La création du St Andrews College remonte en 1943, lorsque le révérend Alan Rogers inaugure une nouvelle école secondaire, dont il sera le premier recteur. 70 ans plus tard, la première école mixte de l’île commémore l’audacieux héritage de la mixité. Le Mauricien a rencontré la nouvelle rectrice, Floriane Laventure, mardi.
Le St Andrew’s College a une architecture assez particulière. Les bâtiments sont, pour la plupart, répartis en unités au rez-de-chaussée ; le ciel n’est pas encombré de béton. Du portail, on a l’impression que l’établissement inspire quiétude et sérénité.
L’établissement anglican fête cette année ses 70 ans au service de l’éducation. C’est le 8 février 1943 que le Révérend Alan Rogers a inauguré une école secondaire gratuite à St Paul, Vacoas. C’était la première école mixte et la seule qui soit anglicane à Maurice. Six garçons et dix filles s’y étaient inscrits. L’établissement portait le nom de Diocesan School for Prospective Teachers ; l’idée était qu’une fois leur HSC obtenu, les collégiens enseignent au primaire, sous le patronage du Diocèse Anglican.
En mars 1944, le nombre d’étudiants passe à 40 et l’établissement s’installe au St Paul’s Theological College, en face du St Andrew’s d’aujourd’hui, rue Ambrose à Rose-Hill. La Diocesan School for Prospective Teachers devient la Diocesan Secondary School. Sept garçons et trois filles passeront alors les Junior Cambridge Examinations avec un taux de réussite de 80 %.
En 1945, Alan Rogers est d’avis que l’établissement requiert un bâtiment permanent. En 1946, il part au Royaume Uni afin d’engranger les fonds nécessaires. Une levée de fonds est également organisée à Maurice. En 1947, les non-anglicans sont admis pour la première fois. Toutefois, l’établissement devait graduellement renoncer à l’éducation gratuite, pour des raisons financières.
En mai 1946, Alan Rogers quitte le pays pour des soucis de santé et laisse le “wardenship” au Révérend Thomas Pritchard. C’est toutefois le Révérend Gordon Mc Avan qui sera nommé Warden en septembre. La population du collège atteint 126 élèves.
La nouvelle école devait être construite dans les parages de la St Andrew’s Church à Quatre-Bornes, d’où le nom St Andrew’s College. Mais comme le terrain du Diocèse à Ambrose était beaucoup plus grand, il est décidé que l’école serait située là. Les plans sont signés par M. Pitot, et les travaux entrepris par M. Dalais. La première pierre, bénie par le fondateur, est posée par le Gouverneur d’alors, Sir Donald Mackenzie-Kennedy, le 10 juin 1948. Depuis janvier 1949, le collège est à Ambrose. L’histoire du St Andrew’s compte deux lauréats : le chirurgien John Ng Lung Kit en 1973 et Kaneesh Munbodh, le 8 février 2008, tous deux en sciences.
Autre fait intéressant à noter, signalé par le président du Board of Governors John Leung Yinko (qui a été d’une aide précieuse pour détailler l’historique) : « La première rectrice du collège, les autres dirigeants étant tous des hommes, a été Indira Manrakhan – qui est par ailleurs non-chrétienne – en 2000 ».
Anti-tabou
Ce n’est pas anodin que le St Andrew’s soit ainsi fragmenté en petits “buildings”. L’idée d’Alan Rogers était d’imprégner un rythme particulier, un style de vie scolaire qui permettait de bouger de classe en classe et d’ainsi s’aérer l’esprit. Le bien-être, mais aussi une édification qui bouscule les mentalités du pays sont recherchés, comme nous l’explique Floriane Laventure.
Les tabous mauriciens se nourrissent de clichés : dans les écoles mixtes, « ayo, garson pou frekant tifi… » Le St Andrew’s entend prouver le contraire. « Côtoyer garçons et filles, c’est être citoyen du monde. Dans le monde, c’est la mixité », défend Floriane Laventure avec conviction. « Ce mystère, ce tabou, n’existe pas. C’est une continuité du primaire. C’est vivre dans un esprit d’équité des genres ». La mixité, dit-elle, assainit les relations entre les deux sexes, qui sont plus terre à terre, moins rêvées. Au collège, on apprend à se connaître. Dans la pratique, ce sont des garçons qui « se retiennent » avant de sortir un gros mot. La mixité apaise, et convainc. « La demande est toujours là. Les parents acceptent cela ».
Le St Andrew’s, c’est aussi une attention particulière à la tolérance, avec le souci de préserver la culture, de ne pas heurter la foi des autres. Floriane Laventure cite un verset : « Elargir l’espace de sa tente » (Enlarge the place of your tent, Isaiah 54 : 2), qui sous-tend l’épiscopat de Mgr Ian Ernest.
Plusieurs événements auront lieu dans le sillage du 70e anniversaire du St Andrew’s, anniversaire qui se fera de pair avec le 160e anniversaire du diocèse anglican. L’établissement compte quelque 1 200 élèves, dont deux tiers de garçons.