Photo illustration

Le nouveau système relance le débat sur la mixité dans les établissements secondaires. Certains, comme l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), ne veulent pas voir des collégiennes et des collégiens dans les mêmes salles de classe. D’où la campagne lancée par ce syndicat présidé par Yahya Paraouty. Une position jugée rétrograde dans certains milieux, où la mixité est encouragée comme mesure pédagogique et de préparation à la vie.

La mixité scolaire est déjà présente au préprimaire, au primaire et à l’Université. Néanmoins, hormis quelques collèges et établissements privés, filles et garçons sont séparés durant le secondaire. Avec l’entrée en vigueur du Nine Year Schooling, il est prévu qu’ils se retrouvent à nouveau dans un même établissement, après le Grade 9, L’UPSEE n’accueille pas favorablement cette démarche du ministère de l’Éducation. D’autres sont d’avis qu’il est grand temps de “rectifier” les choses. Le Dr Michael Atchia est définitivement pour la mixité dans l’éducation. Il rappelle que la mixité, décrite également comme “coéducation”, est déjà présente dans notre vie quotidienne. Femmes et hommes et filles et garçons se côtoient dans toutes les sphères de la société. Cette cohabitation naturelle entre genres l’amène donc à dire que “c’est un mélange qui va au-delà des seuls critères sexuels. Alors, pourquoi pas au collège ?”

Responsables de leurs actes.

Pour Hurmila Routho, enseignant d’anglais dans un collège mixte, “il n’y a rien de dangereux ou risqué de mettre filles et garçons ensemble. Au contraire, cela aide à leur développement. Ils apprennent à se respecter mutuellement et à comprendre leurs différences. J’ai eu l’occasion de travailler dans des écoles de filles ou de garçons : les comportements sont différents. Ils se renferment dans des clans et se font des idées sur le sexe opposé. Souvent, ces jeunes ne savent pas trop comme agir ou réagir.”
Henri Théodore, ancien Discipline Master dans un collège mixte, est convaincu que “les problèmes auxquels nous assistons aujourd’hui sont souvent le résultat de cette séparation entre filles et garçons”. Après 38 ans de carrière dans l’enseignement, il est pour la cohabitation scolaire. “Il est bien connu que les interdits rendent les jeunes curieux. En étant ensemble, filles et garçons agissent de manière plus mature et sont plus responsables de leurs actes”.

Apprendre à cohabiter.

C’est une des raisons pour lesquelles le pédagogue Dr Michael Atchia n’a jamais adhéré à la décision de séparer les sexes dans cette tranche d’âge de 12 à 14 ans, en pleine puberté. Pour lui, ce point était en contradiction avec la logique pédagogique qui est d’être ensemble pour apprendre à vivre ensemble. “On a justifié la séparation entre garçons et filles par le fait qu’ils ont des besoins éducatifs distincts, mais avec un curriculum commun.”
Si la mixité doit se poursuivre après le primaire, Henri Théodore recommande : “Il faut savoir préparer les élèves à cohabiter. La discipline est un point important à tenir en compte. C’est là que les responsables d’établissement, les enseignants et les parents ont un rôle à jouer. On ne pourra pas empêcher les amourettes entre filles et garçons, car c’est tout à fait normal, mais nous pouvons veiller à ce qu’ils ne franchissent pas la limite, avec de bons conseils.”

En ce qui concerne les risques tels qu’ils sont mentionnés par l’UPSEE, Hurmila Routho n’y croit pas. “Il est impossible de confirmer que les écoles mixtes sont des lieux où on retrouve plus de cas de grossesses. Il y en a aussi dans les écoles qui ne sont pas mixtes. Il faut impérativement changer cette mentalité car les jeunes sont beaucoup plus préparés et prêts à se côtoyer que les adultes.”


Yahya Paraouty, président de l’UPSEE :
“La mixité risque de nous faire régresser”

Depuis le début de ce trimestre, l’UPSEE a relancé sa campagne contre la mixité dans les

Yahya Paraouty, président de l’UPSEE

collèges à travers affiches et banderoles. Qu’est-ce qui vous motive à poursuivre ce débat ?
C’est un gros débat pour lequel notre syndicat ne compte pas lâcher prise. Il existe plusieurs raisons, d’où ces actions persistantes et régulières. L’UPSEE estime qu’il y a danger plus loin. Au lieu de nous faire progresser, la mixité risque de nous faire régresser.

Pour quelles raisons UPSEE est-elle contre la mixité dans le secondaire ?

L’UPSEE n’est pas contre la mixité, mais nous avons de très fortes appréhensions à ce sujet. Nous dénonçons le fait que les institutions concernées prennent des décisions hâtives, sans consultations ni discussions avec les partenaires. Faut-il rappeler que dans le passé, tous les collèges étaient mixtes mais que très rapidement, les autorités ont pris la décision de séparer filles et garçons ? La mixité n’avait pas fonctionné et c’était une sage décision.

Nous nous demandons aussi si Maurice est prête pour ce changement. Surtout avec le Nine Year Schooling, qui prévoit la mixité filles/garçons durant la période cruciale de la puberté et de l’adolescence. Si réellement le gouvernement pensait que la mixité était une bonne chose, pourquoi ne l’a-t-il pas introduite depuis le Grade 7 ? Pourquoi cette coupure de trois ans ? A-t-il pris en compte les dispositions et infrastructures nécessaires pour accueillir filles et garçons dans un même établissement ?

Sur quelles études ou exemples l’UPSEE se base-t-elle pour émettre ces points de vue ?

Nous sommes conscients que tant que la mixité n’est pas mise en place, il est impossible de faire des études concrètes. Néanmoins, l’UPSEE peut émettre des mises en garde car nous avons effectué des recherches sur le net et autres réseaux sur les pays développés où la mixité est en vigueur. Certaines études ont montré que la performance diffère ou est en baisse dans les cas où filles et garçons étudient ensemble. D’autres exemples sont disponibles si on se donne la peine de chercher. L’UPSEE poursuivra donc sa campagne car nous ne voulons pas que Maurice entre dans un système pour ensuite reculer.

À votre avis, à quel moment de leur vie femmes et hommes devraient-ils partager le même espace ?

Au moment de faire leur entrée à l’Université, car les jeunes sont alors majeurs et plus matures. De nombreux enseignants nous disent qu’il existe des problèmes d’indiscipline quand filles et garçons sont ensemble. Il faut également tenir compte du fait que les enseignants doivent revoir leur manière d’enseigner car une classe de filles et de garçons est complètement différente à gérer.

Comment réagissez-vous au fait que votre point de vue peut aussi être interprété comme rétrograde et conservateur ?

L’UPSEE n’est ni rétrograde ni conservatrice. Nous sommes clairvoyants. Nous avons choisi d’être wise before the event. Nous ne sommes pas contre le développement ou l’avancement, mais nous aurions préféré que le gouvernement le fasse d’abord sur une base pilote, en identifiant deux à trois collèges. Peut-être avons-nous tort en ayant des appréhensions. Si on s’aperçoit que la mixité est efficace, tant mieux. Nous adhérerons alors à ce système.


Ismaël Bordie : Une autre vision de la Femme

“De mes années dans un collège mixte, je retiens surtout que les filles sont importantes. Ensemble, nous apprenons à grandir ensemble et à nous respecter. Je me souviens que j’avais des amis qui ne fréquentaient pas une école mixte, et leur comportement laissait vraiment à désirer. J’avais l’impression qu’ils perdaient la tête quand ils croisaient des filles. Il est dommage que toutes les filles et tous les garçons n’ont pas cette chance d’aller ensemble au collège. La mixité nous permet d’avoir une autre vision de la vie et de la femme.”

Valérie Chellen : C’est l’école de la vie

“Les écoles mixtes, c’est l’école de la vie. Cela nous apprend à vivre en communauté. Je n’ai eu aucun problème à vivre et à grandir auprès de mes amis garçons. Cette cohabitation m’a beaucoup aidée dans mon épanouissement personnel. C’est vrai aussi que notre attitude change. Le fait de vivre entre filles et garçons nous aide à nous respecter mutuellement et surtout nous, les filles, à avoir un comportement convenable vis-à-vis d’eux. Certes, il y a certains garçons qui sont taquins, mais rien de bien méchant. J’ai fréquenté le collège St-Andrews de 1993 à 1999 et j’ai poursuivi mes études à l’École Hôtelière. Le fait d’avoir côtoyé les garçons durant toute mon adolescence ne m’a pas gênée. Tout ce que j’ai acquis, toutes mes plus belles amitiés, mes joies, mes peines, mes découvertes, mes déceptions, mon regard sur le monde du travail, tout cela, je l’ai vécu au collège et aux côtés des garçons.”

Fabrice Cateaux : Un esprit plus ouvert

“Dans la vie, filles et garçons vivent ensemble depuis la naissance jusqu’à la mort. C’est tout à fait logique de se retrouver dans un même espace, même pendant nos études. Personnellement, le fait d’avoir eu des filles dans mon entourage m’a aidé à avoir un esprit plus ouvert. Je les respecte comme elles me respectent aussi. Nous sommes définitivement plus matures et à l’aise avec le sexe opposé.”

Effia Grancourt : Pas plus en danger qu’ailleurs

“Toutes les écoles devraient être mixtes car cela crée énormément de liens entre filles et garçons. De toute façon, dans la vie, nous serons mélangés avec le sexe opposé; pourquoi pas à l’école ? Nous pouvons cohabiter sans problème et rien ne nous empêche de nous entendre. Je ne me sens pas plus en danger lorsque je suis en présence des garçons au lycée que quand je marche dans la rue. À mon avis, le fait de grandir ensemble nous permet d’être plus responsables. Il m’arrive de rencontrer des garçons qui ne sont pas issus de collèges mixtes. Certains sont souvent irrespectueux car ils n’ont pas l’habitude d’être en présence de filles.”