Le projet Nine Years Schooling, envisagé depuis plusieurs années déjà par plusieurs ministres, sera enfin présenté cette semaine par l’actuelle ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun. Si pour l’heure, les détails font défaut, les partenaires concernés débattent déjà des principaux éléments de la réforme. Au niveau des syndicats, on affiche une divergence de points de vue. Alors que la Government Teachers’ Union (GTU), par le biais de son président, Vinod Seegum, dit ne pas pouvoir imaginer une éducation primaire sans examens, le président de la FCSOU, Narendranath Gopee, est d’avis qu’il s’agit d’une « réforme très mal planifiée ».
La réforme telle qu’annoncée dans les grandes lignes fait état non seulement du maintien d’un examen en primaire, soit en grade 6, mais aussi d’un deuxième examen, à la fin du grade 9, avant de pouvoir choisir entre les trois options : académique, technique ou préprofessionnelle. L’examen en grade 6 sera conduit sur une base régionale et déterminera, à partir des résultats, le collège qui sera attribué à l’élève. Résout-on dès lors le problème de la compétition féroce, un des buts initiaux de la réforme dans notre système d’éducation ? Pour Vinod Seegum, « la transition de l’école primaire au secondaire ne peut se faire sans examens. Nous ne pensons pas que cela soit réalisable ni réaliste. C’est comme si une personne apprenait à conduire mais n’est pas soumise à un test avant d’obtenir son permis. Est-ce que cette personne fera des efforts pour apprendre le code de la route ? Même l’ancien ministre Bunwaree avait compris lors de notre rencontre avec lui qu’on ne pouvait pas ne pas avoir d’évaluation. Peu importe le nom qu’on y attachera, il y aura toujours une évaluation ».
Le président de la GTU ajoute qu’ayant obtenu la garantie de l’actuelle ministre que le cycle primaire sera sanctionné par un Primary School Achievement Certificate d’une part et par une remedial education d’autre part en vue de déterminer si les petits sont prêts à entrer au secondaire, la GTU, dit-il, soutient la réforme telle qu’annoncée jusqu’ici. « Actuellement, il y a des retraités sans formation qui sont impliqués dans la remedial education. La ministre a accepté de recruter des personnes formées à cet effet. Il y aura 70 support teachers pour identifier les low performing students et travailler avec eux jusqu’à ce qu’ils soient prêts à retourner dans le mainstream ». Autre point positif pour la GTU, « des profs spécialisés pour enseigner des matières non examinables en primaire comme l’art et la musique. Cela enlèvera un fardeau sur les instituteurs qui doivent actuellement enseigner plusieurs matières ».
M. Seegum ajoute qu’il y a toutefois des points qui demandent encore à être clarifiés, à l’exemple des continuous assessments ou encore du school based assessment. « Et qu’en sera-t-il des écoles ZEP, des winter et des summer schools ? » Vinod Seegum est d’avis que la compétition sera là, à un moment ou à un autre. « C’est inévitable. Nous sommes pour une compétition saine. La compétition sera désormais au niveau régional et déjà il y aura moins de stress », estime-t-il.
Narendranath Gopee, de la Federation of Civil Service and other Unions (FCSOU), est lui d’avis que « l’on ne peut apporter des changements drastiques dans un système qui a produit des résultats, malheureusement, il est vrai, avec ses défauts. Le 9 years schooling viendra complètement chambarder le système éducatif car il n’y a aucun plan venant de la ministre actuelle. Il s’agit du plan de l’ancien ministre Kadress Pillay et son idée de middle schools ; de celui de l’ancien ministre Bunwaree. Avons-nous des établissements appropriés et les infrastructures nécessaires pour les jeunes qui veulent opter pour le prévocationnel ? Ces établissements doivent être spécialisés. Il ne faut pas que leur réputation soit dévalorisée par rapport aux collèges académiques ».
Le président de la FCSOU se dit contre un système où « le streaming commencera dès la première année au primaire. Au contraire, il faudrait aller vers un système où la première et deuxième année, il n’y aurait pas d’enseignement tant académique qu’un enseignement qui tend vers la socialisation. Justement, on nous a toujours reproché d’avoir un système qui se focalise trop sur l’académique et pas assez sur le développement social de l’individu. Ce n’est pas un plan politique qui apportera un changement ».
S’agissant de la compétition féroce, Narendranath Gopee dit ne voir aucune mention de la disparition de ce mal. « La compétition sera toujours aussi présente, si pas plus, pour se faire admettre dans un collège académique. Si le ministère persiste en ce sens, ce sera une catastrophe. On n’est pas contre la réforme mais celle-ci ne se fait pas en un an ou deux ». Pour le syndicaliste, il aurait fallu des débats accueillant les opinions des partenaires de l’éducation comme les enseignants, les recteurs, les parents etc.