussi. N’est-ce pas criminel ? On envoie ces enfants en Prevoc pour les faire échouer à nouveau car en Prevoc, les enseignants ne sont pas formés pour enseigner le CPE. On demande à l’enfant de monter en deuxième année de Prevoc sans qu’il ait terminé son programme de première année. Au fait, on a augmenté le fardeau de ces enfants ».
Françoise Labelle a par ailleurs regretté le fait que contrairement à l’annonce faite, en août 2011, selon laquelle les nouvelles stratégies pour le secteur prévocationnel devaient être mises en oeuvre en 2012, rien de tel n’a eu lieu jusqu’ici. Et deux ans après, « nous entendons le phasing out du Prevoc. On ne sait pas bien ce qu’il en adviendra. Nous demandons au ministre de respecter le droit à l’éducation de qualité pour ces enfants en difficultés. Que le ministre fasse connaître sa nouvelle stratégie pour le Prevoc dans le cadre du 9 year Schooling ».