« Accablant ». C’est le constat dressé par la Commission d’éducation du MMM au sujet des écoles ZEP, dont on célèbre cette année les dix ans d’existence. Les membres de la Commission parlent de « dix ans de gaspillage ». Lors d’une rencontre avec la presse, hier, à la municipalité de Port-Louis, ils devaient estimer que ce projet, mis en place par le MMM en 2003, a été « mis de côté par les décideurs par attitude partisane ». La Commission a par ailleurs exigé que le gouvernement débloque des fonds pour qu’aucune école/ONG ayant à leur charge des jeunes handicapés ne soit fermée. Elle demande par ailleurs de rétablir la parité entre de telles écoles et celles dites normales en termes de subventions.
« C’est un constat de rêve brisé et d’espoir trahi », dit Steve Obeegadoo. Le projet des écoles ZEP, lorsqu’il fut mis sur pied, se voulait différent, poursuit-il. « Avant, il y avait des special schools auxquelles on pourvoyait de l’argent. La ZEP, ce n’était pas que l’argent. C’était combattre l’échec scolaire ». Basé sur un nombre de principes dont l’utilisation de la langue maternelle, ce projet, selon M. Obeegadoo, qui ciblait 30 écoles primaires devait, dès l’arrivée du gouvernement PTr/PMSD en 2005, ne plus progresser. « L’idée, c’était de touy le projet parce qu’il émanait du MMM/MSM. Mais, avec la pression d’étrangers, le gouvernement l’a gardé presque malgré lui ».
De son côté, Françoise Labelle devait préciser qu’en lançant les écoles ZEP, l’idée était d’aider les enfants en difficulté à terminer leur cycle primaire en ayant appris à lire, écrire et avoir un « minimum de numeracy ». Tel n’est toutefois pas le cas aujourd’hui, dit-elle. Citant des chiffres officiels, elle indique que 60 % des enfants concernés quittent le primaire « en ayant échoué ». Dans certaines écoles, le pourcentage s’élève à 80 % d’échecs. Seuls deux établissements, soit Jean Eon à Grand-Gaube et l’école de Bois des Amourettes, ont progressé. Il s’agit, dit-elle, de voir ce qui a contribué au succès de ces deux écoles. Le projet avait par ailleurs, selon Mme Labelle, mis l’accent sur la formation des parents parce que sans ces derniers dans un tel projet, « on n’ira pas loin ». Or, déplore-t-elle, « cette tâche est accomplie par des fonctionnaires qui ont déjà un autre travail et qui arrivent parfois en retard aux formations ».
Devant ce constat « d’échec », selon Françoise Labelle, il faut réformer le projet tout en favorisant la langue maternelle de l’enfant. Il importe aussi de diminuer le nombre d’élèves par classe. Les enseignants « doivent volontairement accepter de relever le défi de ce travail. Il faut aussi leur offrir une motivation et les former de manière continue. Il faut revoir les salles de bibliothèque et d’informatique ».
Suren Bissoondoyal devait pour sa part prendre l’exemple d’un pays pauvre comme le Bangladesh et d’un autre infiniment plus riche, la Grande-Bretagne, pour montrer qu’aucun des deux ne permet que leurs ressources humaines ne soient gaspillées. Le premier a sollicité l’aide de la Banque mondiale pour récupérer les 1,5 million de jeunes qui soit n’étaient pas réguliers, soit ne se rendaient pas du tout à l’école. Cette initiative, lancée en 2004, aura porté le pourcentage de réussite à 73 % en 2011 et à 83 % en 2012. La Grande-Bretagne « a voulu faire de l’education for all, l’achievement for all en déboursant £ 1 000 sur chaque enfant ». « Que faisons nous à Maurice de nos ressources humaines ? » lance-t-il.
S’agissant des enfants handicapés, la Commission a insisté sur le devoir de l’État de respecter le droit fondamental de chaque enfant à l’éducation. Steve Obeegadoo devait rappeler que l’éducation gratuite au primaire « est un droit pour tous depuis la déclaration des Droits de l’Homme en 1948 », d’autant plus que Maurice a souscrit, en 2000, « aux objectifs mondiaux du Développement ». Il devait également citer l’Equal Opportunities Act.
Pour Steve Obeegadoo, les ONG ayant à leur charge des jeunes handicapés devraient non seulement être à parité mais recevoir davantage car « un sourd, un handicapé physique sévère, les appareils dont ils ont besoin coûtent… » Citant les chiffres de l’APEIM, il devait indiquer que l’État dépense Rs 20 000 par enfant handicapé jusqu’à 18 ans alors que pour un enfant de l’école primaire, l’État dépense de Rs 22 000 à 27 000. « Là, aussi, ces chiffres datent de cinq ans ». La somme dépensée sur un enfant du secondaire, elle, s’élève à Rs 43 000. Il souhaite que « l’État mauricien aille au-delà de cette parité ».