Effluves du passé est un drame sur l’inceste qui nous parle du silence qui accable une deuxième fois la victime et ses proches. Dépouillée de toute forme de voyeurisme, cette pièce écrite avec finesse par Poonamraag Seetohul réussit le pari difficile d’émouvoir en faisant réfléchir. Mise en scène par Ashish Beesoondial avec ses complices de toujours et trois nouveaux comédiens, elle lève le voile de l’indifférence en mettant au jour différentes attitudes face à un acte inqualifiable dont on comprend qu’il peut être accompli par les personnes les plus inattendues. À découvrir vendredi et samedi, à 20 h, à l’Institut Français de Maurice.
Poonamraag Seetohul ne concevait pas cette pièce sans qu’elle soit un jour montée, comme elle l’affirmait déjà fin 2013, lorsque celle-ci est parue, aux éditions de L’Atelier d’écriture, en version bilingue anglais-français, avec une traduction de Marjorie Barbe-Desveaux. Le titre original d’Effluves du passé est Draught from the past. Cette enseignante de littérature anglaise, qui a l’habitude de travailler avec Ashish Beesoondial en coulisses dans l’équipe technique, revient cette année en tant qu’auteure. Son théâtre, éminemment réaliste et psychologique, montre les souffrances et les malaises humains, des plus ordinaires aux plus inquiétants, dans leurs différentes nuances, avec subtilité et sans exagération.
Aucune morale, aucune thèse n’est édictée dans cette pièce extrêmement fluide et crédible. Mais en montrant, par le miracle de la mise en scène, les actes d’une famille ordinaire, en faisant entendre leurs dialogues quotidiens et surtout, à travers les sous-entendus et comportements, en installant comme une épée de Damoclès cet assourdissant silence, cette chape de plomb étouffante qui survient suite à un drame indicible, l’auteure et le metteur en scène parviennent, sur un sujet délicat, à toucher sans choquer, à faire réfléchir et à concerner chacun sur un sujet dont on préfère généralement ne pas entendre parler…