L’Independent Commission against Corruption (ICAC), qui a effectué quelques visites au siège de la Tertiary Education Comission, a pu mettre la main la main sur des documents considérés comme intéressants pour voir plus clair dans les conditions dans lesquelles Eastern Institute for Integrated Learning on Management (EIILM) a été autorisé à opérer depuis mai 2007. Parmi ses documents, on évoque, entre autres, le feu vert données à l’EIILM en dépit de certaines pièces exigées mais jamais fournies à la TEC par le demandeur.
Si certains n’hésitent pas à parler de « dossier en béton » bien plus « straight forward » que celui de Medpoint, ils restent toutefois sceptiques quant aux suites qui seront données à cette affaire étant donné le profil des protagonistes. Quoi qu’il en soit, une enquête a démarré sur une affaire qui concerne des étudiants de familles pas nécessairement aisées et qui touche à leur avenir. D’où l’intérêt soutenu pour ce dossier dans plusieurs secteurs.
Il n’est ainsi pas exclu que des éclaircissements soient recherchés de l’ancien directeur de la TEC, Pravin Mohadeb, mais aussi du ministre de l’Éducation, Dharam Gokhool, responsable de l’enseignement supérieur au moment de la demande d’enregistrement de EIILM et qui a récemment publiquement confié qu’il n’était « pas à l’aise avec le timing » de cette demande mais que les promoteurs avaient déjà tout organisé et même obtenu l’approbation du Premier ministre Navin Ramgoolam pour le lancement de la branch campus à Ébène sur les terres d’Illovo que gère BPML et que l’ancien Premier ministre Paul Bérenger avait veillé qu’elles soient mises à la disposition du Ramnath Jeetah Trust, organisme qui gère EIILM.
La « conférence de presse » tenue vendredi par l’avocat de Sunil Jeetah, Me Rama Valayden, n’a en tous cas pas eu les effets escomptés puisqu’au niveau de la Tertiary Education Commission, on a (enfin) décidé de s’en tenir aux lois et aux règlements. Cette position ferme du régulateur a d’ailleurs suscité le courroux du responsable d’EIILM pas plus tard que jeudi et vendredi.
Sunil Jeetah a en effet,prévenu la TEC, dans une lettre en date du vendredi 26 septembre et, sur un ton menaçant, que si elle ne lui accorde pas l’accréditation pour ses cours de Bachelor of Business Admnistration, Master of Business Administration, Executive MBA (full time & part time), BA Journalism and Mass Communication, Bachelor of Computer Applications, BA Advertising and Mass Communication, BA Hospitality Management, Fundation Programme, « our application for accreditation is therefore deemed to have been aproved. »
Il faut vraiment avoir de solides appuis pour oser s’adresser sur un tel ton à l’Officer-in-Charge de la TEC, Saabir Kasenally. Un aperçu de ce gros culot : Sunil Jeetah laisse entendre dans cette correspondance du 26 septembre qu’il en a assez des non-réponses de la TEC depuis la demande formulée le 16 avril 2013 et qu’il a décidé de prendre avantage des dispositions de la section 12 A 8 (a) de la TEC Act qui dit qu’une réponse doit être donnée sous 42 jours et de la sous-section 8 (c) qui stipule que « where an applicant has not received a notification after 5 working days of the expiry of the due date, the application shall be deemed to have been approved by the Commission and the acknowledgement receipt shall be deemed to be the letter of approval. »
« We urgently request you to provide
us the Certificate of registration of EIILM »

C’est donc ainsi que le directeur de EIILM dit au responsable de la TEC que « having not received any notification from TEC by 06 september 2013, in accrodance with TEC Act, pour application for accreditation is therefore deemed to have been approved. We urgently request you to provide us the certificate of Registration of EIILM LTd operating as EIILM University (Mauritius Branch Campus) at the earliest possible. »
Cet énervement apparent de Sunil Jeetah est intervenu après réception d’une lettre de Saabir Kasenally en date du 24 septembre dans laquelle l’Officer-in-Charge de la TEC écrit, sur un ton courtois mais sec, que « you are kindly requested to refer to our letter dated 8 and 21 August for the query  » La lettre du 8 août à EIILM faisait état de la Public Notice émise par la Univeristy Grant Commission « whereby there are restrictions imposed by the UGC on private universities in India to operate outside the territory of the state of its location. » EIILM était donc invité à « submit evidence that necessary approval has been obtained by EILM University, Sikkim India  » La même réclamation avait été faite par la TEC dans une autre correspondance, cette fois en date du 21 août.
Visiblement pas content de l’attitude adoptée par la TEC, Sunil Jeetah devait, dans une nouvelle lettre le 27 septembre, répéter qu’il considère que « EIILM has as at today, accreditation  » Plus cocasse ce qui suit dan la même correspondance : « kindly note that I am holding a national press conference today at 2.00 pm whereby I will disclose the above facts. »
Saabir Kasenally, qui n’a visiblement pas tremblé à la réception de ce courrier menaçant, devait maintenir la position officielle adoptée par la TEC.
Les modifications apportées
avant les élections de 2010

Le débat en cours sur la situation de EIILM et d’autres « universités » ainsi que la descente de l’ICAC ont provoqué une grande nervosité dans le secteur de l’enseignement supérieur, ce qui donne lieu à des déclarations à l’emporte-pièce qui ne reposent pas sur des faits avérés. Un des aspects du dossier qui intéresserait l’ICAC est le changement intervenu dans les clauses d’un accord conclu entre la Tertiary Education Commission et la University Grants Commission.
Si, dans la première mouture datant du 18 avril 2007, les deux organismes avaient convenu que « both parties commit themselves to collaborate on issues pertaining to registration, recognition of institutions and accreditation of programmes according to the rules and procedures in the respective countries », cet aspect a été violé par l’autorisation accordée en 2007 à EIILM.
Dans un nouvel accord entre la TEC et l’UGC signé le 4 mars 2010, quelques semaines avant les élections générales du 5 mai – un peu comme l’appel d’offres fait par la Santé pour un hôpital gériatrique -, il est cette fois fait mention de « both parties commit themselves to collaborate on issues pertaining to recognition and equivalence of qualifications according to the rules and procedures in the respective countries (in terms of quality and standards). Both parties agree to initiate action with their respective Governments to facilitate mutual recognition of qualifications/degrees recognized in their respective countries. » L’ICAC tentera de savoir pour quel motif la « recognition of institutions » a disparu du second accord de 2010 et si c’est pour couvrir l’infraction commise par la TEC en violation de l’arrangement écrit passé avec l’UGC en autorisant EIILM à opérer.
Sera également d’intérêt pour l’enquête un autre aspect tout aussi édifiant du dossier. À savoir comment on peut expliquer le fait qu’EIILM de Sikkim n’a, lui-même, été reconnu par l’UGC qu’en 2008, après que sa « branch campus » mauricienne a déjà été avalisée en 2007. La science fait des progrès tous les jours mais que l’enfant voie le jour avant la mère a tout pour mobiliser le microscope de l’ICAC.
En dépit de ce qui a été raconté vendredi à Ébène par Sunil Jeetah et son avocat Rama Valayden, les investigations déjà entreprises visent à démontrer que la « Mauritian branch campus » de EIILM de Sikkim contrevient les règlements de l’UGC, et dire que sa situation ne relève que de la juridiction mauricienne est un nonsense comme l’a établi l’UGC elle-même.
II faudra probablement plus d’une conférence de presse pour dissiper les doutes entourant EIILM. Avec ou sans menaces de procès visant à faire taire ceux qui dénoncent un cas d’école qui veut qu’il y ait un ministre de l’Enseignement supérieur, responsable de la TEC, laquelle a la prérogative de délivrer des permis d’opérer et qui a positivement accédé à la demande d’EIILM, établissement appartenant à la famille du ministre de tutelle, lequel est lui-même un élève d »EIILM. Faut le faire