L’implémentation de l’éducation à la sexualité, de manière structurée, dans les écoles et collèges d’État en 2014 suscite diverses réflexions et des questionnements sur sa mise en pratique et le contenu du programme. Qui aura pour responsabilité d’aider les jeunes scolarisés à acquérir des notions de respect, avoir une meilleure compréhension de la façon dont les stéréotypes sexuels peuvent orienter leurs attentes, développer leur sens de l’égalité des sexes, comprendre l’anatomie humaine, entre autres ? Pas les enseignants, répond d’emblée leur syndicat !
Il y a quelques années encore, le ministère de l’Éducation écoutait le plaidoyer des organisations non-gouvernementales (ONG) pour l’introduction de l’éducation à la sexualité à l’école que d’une oreille ! Pour faire politiquement correct, ceux qui au nom du ministère l’Éducation s’exprimaient sur le sujet le faisaient avec beaucoup de tact et de réserves. L’éducation à la sexualité, disaient-ils, fera son entrée à l’école en temps et lieu. Il y a quelque temps encore, envisager un espace dans le calendrier scolaire pour la sexualité dans les écoles publiques était inimaginable. Imaginer des écoliers et des collégiens écouter et participer à une classe consacrée à la sexualité et toutes ses composantes relevait de l’utopie.
Quoique dans certains collèges d’État, la présence d’un animateur délégué par la Mauritius Familiy Planning and Welfare Association n’est pas improbable. Cette ONG répond présent dans des collèges d’État quand ceux-ci font appel à elle. Dans les écoles privées et celles gérées par le Bureau de l’éducation catholique (BEC), l’approche (qui est plus ou moins ouverte) sur la question est différente. Le sujet est abordé lors des interventions des ONG spécialisées dans la planification familiale et prévention en matière de grossesse précoce, toxicomanie, VIH Sida…
Quand le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, vient annoncer dans un discours lundi dernier l’implémentation de l’éducation à la sexualité dans le curriculum national à partir de l’année prochaine, ceux qui ont toujours réclamé cette mesure ne peuvent que s’en réjouir. En effet, pendant le temps qu’a duré la tergiversation autour de l’introduction de l’éducation sexuelle à l’école, les enfants prépubères et les adolescents, exposés à une société en constante évolution, se sont tournés vers des moyens — pas toujours efficaces — à leur portée pour répondre à leurs questionnements. Par ailleurs, les premiers rapports sexuels qui ont lieu de plus en plus tôt, les scandales impliquant des mineurs qui émergent et la grossesse précoce chez les adolescentes, démontrent que l’éducation à la sexualité en milieu scolaire est pertinente. Et que les cours de morale ne suffisent plus pour répondre aux interrogations des jeunes.