Les enfants de seize « éco-schools » pilotes reçoivent en ce moment un professeur moustachu d’une apparence physique plutôt inhabituelle… Le Pr Albert Artick a en effet la truffe luisante et une façon très particulière de se déplacer lorsqu’il met pied à terre. Seule sa marionnettiste sait l’animer et le faire parler. Docteur honoris causa de la faculté d’Attonorkaviq, ce puits de savoir est un phoque du Groenland, particulièrement doué pour expliquer le réchauffement climatique à la jeunesse. Mercredi, assisté par la rigolote sterne Livingstone, il a exposé le fruit de ses recherches, entre les sessions d’examens, à 160 élèves de Form 1, au Collège royal de Port-Louis. Assistance attentive et réactive.
Spectacle de marionnettes créé par la compagnie française Et demain…, « La conférence du Pr Artick » fait en ce moment sa tournée des écoles et collèges mauriciens, que soutiennent la COI et l’ambassade de France dans le cadre du programme régional de sensibilisation et d’éducation à l’écologie Islands, et du projet international d’éco-écoles qui prend place cette année dans la région. Dans un moment de détente entre deux séances, l’auteur, metteur en scène et comédien Emmanuel Suarez a félicité les professeurs pour la tenue, sage et attentive, des élèves qu’il venait de recevoir avec Valérie Pangallo. La troupe s’est rendue la semaine dernière à l’école du Nord pour des enfants de CM1 et CM2, et à l’IFM qui recevait d’autres écoles françaises.
Elle s’adresse désormais à des collégiens un peu plus âgés et a priori un peu moins francophones, des classes de Form 1, dans les établissements suivants : Royal College of Port-Louis, S. Virahsawmy SSS, Sir Leckraz Teelock SSS, Queen Elizabeth College, Mauritius College, Sookdeo Bissoondoyal S. C., Vacoas SSS, Belle Rose SSS et St Mary’s à Rose-Hill. L’initiative trouvera son prolongement régional grâce à un DVD, en cours de réalisation, où des extraits du spectacle s’intercaleront avec des exercices pédagogiques, le tout devant être traduit en anglais et servir de support éducatif dans les établissements des pays de la COI.
Une table couverte d’un tissu noir, un grand panneau bleu, un petit tableau noir et un globe terrestre : ce décor simple et amovible s’oublie très vite quand la moelleuse marionnette ne hisse sur la table en s’éventant et en poussant de gros soupirs. Ce natif du Pôle Nord a très chaud dans nos salles aérées par des petits ventilateurs d’appoint. D’une voix enveloppante, le Pr Albert Artick demande aux 80 garçons qui lui font face : « Vous voulez que je vous raconte comme je me suis intéressé au réchauffement climatique ? »
Science et humour
Le Pr Artick rappelle alors sa surprise quand il a découvert que son iceberg s’était détaché de la calotte glaciaire une nuit d’avril comme si l’été était déjà arrivé ! Il décide d’enquêter sur la banquise, allant même interroger la plus grand chanteuse des océans qu’est la baleine à bosses, avant de missionner la très amusante et dévouée sterne Livingstone qui déclare à satiété : « L’arctique a besoin de vous. Je servirai la science au péril de ma vie ! »
De son air pataud et gourmand, le phoque égrène tout ce que lui a rapporté sa camarade après avoir interrogé 2303 espèces et parcouru plus de 28000 km, de la disparition des neiges du Kilimandjaro à la montée des espadons du Sénégal en Espagne, en passant par la montée du niveau de la mer, qui devrait s’augmenter de 56 cm à Maurice dans cent ans. Le phoque tout en rondeur et la sterne sautillante, à la voix criarde et aux remarques candides et rigolotes forment le couple parfait pour entrer de plus en plus profondément dans les aspects scientifiques du réchauffement climatique.
En interaction avec les élèves qui trouvent le plus souvent les bonnes réponses, on parle d’atmosphère, d’effet de serre, de gaz nocifs, d’énergies fossiles et des destructrices étrangetés du monde des humains, tandis que la sterne s’étonne de ces avions qui avancent sans bouger les ailes, ou encore de ces grands panneaux orientés vers le ciel qu’elle croyait être des miroirs pour se redonner un coup de peigne en plein vol… Elle donne le zeste d’humour qu’il faut et réagit sans cesse aux propos du professeur relançant l’attention. À l’heure des solutions pour diminuer l’effet de serre, le professeur de biologie du collège, le vrai, a pu se réjouir de voir de nombreuses mains se lever dans l’assistance pour lister les initiatives qui pourront empêcher la catastrophe. Cet échange théâtral se conclut sur le blues du dégel que les deux comédiens chantent avec entrain : « Et sans hésitation, faites chauffer vos cerveaux, c’est le blues de l’espoir ! »