Une atmosphère « de peur, de déception et de frustration » régnerait sur le campus de l’Université de Technologie de Maurice (UTM) à La Tour-Koenig, où un grand nombre de problèmes d’infrastructures existeraient et perdureraient. Cette situation a résulté mardi dernier en une PNQ du leader de l’opposition à la ministre de l’Education, Leela Devi Dookun-Luchoomun, et une demande de l’UTM Employees Union faite au Premier ministre pour la révocation de sa directrice générale, Sharmila Seetulsingh-Goorah qu’il accuse de « mauvaise gestion ».
Hier matin, vers 8 h 45 sur le campus de l’UTM, tout est calme. Quelques chiens errants se promènent autour des bâtiments. On s’enfonce un peu dans la cour pour découvrir quelques personnes qui tirent des chaises brisées ou rouillées entassées à l’extérieur près d’un des bâtiments pour les charger sur un véhicule 4×4. « Ki zot pe fer ? » demande-t-on. « Bann sez kasé. Bizin avoy scrap », répond un monsieur. « Kan pou alé ? ». « Pa kone, prosedir long », répond-il. Un autre nous indique le chemin à prendre pour nous rendre à la cafétéria de l’université.
Dehors, quelques tables avec bancs autour desquelles des étudiants discutent ; les plus jeunes affirment ne pas être au courant de la situation. « Nou fek arivé, fin mars, nou pa koné. Bizin get ban pli gran ». À côté, un autre groupe discute en attendant d’aller en cours. « Nous avons un gros manque d’infrastructures. Regardez par vous-même, il n’y a pas suffisamment de bancs et de tables pour qu’on puisse faire des travaux de groupe », affirme une étudiante. « Il y en a quelques-uns dehors qui ne sont pas en bon état. Quand on s’assoit d’un côté, ça remonte de l’autre côté. Il y en a aussi certains qui sont brisés et qui sont restés tels quels, je ne sais pas depuis combien de temps. Parfois nous allons dans les salles de classe dans le bâtiment d’à côté, celui de BPML, où nous avons des cours pour faire des travaux en groupe. Parfois, ces salles sont fermées et nous n’y avons pas accès ».
Wi-Fi inaccessible
Ceux qui font de l’informatique ironisent : « Nou dan liniversité teknolozi, nou pena aksé Wi-Fi ». Cette situation est un réel handicap pour les élèves car les professeurs, disent-ils, communiquent avec eux à travers le courrier électronique. « Nous devons alors absolument nous rendre au laboratoire pour lire les mails et télécharger les documents sur le poste de l’université et les transférer sur nos ordinateurs portables par une clé USB », soutient un autre étudiant. Selon eux, « très tôt le matin, on peut avoir accès au Wi-Fi. Mais à partir de 10 heures plus rien. Si vous venez l’après-midi, vous n’avez pas accès à internet du tout ».
Dans le laboratoire informatique, déplorent-ils, les infrastructures les empêchent de voir les cours projetés sur grand écran au fond de la salle. Un problème qui dure depuis plusieurs années. Ils n’ont pas accès aux facilités d’impression non plus, disent-ils. Un avis daté du 03 novembre 2016 collé sur la vitre de la salle indique que « Printing room is closed ». Cependant, un membre de personnel affirme que « la salle est fermée depuis bien avant ». Il souligne qu’il a fait remonter le problème au niveau de l’administration à plusieurs reprises. « Il y avait une petite imprimante de remplacement mais dès qu’on met du papier dedans, ça bloque, elle est tombée en panne également ». Il ne veut pas en dire plus sur les problèmes rencontrés et nous réfère au syndicat.
Sécurité
Au niveau de la bibliothèque, les élèves affirment qu’il n’y a pas suffisamment de chaises et de tables pour qu’ils puissent travailler sur place. « Nous n’avons pas de casiers sécurisés pour garder nos affaires personnelles et nous nous exposons aux vols et aux intempéries », avancent-ils en nous montrant les étagères ouvertes qui se trouvent sur le balcon destiné à accueillir leurs effets personnels lorsqu’ils se rendent à la bibliothèque. L’UTM Online Ressource Centre ne serait pas à jour non plus. « Nous n’avons pas accès ces ressources. Par exemple, pour pratiquer les past exam papers, nous devons contacter personnellement les anciens étudiants, ce qui n’est pas toujours facile », fait ressortir un étudiant qui fait des études en informatique.
La chaleur serait une autre source de souffrance pour ces étudiants et le personnel. Si eux en parlent ouvertement, quelques membres du personnel interrogés font un sourire mais ne pipent mot. « Il faut s’adresser au Registrar », affirme l’une d’entre elles. « Les climatiseurs ne fonctionnent pas correctement. Au contraire, parfois ça chauffe », déplorent des étudiants rencontrés. M. Seewsagur ajoute que « les appareils de climatisation coulent et il faut mettre des sceaux dans les salles pour limiter les dégâts ». Pour ce qui est de l’électricité, les élèves affirment : « On a des coupures fréquentes ». Selon M. Seewsagur il y aurait aussi « un problème de sécurité avec des fils électriques qui pendent ».
L’accès à l’eau serait un autre problème dans certains départements de cette université, avec pour conséquence un gros souci sanitaire. « Dans certaines toilettes, il n’y a pas d’eau. Il nous faut alors faire le tour pour voir dans quelles toilettes il y a de l’eau », fait ressortir une élève en cours de Tourism and Hospitality Management. Selon le président de l’UTM Employees Union, Vikash Seewsagur, « la pompe d’eau ne fonctionne plus. Il faut qu’une personne pompe l’eau manuellement. Si elle n’est pas là, on n’a pas d’eau ». Il indique que le problème avait été référé au ministère de la Santé à l’époque où Anil Gayan était ministre de tutelle. « Des inspecteurs sanitaires sont venus sur place pour voir. Il n’y a pas eu de suite », avance-t-il. Des étudiants déplorent que les toilettes ne soient pas nettoyées régulièrement ou que les portes ne sont pas en bon état. « Pena tissue dans toilettes filles », affirme une jeune fille.
Par ailleurs, lors d’une conférence de presse à Port-Louis hier, l’UTM Employees Union a demandé l’institution d’un Fact Finding Committee (FFC) au Premier ministre, Pravind Jugnauth, pour faire la lumière que la situation qui prévaut au sein de cette université. Elle a aussi demandé la révocation ou la suspension immédiate de la directrice. Le syndicat menace d’organiser une manifestation si sa voix n’est pas entendue.
Le Mauricien a vainement tenté de rentrer en contact avec la directrice de l’UTM. Sa secrétaire nous a affirmé qu’elle était en réunion.