Côté pédagogie, l’heure est, semble-t-il, au développement intégré. Et dans sa dernière déclinaison : enhancement programme sauce Bunwaree, histoire de mettre nos petits sur les rails d’une World Class Education. Une question demeure : comment valoriser un système secondaire qui, comme l’évoquait Cassam Uteem au Mauricien le mois dernier, favoriserait une émulation égoïste chez les élèves ? Le Port-Louis SSS vient nous donner un soupçon de réponse…
L’Unity Group,  constitué d’élèves du Port-Louis SSS (collège de filles), remporte le National Youth Award 2011 dans la catégorie Family Life and Human Values pour son projet Education for Peace. À l’idée de germer… nous nous intéresserons au projet.
Mais le sujet reste confus. « Education for peace » : cette idée paraît vaste, diffuse, difficile à exploiter. Nous nous apprêtons à rencontrer les filles du collège tout en nous permettant d’appréhender l’orientation qu’elles auront donnée à leur travail. Les questions fusent.
C’est Priya Baligadoo, la facilitatrice du projet qui nous accueille à l’entrée de l’établissement, le Port-Louis SSS : une école propre où rien ne détonne. Nous prenons place dans une salle d’accueil sympathique. Une fresque arbore un vert reposant, quelques citations sont inscrites sur des panneaux placés çà et là : l’environnement est paisible, déjà. « Education for Peace », nous comprenons le deal. Il ne s’agit pas d’un projet synthèse de clichés allongés sur des pages A4. Non. Mais plutôt une recomposition d’un thème autour de la vie estudiantine. Notamment, chaque bloc de l’école a été baptisé d’une valeur humaine — par exemple : Truth, Love, Peace, Harmony, Solidarity — ce qui démontre que la paix peut foisonner, avant tout, dans l’utilisation de l’espace.
Les murs nous dressent donc un tableau du projet d’éducation façon Port-Louis SSS. À Priya Baligadoo de compléter : « Déjà, quand nous recevons les parents, ceux-ci se sentent à l’aise… la tension descend… en voyant ce cadre, ils comprennent très vite que nous ne sommes pas là pour récriminer mais pour être des partenaires ». Ce n’est pas qu’une petite stratégie pour détendre l’interlocuteur. Nous retenons un mot-clé : « partenariat ».
Unity Group : Souder les liens
Un projet intégré s’évertue à recomposer le dialogue. Nous réalisons, au gré de notre conversation avec Priya Baligadoo, toute la subtilité derrière ce que Port-Louis SSS tente de construire avec ce groupe d’élèves. La grande innovation : oser la médiation dans un collège d’État.
Pour ce faire, un colloque avait même été organisé par l’Unity Group, en août dernier. Le but de la manoeuvre : que les enfants apprennent à composer avec les parents. Sur fond de partage, de carrefour et avec l’encadrement du psychologue Nicholas Soopramanien, les expériences sont exposées, analysées, synthétisées, remodelées dans un langage de jeune. Tenterait-on là de combler le fossé entre les générations ? Début de réponse : « Les adultes comme les adolescents sont tous deux responsables du generation gap », nous soutient une des membres d’Unity Group, Valérie Perrine. À son homologue, Nivesha Bisram d’élaborer : « Dan sa project workshop-la noun resi pran konsey, nou finn resi kominik nou vizion ek kompran nou paran ». Car, les parents sont eux aussi les enfants de notre temps, temps où il est parfois difficile de suivre les tendances, la technologie. Kevina Ramen, pour sa part, relativise. L’élève nous confie : « Bien souvan, bann paran pena letan. Ek si nou remark osi, zot parfwa intimide par bann demann zot bann zanfan : enn computer trop cher, pa pou kapav donn li tout de suit, etc… Noun apran konpran zot realite. » Ces propos sont criants de maturité, d’un réalisme posé. Et de résumer l’initiative par une ambition plus grande encore : « Bizin amenn mesaz-la en dehors l’école », martèle Valérie Perrine. La paix commence chez soi.
Port-Louis SSS : une leçon d’humilité
Nos interlocutrices impressionnent par leur attitude mêlant zèle et recul. Nous sommes bien loin du portrait de la jeunesse de l’excès et de l’insouciance. Après eux, le déluge… pas de ce cliché. Si tempête il y a, c’est plutôt dans l’esprit qu’elle se situe. Il fait bon de voir des jeunes tenter de contredire certains baromètres sociaux. Et ce, surtout quand on se rend compte que nos filles ne côtoient pas les plus hautes sphères de l’élite académique. À en noter leur débit passionné, on pourrait s’adjuger le droit de rêver en termes d’élite du coeur, ou d’entrevoir la possibilité d’un système, autrement. Il s’agit peut-être là d’une leçon d’humilité pour les établissements qui useraient de la mascarade d’une terminologie surtravaillée pour cacher, dans le fond, un manque d’exigence affligeant. Et pour nous d’oser noter qu’il existe des îlots de savoirs où les choses se font bien… et que ces îlots se trouvent parfois à des kilomètres nautiques des plages dites « les plus fréquentables ».
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Unity Group, tout en cohérence
Unity Group est composé de Diksha Kalawon, Rimena Soomary, Cadoo Shihaan, Valérie Perrine, Nivesha Bisram, Venisha Sinivasagen et de Kevina Ramen, toutes âgées de 17 à 18 ans. Au delà de nous avoir fait montre d’une noble intention et d’un engouement exemplaire, les lauréates nous auront également impressionnés par leur maîtrise de différents supports médiatiques. Ainsi, Unity Group s’est articulé sur une illustration visuelle autour du thème de la paix. Mais leur proposition se décline aussi à travers une newsletter, un spectacle de chants, et même à travers la composition d’une chanson.
Une conception aussi rigoureuse aura permis aux filles de grandir. Venisha Sinivasagen confie : « O debi pa ti pou krwar sa ti pou serye koumsa… me nou finn grandi nou finn aprann bokou ». Et de reconnaître, « bann zeness ena bann problem parfwa ek bann paran fer bokou zefor… nou pe aprann kompran zot nou sey enkouraz kooperasyon ek kominikasyon. »
Sucheta Ramburrun, rectrice du Port-Louis SSS, a pour sa part salué l’effort conjugué des élèves, de la Parents Teachers Association et des deux facilitateurs du projet : Priya Baligadoo et Roomesh Digumber, que nous n’avons pas pu rencontrer. Ce dernier n’en demeure pas moins « une cheville ouvrière » derrière l’initiative, nous confirmera Priya Baligadoo. À la rectrice, cette fois, de résumer l’aventure Education for Peace : « L’esprit d’équipe a magnifié une simple organisation en un engagement profond… a su construire une identité… a su rappeler notre vocation d’école construite autour de la communauté. »
Une école construite autour de la communauté. Port-Louis SSS est le produit d’une édification au sens propre comme au figuré. Sens propre : l’établissement, couché sur le flanc de la colline Monneron, fait corps avec son environnement. On pourrait évoquer une transposition version SSS d’une autre école, plus prisée, qui jonche les côtés de Montagne Ory. Et Port-Louis SSS ne pâlit pas. Sens figuré : s’unir à la communauté de la même façon qu’elle compose avec le cadre portlouisien. Port-Louis SSS : un projet harmonieux dans la forme comme dans le fond.
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Priya Baligadoo, ambassadrice de paix
Priya Baligadoo est une Unesco Fellow For Peaceful Conflict Resolution. Elle aurait, l’année dernière, obtenu une bourse pour une formation en résolution des conflits et en peace education. « Ce que j’ai appris, je le mets en pratique », nous affirme l’enseignante, en toute modestie. À l’image de l’établissement où elle enseigne l’hindouisme depuis 2006, Priya Baligadoo se pose comme une véritable démolisseuse de clichés. On est loin du mercantilisme outrancier dont beaucoup d’enseignants sont taxés. Comme le souligne Mme Thomas, une autre enseignante que nous croisons dans les couloirs du Port-Louis SSS : « Priya fait partie de cette nouvelle garde, jeune et dynamique. »