La fête d’Eid-ul-Fitr a été marquée hier par une célébration nationale organisée à la Sunni Razvi Academy à Plaine-Verte, en présence du Premier ministre, Navin Ramgoolam, du leader de l’Opposition, Alan Ganoo, du lord-maire, des ministres et parlementaires ainsi que des membres du corps diplomatique. Ce fut l’occasion pour le Premier ministre de souligner que les fléaux sociaux interpellent tous les membres de la société. Alan Ganoo et le lord-maire, Aslam Hossenally, ont eu une pensée spéciale pour les condamnés de l’Amicale alors que Mahmood Cheeroo, maître de cérémonie, a évoqué la transition douloureuse des systèmes politiques dépassés dans les pays arabes vers un système qu’il espère plus paisible.
Navin Ramgoolam s’est longuement appesanti sur les nombreux enseignements liés au Ramadan. L’occasion pour tout un chacun, dit-il, de se demander en quoi son action a pu faire la différence dans la vie des autres : l’opportunité d’établir un bilan. Il a aussi reconnu que le pays est affecté par toute sorte de fléaux sociaux, soulignant que les gens semblent avoir oublié les vraies valeurs et ont perdu leurs repères. « Cette situation interpelle tout le monde, les parents, les enseignants, les chefs religieux, les politiciens ; tous les membres de la société », a-t-il dit, en observant que certaines personnes font ce qu’un animal ne ferait jamais. Il est essentiel, dit-il, que tout un chacun agisse avec sincérité et que chacun puisse s’arrêter et se demander où il en est et vers quoi il s’oriente.
Se référant à une remarque du leader de l’Opposition, faite auparavant, le Premier ministre a reconnu qu’une minorité de personnes n’aiment pas l’unité et le vivre-ensemble et a souligné la fragilité d’une société multiculturelle. Il a invité tout un chacun à respecter les autres et à ne pas essayer de détruire la société à cause d’une différence d’opinion. Il a aussi insisté sur l’importance de la paix, la tolérance, la compassion et la nécessité d’aider ses voisins et a souhaité que tout un chacun s’inspire de la vie du prophète de l’Islam. « À une époque où il n’existait ni journaux, ni internet, ni radio privée, ni télévision, il est parvenu à révolutionner la société. Il croyait dans ce qu’il faisait. Il avait foi en lui, en ses principes et ses convictions », a affirmé Navin Ramgoolam. « Chaque humain a le devoir d’apporter sa contribution pour que son pays et le monde deviennent meilleurs », a-t-il poursuivi. Et le Premier ministre d’insister sur l’importance de l’unité qui fait la force avant d’avoir une pensée spéciale pour ceux qui sont les moins chanceux comme les Palestiniens et ceux qui vivent en Iraq, en Syrie, en Égypte – qui connaissent beaucoup de difficultés et sont victimes de violence.
Le mur israélien
Au sujet du peuple palestinien, Navin Ramgoolam a rappelé avoir connu Yasser Arafat qu’il avait envisagé d’inviter à Maurice pour la fête nationale. Navin Ramgoolam a rappelé que malgré les pressions, Maurice avait voté en faveur de l’octroi d’un statut d’observateur de l’Autorité palestinienne auprès des Nations unies. Maurice est en faveur de la reconnaissance d’un Etat Palestinien, a-t-il dit. Le chef du gouvernement a ajouté qu’Israël et les Israéliens ont le droit de vivre. Cependant, il n’y aura pas de paix aussi longtemps que les Israéliens continueront à annexer les territoires palestiniens. Il a dénoncé le mur érigé par Israël pour se couper de la région palestinienne. « De la même manière que le mur de Berlin a chuté avec l’effondrement du communisme, le mur israélien doit chuter », a-t-il affirmé avant de fustiger « les régimes coloniaux qui ont toujours divisé pour régner ». Navin Ramgoolam a toutefois déploré le manque d’unité parmi les pays arabes et a critiqué les pays qui se disent défenseurs de la démocratie mais qui ne reconnaissent pas les gouvernements élus démocratiquement. Il a cité entre autres l’Égypte où un gouvernement démocratiquement élu par la population dirigé par Mohamed Morsi a été renversé par l’armée. Le Premier ministre s’est étonné que certains se demandent encore s’il y a eu coup d’Etat ou non alors qu’un gouvernement arrivé au pouvoir démocratiquement a été renversé. Il critique ceux qui tiennent un double langage. Navin Ramgoolam a accueilli favorablement les initiatives du président Obama au Moyen Orient. Il a souhaité que l’Égypte retrouve une légitimité au plus vite avant de conclure son intervention en soulignant que « dialogue veut dire dialogue. Dialogue ne veut pas dire imposition ».
Pour sa part, Alan Ganoo, leader de l’Opposition, a lui aussi dénoncé le fait que nous vivons dans un monde matérialiste où le succès se mesure essentiellement au progrès matériel. Il a rappelé que l’Islam comme tous les autres courants religieux prône l’amour, la tolérance, le respect et non pas la violence et les conflits. Et de souligner les crises qui secouent plusieurs pays dans le monde, tout en estimant que la solution ne réside pas en la guerre mais dans les compromis, pas dans la haine mais dans les négociations ; et non pas dans les attaques insensées mais dans le consensus. L’intervenant a insisté sur l’importance du dialogue surtout dans un pays multireligieux comme Maurice. Chacun doit accepter et reconnaître ses différences. C’est la convergence de toutes ces différences qui, selon lui, fait l’unité nationale.
Etat palestinien
Alan Ganoo a également eu une pensée spéciale pour les condamnés de l’Amicale et dit prier qu’ils aient la force de traverser l’épreuve et la souffrance ; en se sens, il a souhaité que les autorités aient le discernement nécessaire en ce qui concerne leur cas. Le leader de l’Opposition a aussi songé à la population palestinienne, qui lutte pour la reconnaissance d’un Etat palestinien, ainsi qu’à la population égyptienne qui réclame la libération de leur président de prison.
Le lord-maire Aslam Hossenally a, lui, insisté sur l’importance que le gouvernement, le ministère des Administrations régionales et les municipalités  soutiennent les activités religieuses.
C’est Mahmood Cheeroo qui agissait comme maître de cérémonie à la place de M. Gorah Issac qui a animé cette fonction depuis plusieurs années. Il a annoncé que la construction d’une mosquée à côté de la Sunni Razvi Academy avance à grands pas. Le président de la République, Kailash Puryag n’a pu assister à la cérémonie d’hier, étant en déplacement à l’étranger.