Elections obligent, les courses hippiques ont été reléguées au second plan, au point ou même la mythique Coupe d’Or, épreuve classique de la fin de saison, a été renvoyée d’une quinzaine de jours. Pourtant, tout le monde sait comment la préparation des chevaux pour une telle épreuve est délicate et que le moindre contretemps peut entraîner une contre-performance. Il faut se faire une raison, car ce n’est pas la première fois que l’hippisme doit s’effacer derrière les contingences politiques.

Cependant, maintenant qu’on sait aujourd’hui qu’un seul des deux meetings politiques prévus aura finalement lieu à Port-Louis, le renvoi aurait pu être évité. Tout au plus la journée initialement prévue pour la Coupe d’Or le 3 novembre aurait pu avoir débuté avec une heure de retard qui, en cette période estivale, est tout à fait jouable. Par ailleurs, ç’aurait évité au MTC tous les désagréments associés à une déprogrammation, comme ceux liés au patronage des courses, surtout dans une période où cette denrée est rare. Quel gâchis !

Tant pis, nous serons donc privés de courses hippiques pour aller écouter les diatribes de nos personnages politiques hauts en couleur et de plus en plus décalés. Ceux qui nous bassinent depuis maintenant trois semaines avec leurs dénonciations respectives de maldonnes financières et de coups bas de bas étage, ceux qui nous inondent de promesses électorales sur des items impossibles à réaliser hier, mais qui par miracle sont devenues possibles à travers des manifestes électoraux. Tout cela pour que l’électeur glisse un bulletin favorable dans l’urne pour que sa voix, dans tous les sens du mot, soit confisquée pour les cinq prochaines années.

On sait tous ce que les cibles visées vont bénéficier en termes monétaires, mais personne n’a su proposer comment les défis allaient être surmontés pour prémunir d’une révolution sociale qui pend au nez avec ses cadeaux et promesses tous azimuts. Il faudra bien payer toutes ces dépenses. Il suffit pour cela de constater la pertinence des mouvements sociaux à l’étranger, comme ceux des gilets jaunes en France, la révolution pour la démocratie à Hong Kong, ou la problématique du pouvoir d’achat au Chili, pour réaliser que nul n’est à l’abri de la colère du peuple. Plus que jamais, il faut à notre société un objectif sans ambiguïté d’égalité des chances où la multiculturalité sera promue au détriment du « noubanisme ».

Dans tout ce chapelet de promesses, il y a beaucoup d’oubliés. Parmi, l’hippisme mauricien, qui génère pourtant plus de Rs 2,5 milliards de turnover, secteur informel compris, mais qui ne fait l’objet d’aucune attention. Il est vrai que lors de la fin de la précédente législature, l’hippisme était en première ligne pour le pire avec le rapport intérimaire de la commission d’enquête Parry, qui recommandait des actions immédiates, que le PM d’alors avait ignoré, avant d’être balayé par une vague de rejet populaire qui avait propulsé les actuels occupants de l’hôtel du gouvernement au pouvoir.

En tout cas, sans préjudice voulu, sous l’actuel régime, l’hippisme mauricien a été malmené. Il a vu le renforcement permanent des pouvoirs arbitraires de l’instance régulatrice, sa GRA, aux dépens de l’organisateur des courses, le MTC. Ce dernier a vu ses prérogatives être progressivement confisquées, au point d’être réduites à une peau de chagrin. Aujourd’hui, le MTC — dans une impasse financière sans précédent — est réduit à un rôle de mendiant qui quémande hebdomadairement une 9e course, alors que les véritables enjeux et nerfs de la guerre sont plus d’autonomie, plus de journées de courses, organiser des paris et pouvoir enfin effectuer le commingling avec l’étranger. Sans compter l’arlésienne nouvel hippodrome et centre hippique qui donneraient aux courses mauriciennes ce renouveau qui le sauvera d’une mort certaine à terme si la voie choisie est maintenue. Certes, le gouvernement peut s’enorgueillir avec raison d’avoir combattu la mafia de la drogue dans le milieu hippique, d’avoir contribué au contrôle antidopage, mais beaucoup reste à faire, en particulier dans le domaine du money laundering.

Par ailleurs, le talon d’Achille qui restera collé à la peau du pouvoir est sans aucun doute l’aide financière précieuse et morale de Michel Lee Shim, un bailleur de fonds connu dans l’hippisme et dans le domaine du pari, qui revêt depuis quelque temps l’habit indécent de travailleur social, qui a ouvert des locaux dédiés à la pauvreté et qui ont poussé comme des champignons ces derniers jours dans certaines circonscriptions de l’île. De même sont distribués à la gloire du gouvernement, par ses soins, des dizaines de milliers de journaux papier ou en version digitale chaque deux jours. Un juste retour d’ascenseur pour des facilités reçues pour les compagnies qu’il a inspirées et créées et dont il se présente aujourd’hui comme un simple malheureux consultant, mais pour lequel il est toujours en première ligne lorsque le besoin s’en fait sentir. Un échange de bons procédés qui, dans d’autres démocraties, ont un nom et intéressent les institutions compétentes.

Du côté du MTC, l’ambition hippique collective a depuis quelques années laissé la place aux ambitions personnelles qui ont détérioré les relations avec l’État, qui en a profité pour faire des courses son porte-monnaie et son souffre-douleur. Pourtant, les personnes qui vivent des courses constituent un réservoir potentiel d’électeurs qui méritent autant sinon plus que les taximen du support financier de l’État pour sortir de l’ornière dans laquelle des potentats de la GRA les a enfoncés. Heureusement que le ministère du Travail s’est lui distingué par sa vision impartiale et que l’emploi des jockeys étrangers a été facilité cette année. C’est tant mieux que les jockeys aient connu autre chose que l’injustice d’être interdit de territoire faite au pilote belge marié à une compatriote pour avoir, crime de lèse-majesté, été indélicat, il est vrai, vis-à-vis du dirigeant ultime du pays.

Aucune des revendications majeures du monde hippique non plus n’a pas été retenue par le gouvernement sortant. Chez tous les opposants, c’est également le désert le plus complet pour ce qui reste l’activité de loisir principal des Mauriciens. Personne non plus ne s’est prononcé sur ce pays qu’on voulait prémunir du zougadérisme, mais qui est aujourd’hui sur la voie d’être la Macao de l’océan Indien tant le pays accueille aujourd’hui des bettings shops, des facility centers et des machines à sous à tous les coins de rue, qui bénéficient surtout à la galaxie Lee Shim.

À qui la faute de ce dédain étatique ? Sans doute un peu aux dirigeants du MTC qui, au lieu de s’adresser au saint des saints, se sont laissés compter par des sous-fifres dont la sincérité des promesses peut maintenant être mesurée publiquement. Est également coupable aussi le peuple et turfiste mauricien qui subit tout sans jamais réagir, si ce n’est des dénonciations aux journaux, des réactions à la radio ou des commentaires sur les réseaux sociaux. Le jeudi 7 novembre, il aura le loisir de dire ce qu’il pense vraiment et de faire le bon choix avec trois croix qui valent leur pesant d’or. À moins qu’il ne soit également un mouton qui suivra la meute et choisira entre la peste et le choléra, entre l’aveugle et le paralytique. Cette élection est l’occasion de rappeler aux politiciens que le pouvoir appartient au peuple et qu’ils ne sont que des locataires qui doivent accomplir la mission que nous leur avons confiée sur la base du programme qu’ils nous ont présenté… Votez. Votez utile. It’s election time !