La situation dans la bande de Gaza a été au centre des interventions du Premier ministre et du leader de l’opposition lors de la célébration nationale de la fête Eid-ul-fitr par la Sunni Razvi Society à Plaine-Verte hier matin. « Nos frères et soeurs palestiniens passent par des moments difficiles. Ce que fait Israël dans la bande de Gaza est inacceptable », a lancé Navin Ramgoolam.
Le PM trouve inacceptable qu’en représailles contre le kidnapping et la mort de trois étudiants, on puisse commettre de telles atrocités entraînant la mort de plus de mille personnes innocentes. Si Israël peut se permettre d’agir de la sorte avec impunité, c’est parce que cet État bénéficie du soutien des pays européens et américains, dit-il. « J’ai été déçu par l’attitude du président Barack Obama et d’autres leaders européens qui n’ont pas pris l’action qu’il fallait pour condamner Israël ». C’est simplement maintenant que le président américain demande un cessez-le-feu immédiat sans condition, a constaté le Premier ministre, qui a dénoncé la politique de deux poids deux mesures pratiquée par les grandes puissances. Ainsi, des sanctions sont prises contre la Syrie alors qu’on laisse Israël agir en toute impunité sans qu’aucune sanction ne soit prise. Poursuivant son intervention, Navin Ramgoolam a critiqué la politique d’annexion des terres en Israël et a constaté qu’à Gaza « 1,8 million de musulmans » vivent dans une prison ouverte. « Ki manière ou lé zotte viv ? » s’est demandé Navin Ramgoolam, qui a déploré le manque de solidarité parmi les pays arabes. Le Premier ministre a rappelé qu’à Maurice tous les gouvernements ont toujours adopté une politique claire concernant la Palestine et ont toujours pris la défense du peuple palestinien. Il a rappelé qu’alors qu’Ariel Sharon était Premier ministre d’Israël, le gouvernement avait décidé de couper toutes les relatons avec ce pays et avait demandé au consulat d’Israël à Maurice de fermer ses portes. Il a aussi rappelé que les relations avec Israël avaient été rompues en 1976 et n’avaient été rétablies qu’après la signature d’un accord entre Arafat et Rabin. Depuis 1979, le gouvernement reconnaît officiellement l’Organisation de libération de la Palestine. Il a aussi rappelé que Maurice a condamné Israël lors d’une réunion du conseil des droits de l’homme des Nations unies. S’agissant du sommet États Unis-Afrique prévu à Washington la semaine prochaine, Navin Ramgoolam a souhaité que l’Afrique parle d’une seule voix en faveur de la Palestine. Il a reconnu que Barack Obama a demandé un cessez-le-feu sans condition mais attend de voir comment la situation évolue à Gaza avant de décider de la ligne à prendre.
Auparavant, le leader de l’opposition, Paul Bérenger, avait affirmé que le crime commis par Israël contre le peuple palestinien nous interpelle tous. « Si Israël kapav faire ce ki li pe fer c’est grâce au soutien inconditionnel des États-Unis », a-t-il lancé. Il s’est déclaré terriblement déçu par l’attitude du président Obama et de son homologue français François Hollande. Il s’est également élevé contre la « mainmise effrayante » des médias internationaux par rapport à la situation au Proche Orient. Il a constaté qu’il y a eu un black-out sur la condamnation d’Israël lors d’une conférence des Droits de l’homme des Nations Unies. Il déplore que la presse internationale ait gardé le silence sur l’appel téléphonique de Barack Obama au Premier ministre israélien réclamant un cessez-le-feu immédiat. Paul Bérenger a rappelé que l’action d’Israël a été condamnée par la présidente de la Commission de l’Union Africaine, Mme Zuma. Israël a également été condamné par la SADC. « Il faut maintenant que l’Afrique fasse entendre sa voix lors du Sommet États-Unis/Afrique », a-t-il dit. Il a aussi affirmé que ce n’est pas parce que le peuple juif a souffert durant la deuxième guerre mondiale sous Hitler qu’il peut se permettre de faire ce qu’il fait à Gaza. Israël a droit à l’existence dans la sécurité mais cela ne lui donne pas le droit de bloquer la création d’un État palestinien indépendant. « Nous avons un droit sacré de solidarité avec le peuple martyr palestinien », a-t-il dit.
Paul Bérenger a aussi évoqué son souhait en vue de faire de Maurice un pays modèle de développement et de démocratie dans le respect de l’environnement et de la justice sociale sans oublier le combat contre la corruption.
Le porte-parole de la Sunni Razvi Society, Mamood Cheeroo a, pour sa part, insisté sur l’importance de la séparation entre l’État et la religion. Il a reconnu que l’État traite tous les groupes religieux sur le même pied et n’instrumentalise pas un groupe au détriment des autres. Il a souligné l’importance des groupes sociaux pour assurer le bien-être des citoyens. « Il ne faut toutefois pas mélanger la religion avec les problèmes citoyens locaux et internationaux », a lancé Mamood Cheeroo. Il a également souligné la différence entre la célébration nationale de Eid avec la présence des représentants de l’État, de la municipalité et des membres du corps diplomatique et la célébration religieuse qui a eu lieu plus tôt dans la matinée. La cérémonie d’hier a aussi été marquée par l’intervention de la Lord-Maire Dorine Chukowry.