Après l’épisode de la démission forcée du vice-chancelier de l’Université de Maurice, Conrad Morgan, en début d’année, le campus du Réduit continue à être la cible de l’Hôtel du gouvernement. Le dernier épisode en date avec le ministre de l’Enseignement supérieur, Rajesh Jeetah, au centre de la controverse, concerne la création d’une école de médecine à Bel-Air. Ce dossier a fait l’objet d’une récente réunion houleuse avec des membres du conseil académique de l’Université de Maurice. Le prochain affrontement ne devrait pas tarder à surgir, ce même conseil de l’Université ayant déjà rejeté une demande officielle du ministre pour l’affiliation d’une School of Veterinary Science.
Fort du slogan de pouvoir disposer de 150 arpents de terrain pour faire construire des universités comme des champignons à travers le pays, le ministre Jeetah tente d’imposer sa vision des choses à la direction de l’Université de Maurice, représentée par le vice-chancelier par intérim, le Pr Subratty. Le principal champ de bataille est le projet de faire installer une école de médecine à Bel-Air, qui par coïncidence, fait partie de la circonscription de Bel-Air/Montagne-Blanche (N° 10), où il a été élu aux élections générales du 5 mai 2010.
Les recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes indiquent que les représentants de l’Université de Maurice ont tenu tête au ministre pour lui faire comprendre que des procédures doivent être respectées pour le démarrage des cours menant au diplôme de médecin. Rajesh Jeetah voulait brûler les étapes, car son objectif est que cette faculté de médecine de Suisse doit ouvrir ses portes au plus tard en août prochain.
Le ministre n’a pas digéré l’argumentation académique et s’est lancé dans de virulentes attaques contre le professionnalisme des membres du personnel académique. Ces derniers ont récusé les accusations à l’effet qu’ils ne font que mettre les bâtons dans les roues du gouvernement pour retarder la réalisation de projets dans le secteur de l’éducation tertiaire.
L’une des principales lacunes relevées avec le projet d’école de médecine à Bel-Air est le déficit en infrastructure et autres facilités pour les aspirants médecins au cours de leurs études. Le conseil académique de l’Université de Maurice privilégie un site dans la région de Pamplemousses pour accueillir cette nouvelle faculté de médecine. Le principal avantage est la proximité du Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital, qui a été déjà désigné comme centre reconnu pour la formation clinique.
La présentation du choix de Pamplemousses aux dépens de Bel-Air devait attiser la colère du ministre, qui a trouvé qu’en cas de non-collaboration de l’Université de Maurice, des enseignes universitaires étrangères seront favorisées.
Toutefois, un haut cadre de l’Université de Maurice est pris en écharpe entre le ministère de l’Enseignement supérieur et le Registrar de l’Université. En prévision de l’ouverture de la faculté de médecine de Bel-Air et suite à des directives venant du ministère alors que le projet d’école de médecine est encore au stade de discussions, des dotations budgétaires ont déjà été engagées dans des travaux de rénovation d’un immeuble identifié à cet effet. Devant les protestations contre cette décision et le fait que l’Université de Maurice ne dispose pas de budgets pour le recrutement du personnel académique, la réponse du ministre a été que les fonds utilisés proviennent de la Tertiary Éducation Commission et que le Campus du Réduit n’a pas droits à des commentaires.
Le bras de fer entre le ministre Jeetah et l’Université de Maurice devrait se poursuivre sur le projet d’affiliation au JIS, un établissement tertiaire de l’Inde, pour le démarrage d’une School of Veterinary Science. Quand ce dossier avait été présenté devant les instances académiques pour une évaluation, le comité de gestion académique de l’Université de Maurice, présidé par le vice-chancelier suppléant, avait rejeté cette demande.
La principale raison est que la JIS n’est pas conforme aux critères établis par l’Université de Maurice. Il semblerait que les promoteurs de ce projet d’école vétérinaire pourraient tenter de nouveau leur chance pour faire accepter cette demande d’affiliation.
À ce stade, il n’est pas à écarter que l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) soit invitée à initier une enquête en vue de déterminer s’il y a pas dans ces deux cas précis des possibilités d’abus de pouvoirs ou encore de conflits d’intérêts…