Le scandale du DY Patil Medical College,dont le directeur n’est autre que l’époux de la ministre de la Sécurité sociale, Raj Bappoo, et avec un capital souscrit de Rs 150 (roupies indiennes) réparti entre trois actionnaires, se présente comme le tremplin pour une remise en ordre plus que nécessaire dans le domaine de l’enseignement supérieur. C’est du moins ce que laissent entendre des milieux autorisés après les délibérations du Conseil des ministres de vendredi dernier et les révélations sur les dessous de cette saga dans la presse depuis plus d’une semaine. Alors que la direction de DY Patil Medical Collegetentait de monter une contre-offensive, le gouvernement a riposté avec la décision de confier un audit complet de l’enseignement supérieur à des spécialistes britanniques. Dans l’immédiat, le ministère de la Santé continuera à exercer des pressions avec une enquête confiée au directeur de la Santé, le Dr Timol, sur le respect des conditions imposées au DY Patil Medical Collegedans le cadre du Clinical Frameworken vigueur, avec un accent particulier sur la présence de médecins non-accrédités par le Medical Councildans l’enceinte du Jawaharlal Nehru Hospitalde Rose-Belle pour s’occuper des patients.
Des recoupements d’informations effectués auprès des sources concordantes indiquent que le ministre de l’Enseignement supérieur, Rajesh Jeetah, qui traîne sur les bras depuis des années déjà la Eastern Institute of Integrated Learning Management (EIILM) Sagadu Jeetah Trust,n’avait nullement anticipé ce coup de grâce au Conseil des ministres. Dans un silence quasi religieux, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a confirmé sa décision d’exiger un audit complet du secteur des universités à Maurice.
Le ministre de tutelle n’a pas bronché avec Navin Ramgoolam s’appesantissant sur le fait qu’il préfère avoir recours à l’expertise dans le domaine de l’éducation tertiaire en Grande-Bretagne pour éviter “toute étiquette de parti-pris”dans cette évaluation, qui se veut indépendante. Dans d’autres milieux, cette démarche est interprétée comme une gifle magistrale administrée à qui de droit alors que la Tertiary Education Commission(TEC) vient de faire l’objet d’un Re-engineeringavec la nomination du Pr Bakshi à la tête.
À ce stade, l’identité des universitaires britanniques, appelés en renforts par le chef du gouvernement, n’a pas été révélée mais il devrait l’être dans les jours à venir en raison de l’urgence de la situation. Cet Audit Committeedevra être redevable directement au Pm, mais aucune confirmation officielle si cet exercice d’évaluation sera consacrée uniquement aux institutions tertiaires du privé ou encore si les attributions engloberont également les universités publiques. L’Université de Maurice vient de recevoir les conclusions d’un Visitor’s Reporten la personne de l’actuel secrétaire financier, Dev Manraj.
Entre-temps, l’attention reste braquée sur les dessous du DY Patil Medical College,qui opère sous la supervision de laUniversity of Technology Mauritius (UTM) avec un Memorandum of Understanding (MOU), signé le 24 juin 2009, du temps où Rajesh Jeetah occupait les fonctions de ministre de la Santé. Face aux allégations accablantes au sujet des pratiques en cours au DY Patil Medical Collegeavec des cours de pratique de médecine prodigués dans les locaux du Jawaharlal NehruHospitalà Rose-Belle, le ministère de la Santé a cru nécessaire, pour sa part, de “come with clean hands”en mettant la TEC et le Medical Councildevant leurs responsabilités dans cette sinistre affaire.
Allégations de pratique illégale de médecine
Avec l’aval du Conseil des ministres, le ministre Lormus Bundhoo a pris la décision d’instituer une enquête départementale, présidée par le directeur de la Santé, le Dr Timol, et comprenant deux assesseurs, dont un secrétaire permanent, pour examiner et vérifier si les dispositions du Clinical Frameworkconvenu entre l’hôpital de Rose-Belle et la direction de DY Patil Medical College ont été respectées et pour se pencher sur des allégations de pratique illégale de médecine.
Le High Powered Committee Timol devra se préoccuper de graves accusations portées par des étudiants en Postgraduate Medecineau DY Patil Medical Collegeà l’effet que “the infrastructure for the Postgraduate medical courses of MS/MD courses is very poor. The Postgraduate medical college does not own any building.”Un fait incontestable dans la pratique.
Dans une correspondance officielle adressée à la TEC, des étudiants enPostgraduate de ce collège de medicine dénoncent le fait que “the medical college is not registered by the Medical Council of India and no proper effort is being made towards the same. Recognition of Medical Council Mauritius for the institute and the course will not be forthcoming because of various deficiencies in the institute.”
Cette dernière affirmation est soutenue par les conclusions accablantes de l’Education Committeedu Medical Councilen date du 28 janvier 2014, attirant l’attention d’emblée sur un manquement majeur à l’effet que “the University of Technology Mauritius is the awarding body under the laws governing tertiary education in Mauritius, but it is not yet listed as medical institution under the Medical Council Act.”
Ce rapport, qui a été soumis aux membres du conseil d’administration du Medical Councillors de la réunion de la fin de janvier dernier, met en doute la compétence de laUniversity of Technology Mauritiusà octroyer des diplômes supérieurs en médecine en l’absence d’une Fully Fledged Faculty of Medicine.
Plus loin, les membres de cette instance du Medical Councilse montrent davantage critiques en affirmant que “there is no evidence of the University of Technology Mauritius being on the register of the World Health Organisation and FAIMER (Foundation for the Advancement of International Medical Education and Research), whereas Anna Medical College, SSR Medical College, University of Mauritius are registered with FAIMER.”
Toujours commentant cette décision autorisant laUniversity of Technology Mauritiusde se transformer en Awarding Bodypour le compte du DY Patil Medical Collegeen vue de contourner des règlements en vigueur, l’Education Committee du Medical Councilnote avec étonnement que “the committee finds it queer that an institution which did not even fulfil the requirements of a basic medical institution was allowed to offer postgraduate degree.”
Le rôle de la TEC dans la DY Patil Medical College Sagafait l’objet de sévères critiques de la part du Medical Council, et cela, à plusieurs niveaux. “The committee wishes to draw the attention of Council about the ambiguous situation whereby the TEC is the authority legally empowered to approve and accredit medical courses, programmes and the institutions delivering them”, souligne le rapport, qui relève le fait que “it is only when the student has completed the course either as general practitioner or specialist that the Medical Council is involved to pronounce itself about the fitness of the institution to be recognized and included on the list of recognized medical institutions.”
Citant le recent exemple de l’École de Médecine Louis Pasteur du Pr Sooriadev Baligadoo, le Medical Councilfait état de “very uncomfortable situation for the Council which is subject to pressure from different parties.”La pertinence des conclusions desInternational Monitoring Committees,dont celui présidé par le Pr Bakshi, directeur général de la TEC, sur DY Patil Medical College,en novembre dernier, est prise avec des pincettes par le Medical Council.
“The Education Committee of the Medical Council has an interrogation: whether the exercise and recommendations of the IMC’s are binding on the Medical Council of Mauritius. Yet after four years and successive International Monitoring Committees, several shortcomings have still not been addressed at the DY Patil Medical College”, avance le rapport portant sur l’inclusion de la University of Technology Mauritius et le DY Patil Medical Collegedans la liste des Recognised Medical Institutions.
Plus grave encore est la remarque duMedical Council à l’effet que “the International Monitoring Committee was not presented with any evidence of the University of Technology Mauritius visiting the institution (DY Patil Medical College) for quality assurance exercises”.Il semblerait que laUniversity of Technology Mauritius a été utilisée comme un prête-nom tout simplement car “the International Monitoring Committee was not presented with any evidence of validation of staff by the University of Technology.”
Rapport défavorable
Le rapport du Medical Councilcommente également le niveau des cours de Posgraduate disponibles au DY Patil Medical College. “Scrutiny of logbooks of students (26 copies) showed that certain students did very few or no interventions including surgeries independently. They were either observers or assistants during surgeries, yet they have passed their examination and been released as fully-fledged holders of MS degree in Surgery”, dénonce le Medical Council, qui s’appesantit sur le fait que des étudiants en médicine spécialisée ne peuvent être enregistrés en tant que tels que s’ils ont accrédités par l’ordre des médecins.
Or, dans une communication officielle adressée à la TEC, ces étudiants étrangers, qui financent leurs études au coût de Rs 800 000 par an, avaient mis le doigt sur la plaie en faisant ressortir que “after having met the TEC, we realised that our postgraduate has not started officially and that we are just like tourists in Mauritius. We were told that TEC will not be in a position to award degree to the students if they do not complete three year studies which begin only after passing the screening test conducted by the Medical Council Mauritius and thereby registering with the Medical Council.”
Si dans un premier temps et malgré ce rapport défavorable de son Education Committee, le Medical Councilavait formulé une recommandation pour l’inclusion de l’UTM et du DY Patil Medical Collegesur la liste des institutions reconnues, le Medical Council, réuni d’urgence vendredi après-midi, s’est ravisé. Ainsi, un gel des procédures menant à la reconnaissance de ces institutions a été décidé par les membres de l’ordre des médecins avec la mise sur pied d’un comité avec pour mandat de procéder à un examen complet des cours au DY Patil Medical College et de passer en revue “the names, qualifications and teaching experience of internal and external examiners appointed, the number of examiners appointed to conduct examinations in each postgraduate course in medicine offered by DY Patil Medical College and whether there exists a guideline to appoint external examiners.”
Toutefois, le volet le plus controversable du DY Patil Medical Collegedevra faire l’objet d’une enquête confiée au Central CID pour des délits éventuels de pratiques illégales de médecine. “The college has been forcing us to go to Jawaharlal Nehru Hospital, meet patients and even write in their case sheets which is against the law. Our names are even written in the surgical records. In fact, the Dean said: you never had any problem so far in treating patients and no one has ever questioned you. So continue like this without letting anyone to know”,dénoncent ces étudiants à la TEC et au Medical Council.
Outre ces premières décisions émanant d’un Medical Councilacculé et faisant amende honorable quinze jours après, plusieurs autres enquêtes sont annoncées, notamment au niveau de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) pour des délits éventuels de conflits d’intérêts entre les protagonistes, que ce soit du côté des promoteurs du projet qu’au sein du gouvernement avec Navin Ramgoolam rappelant, vendredi, à ses ministres que“dan sa zafer-là, sakène bizin pran so responsabilité. A la mo dir.”
En fin de compte, la question qui se pose demeure: qui sont les coupables qui ont permis de tels écarts à la loi au point de mettre en péril la carrière de jeunes professionnels, avides de nouvelles connaissances, et de porter atteinte à l’intégrité de Maurice ambitionnant de devenir un Education Hubdans la région?