L’ébauche du projet sur la réforme dans l’éducation, déposée au conseil des ministres le 15 mai dernier, indique clairement que le nouveau gouvernement s’apprête à redessiner le secteur éducatif. Les changements pensés par le ministère de l’Éducation sont parvenus aux oreilles de ses partenaires, avant les premières consultations. Si la nécessité d’une refonte n’est pas contestée, en revanche, des questions subsistent. Dans le milieu de l’éducation confessionnelle catholique, l’on s’interroge sur sa participation, notamment au secondaire, et le désir de maintenir sa spécificité dans le sillage d’une réforme.
Tandis que des questions autour du Nine-Year Schooling se bousculaient dans la tête des enseignants, pédagogues et parents, le ministère de l’Éducation soumettait le 15 mai dernier l’ébauche d’un plan détaillé sur le projet de refonte du système éducatif au Cabinet. Le conseil des ministres prenait alors connaissance du contenu de ce document et informe : « Cabinet has taken note of the draft Concept Paper on Nine-Year Schooling, a new system that entails the elimination of the Certificate of Primary Education in its current form in line with Government Programme 2015-2019 and as announced in the Budget Speech 2015-2016, and that the Ministry of Education and Human Resources, Tertiary Education and Scientific Research would engage in consultations with stakeholders. »
Entre-temps, malgré les questions de part et d’autre sur la forme que prendra le Nine-Year Schooling adressées à la ministre de l’Éducation, celle-ci n’a donné aucune indication. Leela Devi Dookun-Luchoomun laisse à chaque fois entendre que son ministère travaille sur le dossier. Quant aux stakeholders, c’est-à-dire les partenaires clés des autorités dans le secteur éducatif, plus d’un se posent encore des questions et ce, malgré le fait que les grandes lignes du Concept Paper ont été divulguées dans la presse en début de semaine. Parmi ces partenaires concernés, il y a des syndicats du primaire et du secondaire, les collèges privés et confessionnels respectivement.
Où est le mapping ?
Avec un document — une ébauche certes — déjà déposé au cabinet, le ministère de l’Éducation donne l’impression qu’il a déjà jeté les bases pour une réforme et que ses partenaires devront plus ou moins le suivre dans la refonte qu’il envisage. « Ce n’est pas vraiment le cas », avance Vinod Seegum, président de la Government Teachers’ Union. « Nous n’allons pas nous retrouver au pied du mur, car nous savions que la ministre de l’Education devait d’abord présenter le Concept Paper au Cabinet en premier lieu et nous consulter ensuite », explique-t-il.
Toutefois, à l’instar de ses collègues syndicalistes, il ne sait pas quand ces fameuses consultations démarreront. À la MITD House, on a laissé entendre que celles-ci pourraient avoir lieu dans une dizaine de jours. Si on sait que le Certificate of Primary Education fera la place à un autre certificat, que les trois prochaines années après la Std VI se feront dans les bâtiments des collèges secondaires et qu’il est dit que les collèges nationaux se verront attribuer un autre statut avec une mission différente, qu’il est plus que probable que le secteur prévocationnel devienne chose du passé, de nouvelles matières feront leur entrée entre autres, une des questions qui taraudent est : comment se fera la transition entre le primaire et le secondaire ? Ou encore si la régionalisation dans sa forme actuelle sera-t-elle maintenue ou redéfinie.
Il semblerait que le mapping n’est pas encore prêt. Pourtant, à l’époque, pas si lointaine, où l’ancien ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, avait affirmé que le Nine-Year Schooling serait implémenté en 2014, il avait été dit que le mapping était déjà prêt ! Par ailleurs, dans le secteur du secondaire d’État, on a confié une crainte à Week-End.
« On se demande quelle sera la participation des écoles et collèges confessionnels catholiques, ainsi que les collèges privés ! Nous n’aurions pas souhaité que les collèges catholiques ne soient pas partie prenante de la réforme. Nous craignons que les autorités de l’éducation catholique ne soient pas d’accord avec les propositions du gouvernement et se retirent de la réforme. Nous gardons en tête leurs positions après l’abolition du ranking avec la réforme Obeegadoo et l’affaire des places réservées ! » nous confie une source dans le secondaire d’État.
Lobbying
Au collège du Saint-Esprit, Jacques Malié, le recteur de cette institution phare de l’éducation confessionnelle catholique, se veut rassurant : « Nous sommes pour le Nine-Year Schooling ! » Mais lui aussi se pose plusieurs questions. Notamment : « Pourquoi est-ce que les 11 collèges nationaux seront-ils les seuls à être convertis en académies ? » Les académies sont, selon le Concept Paper, les établissements qui accueilleraient l’élite après la neuvième année scolaire.
Mais le recteur du Saint-Esprit, maintient que les enseignants des collèges catholiques ont un entitlement propre à la spécificité de leur secteur. Même avec la réforme, le sens d’appartenance à l’entité de l’éducation catholique devra être respecté. D’autre part, Jacques Malié rappelle que les autorités de l’éducation catholique ont, depuis quelques années, construit des collèges mixtes, alors que le Nine-Year Schooling prévoit la séparation des filles et des garçons après le primaire.
Toutefois, dit-il, il s’attend que la ministre Leela Devi Dookun-Luchoomun ait une oreille attentive et compréhensive au désir des écoles catholiques de maintenir leur spécificité dans le sillage d’une nouvelle réforme. « La ministre connaît les valeurs intrinsèques de l’éducation catholique. Elle est bien placée », dit-il. En effet, Leela Devi Dookun-Luchoomun a été enseignante au collège du Saint-Esprit.
De son côté, Ally Yearoo, président de l’Education Officers’ Union (syndicat du secondaire d’État), qui voudrait voir plus clair dans cette réforme, est aussi d’avis qu’une fois les consultations faites et que la version théorique de la réforme sur la table, « il faudra gérer le lobbying des réfractaires ! »