Le partenariat entre l’État et l’Église catholique dans le secteur de l’éducation ainsi que le projet “Nine-Year Schooling” ont été au centre d’une réunion de plus d’une heure il y a quelques jours entre Leela Devi Dookun, ministre de l’Éducation, et l’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, qui était accompagné de Gilberte Chung, directrice du Bureau de l’Éducation Catholique (BEC). Selon les responsables de l’éducation catholique, des « dossiers brûlants » ont été discutés lors de cette réunion « dans l’ensemble très satisfaisante », qui s’est déroulée dans la discrétion.
À peine rentré au pays au début du mois de janvier après une longue convalescence en Angleterre, l’évêque de Port-Louis s’est attaqué aux principaux dossiers d’intérêt commun, notamment celui de l’éducation. D’où sa visite à la nouvelle ministre de l’Éducation quelques jours après la rentrée scolaire. Ram Prakash Ramlugun, Senior Chief Executive du ministère de l’Éducation, a aussi participé à cette réunion. « La rencontre a été longue et nous avons eu un bon dialogue. Nous avons fait un bon tour d’horizon de l’ensemble du secteur et avons discuté des dossiers brûlants ainsi que de toute la question du Nine-Year Schooling. La ministre a été à l’écoute et nous attendons maintenant des réponses », a déclaré Gilberte Chung, directrice du BEC. S’agissant de ces « dossiers brûlants », il a été question, entre autres, de la pratique des leçons particulières – surtout au primaire –, de l’éducation des enfants à besoins spéciaux (Special Needs Education), des nombreuses lacunes dans le programme d’études de la filière Prevocational Education (PVE), et des nombreuses interrogations sur la mise en pratique du Nine-Year Schooling. « Nous sommes allés en profondeur sur ces questions », ajoute-t-elle.
Pour rappel, depuis deux ans le BEC a interdit la pratique des leçons particulières dans ses écoles primaires, décision prise à la suite d’une recommandation très ferme de l’évêque de Port-Louis. Malgré la grogne de certains parents et le désaccord – moins bruyant certes – de quelques enseignants, le BEC ne transige pas sur cette question. « Nous avons expliqué au ministre notre politique par rapport aux leçons particulières et ce que nous proposons aux parents lors des trois après-midi qui étaient consacrées à ces leçons. Nous reconnaissons cependant qu’il est beaucoup plus difficile d’arrêter ces leçons dans les écoles du gouvernement », avance la directrice du BEC. À la place des leçons particulières, le BEC avait proposé un programme pédagogique baptisé Enrichment Programme, qui est un mélange de cours académiques (révision du travail de la journée et renforcement des acquis) et d’activités visant au développement intégral de l’enfant. Toutefois, certains parents manifestent toujours une réticence, surtout ceux dont les enfants fréquentent les « high demand schools ». Ce qui a poussé le BEC, en ce début d’année, à d’abord sonder l’ensemble des parents d’élèves de Stds V et VI avant de démarrer ce programme pour la nouvelle année scolaire. Sa mise en pratique requiert un gros budget et le BEC souhaite une idée précise des attentes des parents pour éviter tout gaspillage de fonds.
La prise en charge financière des neuf écoles de l’Association des Parents d’Enfants Inadaptés de l’île Maurice (APEIM) a aussi été évoquée avec la ministre Dookun. En effet, depuis fin 2014, le BEC a fait une demande de subvention au gouvernement et attend toujours une réponse des autorités. « Il existe une formule de subvention pour les “special needs schools”, mais le montant ne suffit pas pour le budget courant des écoles de l’APEIM. Nous lui avons dit que nous attendons les conditions idéales pour reprendre ces écoles », poursuit Gilberte Chung.
Sur le chapitre du Prevocational (filière destinée aux enfants n’ayant pas réussi au CPE), Mgr Piat et la directrice du BEC se sont appesantis sur les failles du programme d’études. « C’est un secteur très négligé et nous avons exposé tous les problèmes. Nous lui avons dit combien nous sommes soucieux de l’avenir des enfants dans cette filière d’études et qu’il était du devoir de tout un chacun de s’assurer qu’ils soient “literate”, “numerate” et préparés au monde du travail quand ils arrivent au bout de ce parcours. »
Dans le domaine du préscolaire, les deux responsables de l’éducation catholique ont réitéré une demande faite plusieurs fois au gouvernement : l’intégration des écoles maternelles gérées par certaines paroisses au système primaire catholique. « Il existe des classes maternelles dans plusieurs écoles du gouvernement et nous voulons offrir le même service dans quelques-unes de nos écoles », soutient la directrice du BEC.