Un vent de frustration et de peur souffle sur le campus de l’Université de Maurice. Certains étudiants se sentent en effet désemparés de ne pouvoir se faire entendre de la direction de l’UoM, notamment en ce qui concerne le calendrier d’examens, considéré trop chargé dans certains cas, mais aussi en raison d’un manque d’équipements et de produits de laboratoires, qui entravent la recherche. Certains déplorent « le manquement au niveau de l’enseignement » mais affirment avoir « peur de représailles » s’ils rapportent le cas. D’où le choix de recourir à l’anonymat en s’adressant au Mauricien. Sollicité, le vice-chancelier de l’UoM, Dhanjay Jhurry, soutient que « nous prenons des décisions quand il le faut ». Pour lui, « les élèves doivent pouvoir considérer les choses de manière globale ».
Les étudiants de l’UoM passent ces jours-ci les examens de fin d’année. Mais pour certains, cela se fait avec un sentiment de malaise. Tout en appréciant le renvoi des examens le 2 mai dernier, en raison de la pluie, des étudiants de la région de l’est déplorent qu’ils aient eu lieu à une date ultérieure mais dans des conditions climatiques déplorables. « Nous avions demandé un nouveau renvoi ou, au moins, de ne pas pénaliser les étudiants arrivant en retard aux examens ce samedi 6 mai, à cause de la pluie, mais tel n’a pas été le cas », affirme l’un d’eux au Mauricien. Un autre étudiant note, lui, que certains de ses camarades ont plusieurs examens échelonnés sur peu de jours, d’où leur vaine demande à la direction de l’UoM de revoir les dates.
Au niveau des infrastructures, le président de la Student Union, Saahir Goolfee, indique que « certaines salles de cours se trouvant dans le New Academic Complexe suintent car la dalle coule ». Il note aussi que « rien n’a changé au niveau de la bibliothèque », et ce autant au niveau des infrastructures que de son fond. Dans d’autres facultés, notamment d’ingénierie, de sciences ou d’agriculture, on insiste sur le manque d’équipements et de produits de laboratoire. « Dans les laboratoires d’ingénierie, il semblerait que les équipements datent de l’ouverture de la faculté. Cela n’a pas été renouvelé », indique un étudiant, qui estime que « l’université devrait se faire un devoir de renouveler ses équipements ». À un autre de renchérir : « Nou pay enn lab fee de Rs 5 000, me nou pa trouve se ki nou bizin. Li vre dan laboratwar sians, agrikiltir ek ingeniri. Ena laboratwar lekol seconder mie ekipe e antretenu ki ici, e se pa parski bann-la pa fer zot travay, me parski ena enn mank de fon. Li tre dekourazan pou zelev. Ena boukou ki ena bann bon bon lide, me zot pa kapav al de lavan ek zot size resers. »
« Fardeau financier »
Un point qui nous amène à la hausse des frais généraux et de laboratoires pour les facultés concernées. Pour un bon nombre d’étudiants, celle-ci représente un fardeau financier difficile à porter. Un étudiant proche de la Student Union, et qui a aussi souhaité garder l’anonymat, affirme connaître des élèves ayant du potentiel mais qui, faute de moyens financiers, ne peuvent s’inscrire à l’université alors même que l’UoM demeure l’institution tertiaire la plus accessible pour beaucoup. « C’est injuste ! », fustige-t-il, en insistant que « UoM ti kree pou provide ledikasyon tersier o Morisien. Même Rs 20 000 par an, c’est une grosse somme pour beaucoup de personnes. » Notre interlocuteur estime que « le gouvernement devrait augmenter la subvention annuelle de l’université pour que les jeunes ne soient pas pénalisés ».
Saahir Goolfee indique que les étudiants craignent en outre une introduction de “Retake fees”. « Cela existe dans les règlements de l’université mais n’a jamais été mis à exécution. L’UoM a voulu l’introduire récemment mais “has delayed the process” avec notre intervention. Cependant, les élèves craignent qu’elle l’introduise parce qu’une décision devrait être prise dans ce sens en juin/juillet. »
Sur le plan académique, des étudiants dénoncent « des manquements de certains chargés de cours, notamment en termes de présence ». Et de déplorer : « Ena lekturer vinn dan cour selma trwe semen  lor kinz ! ». Ils ajoutent se sentir « méprisés par l’attitude ou les propos de certains chargés de cours ». Cependant, poursuivent-ils : « Nous avons peur de dénoncer les principaux concernés à cause des représailles. On a peur d’être pénalisés parce que ce sont ces mêmes personnes qui corrigent les copies d’examens. » Saahir Goolfee indique aussi que, dans certains domaines, la connaissance dispensée n’est pas mise à jour alors qu’il existe de nouvelles études et des recherches avec de nouvelles données. Le président de la Student Union affirme qu’il « manque un Student’s Complaints Bureau sur le campus du Réduit ».
Aussi, au niveau de l’Union des étudiants, « on se demande si les étudiants sont stupides au point où 80 étudiants sur 110 peuvent échouer aux examens et avoir un “resit” » dans certains cours. « Ce n’est pas possible. Il y a un problème quelque part qu’il faut “tackle” ! » L’Union des étudiants déplore aussi « le niveau d’entrée de certains cours, à l’instar de celui en “electrical engineering” : « On ne demande pas d’avoir la chimie au niveau de la Form V ou du HSC, mais ce cours en comporte un module. Ce qui fait que beaucoup d’étudiants n’ont pas le niveau requis et ne réussissent pas. » Et d’estimer qu’il faudrait « revoir les critères d’entrée » et « s’assurer que les futurs étudiants aient le niveau requis » dans toutes les filières choisies. Elle est également d’avis que les professeurs d’université devraient suivre une formation pédagogique pour enseigner au niveau tertiaire.
« Aux élèves de s’adapter »
Sollicité par Le Mauricien sur un certain nombre de points évoqués plus haut, le vice-chancelier de l’UoM, Dhanjay Jhurry, souligne qu’il y a effectivement eu un renvoi des examens le 2 mai dernier en raison des averses. « Nous prenons des décisions quand il le faut », soutient-il au Mauricien, en notant : « Ce jour-là, on avait appelé la Météo à 5h du matin et elle nous a informés qu’elle émettrait un avertissement de pluies torrentielles à 10h. On ne pouvait pas démarrer les examens à 9h30 et demander aux étudiants de partir à 10h. On a donc été obligé de renvoyer les examens et il fallait le faire pour les sept facultés de l’UoM. Maintenant, s’il y a des élèves qui se retrouvent avec plusieurs examens le même jour ou sur plusieurs jours consécutifs, ils doivent faire en sorte de s’adapter, parce qu’on ne peut pas prendre des décisions à chaque doléance des élèves. »
Le vice-chancelier devait aussi soutenir que, pour changer une date d’examens, « cela demande l’approbation du sénat » de l’Université. « Nous avons aussi des examinateurs qui viennent de l’extérieur. Cela ne s’organise pas du jour au lendemain et, eux, ils ne savent pas que les examens seront renvoyés. Il y a aussi un certain nombre d’étudiants qui partent en stage en entreprise juste après les examens. Tout cela demande une certaine organisation et implique un grand nombre de personnes », soutient le vice-chancelier, qui ajoute que les élèves devraient « voir les choses de manière holistique ».
Concernant le matériel désuet ou absent des laboratoires ou encore le manque produits nécessaires pour les expériences, il affirme : « Je suis réaliste. Il y a eu, ces dernières années, un manque de fonds. On a coupé sur un certain nombre de choses. C’est aussi pour cela qu’on a augmenté les “tution fees” de 30%. Cet argent ne sera pas utilisé pour les dépenses périodiques. Il y a une liste officielle de ce que nous ferons avec cet argent. » Dhanjay Jhurry indique que cette hausse des frais universitaires apportera un maximum de Rs 10 millions dans les caisses de l’UoM. Il avance aussi que l’établissement de Réduit a introduit une demande pour une hausse de la subvention que l’UoM perçoit dans le cadre du prochain budget. À ce jour, le « recurrent budget » est « idéalement » de Rs 800 millions et la partie que génère l’université est Rs 350 millions. Notre interlocuteur indique que le ministre de l’Éducation pourvoit un « “capital budget” de Rs 31 millions à l’UoM ».
« Nous espérons pouvoir avoir une hausse allant jusqu’à Rs 100 millions cette année », dit-il, faisant ressortir que le budget de l’UoM « sert aussi à financer des projets innovants et sur lesquels on compte beaucoup », non seulement sur le campus de Réduit, « mais aussi pour le pays dans son ensemble, dans le cadre de son développement ».