Depuis le début de l’année, l’Independent Commission against Corruption (ICAC) a initié une enquête sur le campus du Réduit en vue de mener la traque des « Lecturers marrons » et de démanteler un réseau de chargés de cours de l’Université de Maurice travaillant au noir au sein d’autres institutions tertiaires. À ce jour, trois chargés de cours – en l’occurrence Robin Sanassee, Boopen Setanah et Robin Nunkoo – sont dans le collimateur des enquêteurs de l’ICAC dans un Clear Cut Prima Facie Case contre eux. Toutefois, l’enquête criminelle pourrait être étendue en vue de déterminer l’étendue de ce problème d’éthique minant une institution du tertiaire qui vient de fêter son cinquantenaire, alors que la Faculté d’Agriculture, elle, est plus que centenaire. D’autre part, une autre gourou de l’Université de Maurice pourrait se retrouver dans une situation compromettante si l’ICAC donne suite à des dénonciations de conflit d’intérêts dans le recrutement d’un chargé de cours.
À ce stade de l’enquête sur les « Lecturers marrons » de l’Université de Maurice, l’ICAC procède au décryptage des fichiers informatiques des ordinateurs saisis à l’administration centrale lors d’une descente des enquêteurs sur le campus du Réduit la semaine dernière. L’exercice visant à disséquer le disque dur des équipements informatiques sous la responsabilité de la Forensic Unit de la commission anti-corruption est prévu d’être un travail de longue haleine. Il vise deux objectifs, à savoir réunir toute la “documentary evidence” dans le cas du trio incriminé et susmentionné à ce jour, et établir si de telles pratiques illégales sont courantes au sein du personnel académique.
Les derniers développements dans l’enquête sur le cas du trio, nommément Robin Sanassee, Boopen Setanah et Robin Nunkoo – qui, outre de faire partie de l’establishment de l’Université de Maurice, donnent également des cours à l’Amity University à Ébène – font apparaître que ces trois chargés sont en situation illégale vu qu’ils sont en infraction avec le Statut 17 (6) de l’Université de Maurice, qui stipule que l’autorisation de la vice-chancelière est impérative. Or, ces derniers donnent des cours illégalement à l’Amity University depuis janvier 2014. L’enquête de l’ICAC devra également confirmer si ces mêmes Lecturers apparaissent également sur le “Pay Roll” de l’University of Technology Mauritius pour des cours à temps partiel.
Le cas des « Lecturers marrons » à l’Amity University a été établi « beyond reasonable doubt » même si, au début de cette affaire, un flou prévalait. En effet, dans un communiqué visant à apporter des précisions sur le cas de Robin Sanassee, Boopen Setanah et Robin Nunkoo, l’University of Mauritius Academic Staff Union (UMASU), dont le président est l’Associate Professor Kavi Kumar Khedo, avait soutenu que toutes les autorisations avaient été obtenues.
« UMASU would like to dissociate itself from the allegations made which are only contributing to tarnish the image of the Universiy. Those behind such initiatives should assume full responsibility of their actions. As part of the allegations, it has been reported that three academics have been lecturing outside the university without having sought prior permission from the VC to do so. UMASU was informed that approval had been obtained for same as per existing procedures », avait écrit Kavi Kumar Khedo.
Or, avec le début de l’enquête de l’ICAC sur cette affaire et la saisie des ordinateurs à l’Université de Maurice, la vice-chancelière Romeela Mohee a tenu à mettre les points sur les i dans cette affaire en adressant un e-mail au président de l’UMASU. « It has come to my knowledge that UMASU has on 29/01/16 has issued a mise au point regarding alleged malpractices. I wish to draw your attention in particular to the part where it is mentioned that you were informed “approval has been obtained for same as per existing procedures”. As mentioned in my letter of 27 January 2016, I had minuted “noted” on the letters. I was awaiting for th?e contracts as mentioned in their letters », note la vice-chancelière de l’Université de Maurice.
Cette correspondance en date du 8 février dernier est venue mettre le président de l’UMASU dans l’embarras dans cette affaire de « Lecturers marrons ». Avant de consigner la version des faits de Romeela Mohee, qui devra l’être en dernier, les enquêteurs de l’ICAC pourraient être appelés à entendre l’Associate Professor Khedo sur les circonstances et les garanties obtenues de l’administration de l’Université de Maurice avant d’émettre ce qu’il a présenté comme une mise au point, d’autant plus que le problème de « Lecturers marrons » semble être plus étendu que les seules trois personnes concernées de l’Amity University. Les conclusions de l’enquête de l’ICAC devront permettre de mieux situer cette affaire de travail au noir dans le tertiaire.
D’autre part, si l’ICAC décide d’initier une enquête dans des dénonciations, une Top Manager du campus du Réduit devrait se trouver en difficultés. Elle est en effet accusée d’avoir accumulé deux fonctions, soit celles au sein de l’Université de Maurice, tout en percevant des salaires de Rs 150 000 d’une organisation internationale. L’ICAC devra décider si cette situation relève de « serious malpractices ». Plus grave est cependant le fait qu’en tant que responsable sur le campus, elle a participé au recrutement de son beau-frère en tant que chargé de cours pour une période de deux ans. « She even signed the contract of employment », ajoutent les dénonciateurs, qui s’étonnent que cette « proche du PTr » continue à bénéficier de la même protection sous le gouvernement de L’Alliance Lepep parce qu’elle a étudié dans la même université qu’un membre du gouvernement actuel.