Dans sa lettre pastorale dans le cadre du carême chrétien qui débute aujourd’hui, Mgr Ian Ernest, évêque de Maurice, invite les fidèles anglicans à sortir de leurs habitudes pour « devenir des preneurs de risques » dans un « monde confus » et où l’incertitude tend à renforcer la mentalité égocentrique. « Nous évoluons aujourd’hui dans un monde où tout semble être acquis de manière facile et rapide. Mais en même temps nous faisons face à une certaine incertitude qui fait de nous des personnes qui sont accaparées par la peur et qui sommes renfermées sur nous-mêmes. […] Qu’est ce qui nous empêche de devenir des preneurs de risque ? » écrit Mgr Ernest.
Dans ce mandement de carême qu’il a intitulé « Au-delà de la routine : pour établir le royaume de Dieu ! », le chef de la Communion anglicane prolonge la réflexion sur le renouvellement de cette Église qui a été enclenchée l’an dernier dans le cadre des célébrations du 160e anniversaire du diocèse anglican à Maurice. Un événement qui a donné un nouveau souffle à l’engagement des Anglicans en terre mauricienne. « Nous pouvons revoir notre potentiel à être lumière au monde et sel à la terre. Il est donc essentiel que nous allongions les cordes de notre tente et que nous consolidions nos piquets. Le temps est venu pour soutenir, encourager, fortifier nos paroisses et nos institutions pour vivre et agir dans un monde confus qui ne peut répondre aux besoins fondamentaux des hommes, des femmes et des enfants d’aujourd’hui ».
S’agissant de ce monde « monde confus », Mgr Ernest cite les situations suivantes qui, dit-il, « menacent la cohésion de la société humaine » : la pauvreté « structurée », l’exploitation de la main-d’oeuvre surtout celles des travailleurs étrangers, le manque de respect « à l’égard de la création divine », le terrorisme et l’extrémisme religieux, les problèmes qui affaiblissent la cellule familiale, l’augmentation du trafic de drogue, le jeu, la corruption et « une pratique religieuse sans profondeur ». Il ajoute que la société mauricienne vit dans une course effrénée vers une satisfaction personnelle tant sur le plan éducatif, social qu’économique. L’Évêque de Maurice fait aussi une brève allusion aux événements politiques qui dominent l’actualité depuis une quinzaine de jours. « Les récents événements politiques nous ont choqués et nous mènent à voir que cette course effrénée vers la satisfaction personnelle nous pousse à commettre des actes irréfléchis, irresponsables qui mettent en péril la stabilité même d’une nation ».
Face aux nouveaux défis, le chrétien, soutient Mgr Ernest, n’a pas le droit de se réfugier dans ses acquis intellectuels, spirituels et matériels et il est de son devoir, en tant que disciple du Christ, de travailler pour le bien commun. « Le propre d’une identité chrétienne est de prendre sa croix et de suivre le Christ ». Mais le chef de l’Église anglicane constate que « les hommes et les femmes modernes ne sont plus capables de prendre des risques ». Or, dit-il, les premiers missionnaires de l’Église anglicane à Maurice ont su braver l’inconnu et ont pris des risques pour annoncer l’Évangile. « Ils ont eu à faire face à des persécutions, au climat rigoureux des tropiques et à des épidémies violentes. Leur esprit de dévotion et leur courage devraient nous inciter à devenir des “Chrétiens du Risque” ». Mgr Ernest appelle ainsi les fidèles anglicans en ce temps de carême « à devenir le levain dans la pâte » et à « posséder le goût du risque » bien que les circonstances de la vie quotidienne soient source de défis.