Maurice a rappelé son ambassadeur en poste au Caire, en Égypte. Pour autant, les relations entre nos deux pays restent « bonnes » et « cela ne signifie pas que les relations diplomatiques ont été rompues ». C’est en tout cas ce qu’estime Rihan Osama, chargé d’Affaires d’Égypte à Maurice. Rencontre.
« Les relations entre Maurice et l’Égypte de déroulent normalement », a déclaré le chargé d’Affaires d’Égypte à Maurice Rihan Osama. « L’Égypte n’est pas une zone de guerre, même si c’est la première fois que nous avons à combattre le terrorisme à cette échelle. L’Égypte n’est pas un fail state », a-t-il insisté. « Les banques fonctionnent, les bureaux de la Fonction publique également. Il y a certes quelques points chauds, mais tout est sous contrôle », a-t-il précisé.
Rihan Osama estime que le rappel par Maurice de son ambassadeur en poste au Caire est une démarche normale. « Cela ne veut nullement dire, a-t-il précisé, que les relations diplomatiques ont été rompues. Ces relations se poursuivent normalement. » Le chargé d’Affaires estime que les hommes d’affaires peuvent se rendre normalement en Égypte, à condition toutefois qu’ils respectent le couvre-feu et suivent les instructions de sécurité.
A Maurice, la situation en Égypte est suivie avec beaucoup d’intérêts. Navin Ramgoolam et le ministre des Affaires étrangères Arvin Boolell ont tous deux souhaité le retour au régime constitutionnel au plus vite. Le Premier ministre a de plus exprimé son « étonnement » devant l’hésitation des grandes puissances pour condamner le renversement d’un gouvernement élu par le peuple égyptien. L’ambassadeur de Maurice au Caire a été rappelé au pays en attendant que la situation en Égypte s’éclaircisse et retourne à la normale.
Le chargé d’affaires égyptien nie pour sa part qu’il y ait eu un « coup d’État » militaire. « L’armée n’a fait que transférer le pouvoir de Mohamed Morsi aux instances judiciaires ». De plus, a-t-il dit, en dehors du ministre de la Défense, aucun membre de l’armée ne siège dans le gouvernement. « Nous sommes navrés de voir que lors du renversement de l’ancien gouvernement, en janvier dernier, personne n’ait parlé de coup d’État, alors que certains pays n’hésitent pas cette fois à en parler », a-t-il dit.
Expliquant la situation actuelle en Égypte, Rihan Osama rappelle que la révolution de janvier 2012 a été suivie d’élections démocratiques ayant débouché sur l’élection de Mohamed Morsi comme premier président civil d’Égypte. « Toutefois, entre 2012 à 2013, nous avons été témoins de nombreux problèmes touchant tous les aspects de la vie égyptienne. Il y a eu des problèmes sur le plan économique auquel se sont ajoutés des problèmes sécuritaires. Beaucoup d’actions antidémocratiques ont été entreprises par Mohamed Morsi. Il a ainsi émis un décret présidentiel pour lui donner l’immunité contre toutes formes de poursuites. Ce qui était outrageux. Il nous a ramené 50 ans en arrière. Il y a eu également une consolidation des pouvoirs des Frères musulmans au niveau économique et politique. Morsi avait été élu avec la promesse qu’il serait le président de tous les Égyptiens. Malheureusement, ce qui est évident pour tout le monde, c’est qu’il est seulement devenu le président des Frères musulmans, le président d’un groupe et pas de toute la population », expliqué le chargé d’Affaires.
« Face à sa façon de faire, les Égyptiens ont à nouveau voulu changer de direction », explique Rihan Osama. « Nous ne considérons pas le 30 juin comme une nouvelle révolution. C’est une suite logique de la première révolution. Nous avons estimé que lorsque Mohamed Morsi a pris le pouvoir, nous avons dévié de la route sur laquelle nous nous étions engagés en tant qu’Égyptiens. Le problème est que nous n’avions pas eu une nouvelle Constitution avant l’arrivée de Mohamed Morsi. Par conséquent, nous n’avions, par exemple, pas de base constitutionnelle pour destituer le président. Après la révolution du 25 janvier, nous avons eu un Parlement suivi d’un président. La Constitution est arrivée après. Ce qui n’était pas la meilleure façon de procéder. Cela aurait dû être le contraire, c’est-à-dire d’abord une Constitution, puis un Parlement et seulement ensuite un président. Dans ce cas, nous n’avions aucun moyen de contenter le Président de la République », a-t-il poursuivi.  
Selon Rihan Osama, tous les moyens ont été utilisés pour amener le président Morsi à prendre en considération les revendications de la population et de prendre la bonne voie. « L’idée au départ n’a jamais été de destituer Mohamed Morsi. Il s’agissait de changer  de chef du gouvernement. Mais Morsi s’y est opposé. C’est ainsi qu’une initiative a été prise en vue de diffuser des pétitions à travers l’Égypte réclamant l’organisation d’élections et la démission du président. Pas moins de 22 millions de personnes ont signé cette pétition, dont les noms des signataires ont été vérifiés par la justice. Chaque personne qui l’avait signée avait écrit son numéro de carte d’identité.  Mais devant la résistance du président, les gens sont descendus dans la rue pour exprimer leur point de vue et dire au président Morsi : ‘Enough is enough’. Le nombre d’Égyptiens qui sont descendus dans les rues est estimé à 30 millions. Et ils sont redescendus à nouveau le 3 juillet pour demander le départ de Morsi. Entre le 30 juin et le 3 juillet, il devenait évident qu’il y avait un problème de sécurité. L’armée est donc intervenue auprès du président afin de voir comment désamorcer la situation. Malheureusement, cette tentative a échoué. Lors d’une déclaration à la télévision, Morsi a dit à son peuple que soit il acceptait sa légitimité, soit il y aurait une guerre civile. »
Il poursuit : « L’armée, les forces religieuses et les autres organisations politiques se sont consultées afin d’étudier la meilleure façon de sortir de la crise. Toutes les parties sont arrivées à la conclusion que la meilleure manière consistait à destituer Mohamed Morsi et de confier le pouvoir aux chefs de la Cour constitutionnelle afin de créer un gouvernement intérimaire et de préparer une feuille de route pour l’avenir », a poursuivi le chargé d’Affaires égyptien.
La première partie de la feuille de route  a été complétée et a permis de donner le pouvoir au chef de la Cour constitutionnelle en tant que président par intérim. La deuxième a été de constituer un gouvernement intérimaire. Enfin, la troisième partie sera d’instituer un comité d’experts afin de revoir la Constitution. « Il s’agira alors de s’engager dans les efforts de réconciliation afin de mettre tous les partis politiques et représentants religieux, notamment, autour d’une même table, de manière à ce que tous soient partie prenante du processus politique en Égypte. La Constitution sera approuvée par voie de référendum. Les élections seront organisées par la suite. Tout cela devrait de dérouler dans un délai de sept à neuf mois », explique notre interlocuteur.
Rihan Osama a accusé les partisans de Mohamed Morsi d’être responsables des violences, qui ont fait près d’un millier de morts. Selon lui, les manifestants étaient armés et ont commencé à tirer sur les policiers et l’armée. « Ils ont perpétré des actes terroristes, ont incendié des postes de police, des églises, des mosquées, des bâtiments publics… Il ne s’agissait pas d’une lutte contre une idéologie ou des partis politiques, mais bien contre des terroristes. C’était une menace contre la sécurité et la police était obligée d’agir. C’est la première fois que nous avons affaire à des terroristes à une échelle aussi grande », poursuit-il.
« Nous sommes vraiment triste de ces pertes de vies humaines. Chaque vie perdue est une vie égyptienne. Mais il fallait prendre une décision lorsque les rues du Caire étaient bloquées. Il était  de notre devoir de protéger la sécurité des citoyens », termine-t-il.