Le vice-Premier ministre et ministre des Services publics, Ivan Collendavelloo, a lancé, jeudi, le Programme national d’efficacité énergétique (PNEE) qui consiste à mettre en oeuvre une centaine d’audits énergétiques de grande qualité auprès de grands consommateurs d’énergie dans l’industrie et le secteur tertiaire du pays. Selon lui, « le Mauricien n’a pas pris conscience du changement climatique, mais est extrêmement sensible à l’économie et à l’énergie ».
Pour Ivan Collendavelloo, la tâche « est de convaincre les Mauriciens que notre survie économique dépend de ce que nous pouvons faire aujourd’hui dans le domaine énergétique, à commencer par le Central Electricity Board (CEB) à qui j’ai déjà dit qu’il fallait revoir ses structures ». Il a, à cet effet, déploré l’absence d’un régulateur dans le domaine de la production de l’énergie « où nous avons des compétiteurs ». Selon lui, il faut un changement de culture au niveau du CEB. « Quand vous parlez de changement de culture pour qu’on oublie l’huile lourde, le CEB ne comprend pas qu’il faut changer le système du réseau de transmission. Le « grid » qui fournit de l’électricité est statique alors qu’il nous faut changer de structure pour accommoder la production solaire et éolienne, voire le recyclage de déchets municipaux, du bambou, du « fatak », etc, pour produire peut-être 2 MW chacun. Ce serait un grand pas vers l’indépendance énergétique et l’on aurait plus à se fier au Red Eagle pour nous donner de l’électricité ».
S’agissant du Programme national d’efficacité énergétique, le ministre des Services publics a déclaré que ce programme était de bon augure pour l’avenir et l’union du secteur privé, car « si on continue, comme on l’a fait jusqu’ici, avec des initiatives séparées, aussi ambitieuses qu’elles puissent être, nous n’irons pas très loin ». Il a rappelé que le PNEE n’était qu’à ses débuts à Maurice. « Nous devons nous rendre compte que nous sommes en retard comparé à La Réunion et aux Seychelles ». À cet effet, Ivan Collendavelloo a indiqué avoir demandé aux techniciens de son ministère de travailler sur un plan se basant sur l’ambition déclarée du gouvernement de produire environ 35 % d’énergie à partir de sources renouvelables « mais on m’a dit que c’était une ambition démesurée ».
Le ministre des Services publics a souhaité que le pays se montre plus ambitieux « pas pour nous-mêmes, mais pour les générations futures ». Maurice prépare activement sa participation à la prochaine conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 21) qui aura lieu en décembre prochain à Paris. « La raison de cette participation est très simple. Nous sommes entourés de grands pays émetteurs de CO2 comme l’Australie, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie et l’Afrique du Sud, et nous serons les premières victimes innocentes du changement climatique ».
Selon le Joint Economic Council (JEC), qui chapeaute le PNEE, les objectifs à long terme de cette démarche sont de réduire la facture énergie des entreprises de 10 à 15 % par an, une réduction potentielle de 40 MW en capacité de production électrique et une réduction des importations des combustibles fossiles correspondant à une diminution des émissions à gaz à effet de serre. Maurice pourrait ainsi éviter l’émission de 173 000 tonnes de CO2 annuellement.