Les Star Schools ont beaucoup fait parler d’elles récemment, notamment depuis l’expulsion, l’an dernier, d’une élève d’une école très cotée de la capitale, son père faisant le pied de grue pour qu’elle y soit admise. Depuis, les conditions d’admission dans ces établissements ont été revues, devenant plus strictes, et les places sont désormais réservées, selon les autorités, aux seuls habitants des zones concernées. Mais qu’est-ce qui explique la réussite des Star Schools ? Selon les avis recueillis, ce ne serait en tout cas pas l’enseignement apporté par ces écoles. Pour Veena Balgobin, chargée de cours en Science de l’Éducation à l’Université de Maurice, une Star School, « c’est juste un endroit où l’on a canalisé des enfants ayant une intelligence académique ». Un instituteur de carrière renchérit : « Les élèves sont à la base “bons”. Ce sont toujours des avocats, médecins et juges qui cherchent à y faire admettre leurs enfants. » Mais pour Mme Balgobin, « cela ne veut pas forcément dire que ce sont des enfants qui savent “penser” ».
« Rien ne dit que si vous avez maîtrisé un programme à 10 ans, vous allez toujours le maîtriser à 16 ans », est d’avis Veena Balgobin. Pour une évaluation plus juste des élèves issus des star schools, dit-elle, il faudrait par exemple « essayer de savoir quel est le pourcentage de ces élèves qui sont vraiment capables d’écrire le français et l’anglais sans erreurs ». Or, bien que l’étude ait été menée dans toutes les écoles en général et non spécifiquement dans les star schools, « un rapport du MES montre qu’il n’y a pas tant d’enfants qui peuvent écrire sans faire de fautes ». Si elle reconnaît que jusqu’avant la révision des conditions d’admission l’an dernier dans ces écoles, il s’agissait d’un « regroupement d’enfants avec une intelligence académique », elle tient à relever que « dans chaque population et couche sociale, il y a des enfants académiquement intelligents. Peu importe où on les met, ils réussiront. Maintenant, s’ils ont un encadrement familial propice, c’est encore un plus ». La chargée de cours ne pense pas que le succès soit dû d’abord à l’attention accordée par les enseignants. « Combien ne dépendent-ils pas des leçons no 2, voire no 3 ? ».
Mais, un enfant ayant réussi dans une star school ne représente pas à ses yeux « une personne qui sait forcément penser. Récemment, j’ai entendu une personne à la télé dire qu’à son époque, au collège Royal de Curepipe, on ne nous apprenait pas à assimiler par coeur mais on apprenait à réfléchir. Pour moi, il ne faudrait pas confondre le RCC des années 1950 et aujourd’hui ».
Alors qu’un assistant maître d’école se dit d’avis que le succès des star schools réside dans l’enseignement pourvu par les enseignants et qu’il « existe entre eux une compétition interne pour voir qui produira les meilleurs élèves », pour Veena Balgobin, les élèves qu’il y avait jusqu’ici dans les star schools « arrivaient déjà avec un avantage ». Un autre enseignant comptant 35 ans de carrière et disant avoir toujours refusé de travailler dans ces écoles prisées déclare : « Ceux qui ont des A+, allez leur demander ce que leur papa fait comme métier. C’est bien rare qu’on vous dira qu’ils sont livreurs. Il faut en finir avec ce système ! ». Il dit se souvenir d’une affaire y relative qui avait été référée à la police il y a quelques années : « Au bout du compte, ceux qui avaient falsifié leur adresse se sont avérés être des hauts cadres ».
Pour Veena Balgobin, les raisons du succès de ces établissements résident davantage dans les leçons particulières. « L’enfant du parent moins aisé part avec un handicap. Combien de parents ne disent-ils pas “le prof ne fait rien à l’école. Il faut des leçons” ? ». Mais, pour elle, « si un enfant est intelligent, rien ne dit qu’il ne réussira pas sans des leçons ». Des études, dit-elle, ont par ailleurs prouvé qu’outre la classe sociale et les leçons dont les enfants peuvent bénéficier, le rôle de la maman contribue grandement au succès de l’enfant, peu importe la classe sociale. « Même si elle ne sait pas lire, si elle accorde de l’attention à son enfant, si elle fait le suivi de son éducation, l’enfant est mieux à même de réussir ». Autre critère : « L’environnement scolaire doit être propice ». Et, facteur non moins important, l’encouragement de la famille. « Si les parents disent : “Ki to pe al fer lekol, to perdi letan”, ce sera difficile pour l’enfant ».
Est-ce à dire que même si un élève n’est pas très « doué » académiquement, celui-ci a plus de chance de réussir dans une Star School que dans une école normale ? L’enseignant de carrière répond par une image : « Vous avez 40 passagers dans un autobus. De ces 40, 35 sont bons, trois moyens et deux faibles. L’enseignant a un programme à terminer. Il ne va pas attendre le plus faible. Dernye res dan karo. »
La chargée de cours en Science de l’Éducation renchérit : « Cela ne me dit rien qu’on accorde autant d’importance aux écoles ou collèges les plus prisés. J’ai beaucoup plus de respect pour les petits collèges, où les profs travaillent cent fois plus. Ils conseillent les parents s’il faut que leurs enfants redoublent. Il y a des élèves qui arrivent tout en ne sachant pas écrire et qui parviennent à obtenir 20 unités. » De plus, fait-elle voir, tout est relatif. « Si on prend un Mauricien d’une Star School, un Singapourien, un Français et un Chinois, chacun développera des types d’intelligence diverses en musique, sport, etc, dépendant du domaine dans lequel on a misé dans le pays. Ici, c’est académique, académique, académique ! ».
Se basant sur une étude qu’elle a entreprise, Veena Balgobin dit avoir constaté que les enfants les plus lettrés à la fin du CPE sont les urdophones. « J’émets l’hypothèse qu’ils vont à la madrassah et y apprennent la discipline très tôt. » Or, souligne-t-elle, les correcteurs « notent souvent une absence de discipline, pourtant nécessaire au succès; soit les questions ont été mal lues ou ont été oubliées… » Pour l’heure, selon son constat, il existe plus de discipline dans les établissements privés, comme la Hindu Girls et le QEC, que dans les collèges confessionnels et publics. « Les écoles payantes privées sont en train de souffrir de la même maladie que les écoles publiques avec les leçons. »
Un des problèmes majeurs à Maurice, ajoute-t-elle, est « que l’on a trop compté sur l’école », ajoutant : « Or, les premiers profs, cela doit être les parents. »
Une école parfaite, pour notre interlocutrice, devrait « comprendre des enseignants dévoués et très bien formés ». Elle développe : « Ce n’est pas une vocation, contrairement à ce que l’on dit, mais un apprentissage. Cela s’apprend. Il faut connaître la psychologie de l’enfant et les stratégies d’apprentissage. Une école idéale est un lieu où les parents visitent régulièrement les profs pour faire le suivi du progrès de leurs enfants et travailler ensemble pour régler les problèmes. » Mme Balgobin précise qu’elle est elle-même un produit d’une école publique, et pas d’une Star School. « Cela ne m’a pas empêché de réussir car on avait d’excellents enseignants. Et je resterai fidèle à l’école publique. »