Les temps ont changé, mais la manière de faire de certains demeure, avec meetings et congrès pour convaincre les convaincus

C’est la saison des grandes promesses ! Les unes plus faramineuses et farfelues que les autres. De quoi permettre aux suiveurs naïfs d’acclamer et de déifier leurs leaders, soudain frappés par une onde de générosité et d’amour du prochain. À l’heure du 2.0, les bonnes vieilles formules populistes et électoralistes semblent toujours faire recette, au détriment d’un vrai débat. Mais que nous proposent-ils de concret ? Et quelle garantie avons-nous que les promesses seront tenues ? Rien ! Pourtant, des urgences guettent notre pays qui, à l’heure du tram nommé Metro Express, traîne encore la patte sur bien des dossiers. C’est ce que nous rappellent ici plusieurs personnalités engagées.

Désiré François, chanteur

“Une salle de concert en priorité”

“Le prochain gouvernement doit construire en priorité une salle de concert. Une salle qui nous sera louée à un prix raisonnable pour que nous n’ayons plus à payer Rs 1 million pour pouvoir organiser un concert. Les sponsors nous aidaient, mais ils le font de moins en moins. J’ai la chance de pouvoir remplir les salles à chaque fois. Mais cela ne veut pas dire qu’on touche beaucoup d’argent, comme les gens pourraient le croire.

Les artistes n’ont pas de fiche de paye : il nous est impossible de demander un prêt à la banque. L’artiste ne peut pas s’en sortir. J’ai la chance d’être souvent invité à La Réunion. C’est beaucoup plus profitable de faire un concert là-bas. Mais je pense à ces artistes qui n’ont pas cette chance. Comment vont-ils s’en sortir ?

Le statut même de l’artiste doit être revu. Notre musique est jouée quotidiennement dans les hôtels, sans que nous touchions un sou.”

Sur le terrain, les partis multiplient les promesses pour tenter de séduire les votants

 

Zanzak Arjoon, chanteur

“La mise en place d’un Arts Council”

“Le prochain gouvernement doit mettre en place un Arts Council pour désethniser l’art et la culture, et faire une distinction entre les deux. Si nous traitons l’art et la culture pour ce qu’ils sont, nous les verrons comme des vecteurs économiques et d’unité nationale. Un Arts Council devra s’occuper de l’art et de la culture et les transformer en commodités artistiques pour qu’ils puissent générer un apport économique pour le pays.

Si nous traitons l’art et la culture séparément, il n’y aura plus de considération ethnique parce que l’art va rassembler les différences. Les artistes meurent d’envie de travailler ensemble pour réaliser des bouquets artistiques pluriculturels.”

Sébastien Sauvage, militant écologique

“Un engagement fort pour la préservation et la gestion de nos écosystèmes”

“Pour Ecosud, il est assez clair que nos écosystèmes et notre environnement sont face à une situation d’urgence extrême qui aura des impacts sur la vie des citoyens mauriciens. Je pense que le gouvernement doit en priorité venir avec un engagement fort par rapport à la préservation et la gestion de nos écosystèmes. Il y a une recommandation qui a été faite suite à l’étude sur les Environmental Sensitive Areas (ESA) en 2009 et la création d’une ESA Bill. Le projet de loi a été drafté. Il faut pouvoir le mettre à jour et faire en sorte qu’il soit discuté et voté au Parlement. C’est urgent parce que 90% de nos mangliers ont été détruits. Il ne reste plus que 4,4% de forêt endémique.

Durant les vingt dernières années, la population de chauves-souris insectivores a diminué de 80%. Elles vivent dans les grottes, qui sont des ESA, mais il n’y a rien qui protège ces habitats. On fait du dumping dans les grottes, on détruit un animal qui est en train de manger des insectes nuisibles à l’agriculture. Les Mauriciens ingèrent 2 kilos de pesticide par an par personne. De 2017 à 2018, il y a eu une hausse de 6,6% sur les importations de pesticides. Il y a un lien direct entre les pesticides et la gestion des ESA.

Par ailleurs, le niveau d’urbanisation à Maurice est 36 fois supérieur à la moyenne mondiale. Nous déversons du goudron et du béton partout, au détriment de la nature. 90% de nos wetlands sont affectés par le back filling. Nous devons avoir un seuil de protection minimal pour les wetlands. Il ne faut plus construire des hôtels sur les wetlands.

À travers notre campagne sur l’ESA Bill, nous réclamons que les politiciens prennent des engagements pour la préservation de nos écosystèmes.”

Les candidats des différentes formations sont désormais connus

Marousia Bouvéry, ABAIM

“Morisien bizin gagn priyorite aste later nou pei”

“Une action globale pour réduire les inégalités dans tous les domaines. Je trouve inadmissible que tous les Mauriciens n’ont pas droit à un logement. Ki zordi ankor ena pe viv a 20 dan enn lakour kot ena zis 4 lasam. Sans compter que les terres sont vendues au plus offrant. Alor ki Morisien ti bizin gagn priyorite aste later nou pei.

Côté éducation, il est grand temps que la langue kreol devienne un médium d’enseignement. Li bon ki li figir kouma enn size dan lekol, me li pa sifizan.

Sur le plan de l’art et de la culture, on ne le répétera jamais assez : il est primordial que les artistes bénéficient d’un statut légal. Depuis 2006, une convention a été ratifiée, disant clairement que l’État doit donner un statut légal aux artistes, peu importe qu’un artiste choisisse de l’exercer à plein-temps ou à mi-temps. Fode ki lar rekonet kouma enn domenn profesionel ek ki bann artis gagn pansion kouma enn travayer kiltirel.”

Les alliances changent de nom mais les visages restent les mêmes

Kunal Naïk, PILS

“Poursuivre le travail entamé par le High Level Drugs and HIV Council”

“Il est primordial que le prochain gouvernement travaille en étroite collaboration avec toutes les parties prenantes pour s’occuper en profondeur de la question du VIH/SIDA et de la consommation problématique de drogues à Maurice.

Pour le VIH, l’action prioritaire du prochain gouvernement doit être d’élargir et de poursuivre le travail déjà entamé par le High Level Drugs and HIV Council, en mettant l’accent sur l’amélioration des conditions sociales, de la qualité des soins et des programmes existants.

Pour les drogues, il est impératif que les futurs élus adoptent des approches non punitives, à travers des stratégies basées sur des preuves scientifiques et fondées sur une approche sociale et de santé publique.”

Ally Lazer, travailleur social

“Une réelle volonté politique pour combattre le fléau de la drogue”

“Le prochain gouvernement doit montrer une réelle volonté politique pour combattre le fléau de la drogue. En tant que travailleur social et responsable d’un centre de réhabilitation, je suis témoin de la souffrance des parents et de l’autodestruction des jeunes par la drogue. Il y a eu certes des actions, mais des “actions Panadol”, goutte-à-goutte. On a voulu donner confiance aux gens en instituant une commission d’enquête qui a coûté beaucoup de millions, prélevés des fonds publics, mais qui n’a abouti à rien. Les narcotrafiquants continuent à exercer. Pour gagner le combat contre la drogue, nous devons d’abord combattre la corruption.”

Anushka Virahsawmy, Gender Links

“Des actions fermes pour apporter la parité entre hommes et femmes”

“Il est grand temps de voir plus de femmes au Parlement : 11,4% des parlementaires sont des femmes, soit 8 sur 71. C’est ridicule ! Il y a également beaucoup à faire concernant la parité au niveau des salaires. Le rapport de la Banque Mondiale révèle que les femmes gagnent 30% de moins que les hommes. Sur un plan plus large, il faut des actions fermes pour apporter la parité entre hommes et femmes, qu’il y ait un équilibre. Il faut également revoir la Children’s Bill sur deux points principaux : le child marriage et la criminalisation d’un enfant de 12 ans. Il doit y avoir une volonté politique pour prendre des décisions, pas seulement pour avoir des votes, mais pour le bien-être de nos enfants.”

Selven Govinden, CLAIM

“Se pencher sur la légalisation contrôlée du cannabis”

“Le prochain gouvernement doit se pencher sur la légalisation contrôlée du cannabis. Cela permettra d’avoir une structure pour réguler la vente. Un jeune de moins de 18 ans n’y aura pas accès. Les jeunes se tournent de plus en plus vers des drogues synthétiques, qui sont très accessibles. Cela cause des torts immenses à notre société. La solution réside dans la réglementation du cannabis. Le cannabis employé à des fins médicales a fait ses preuves à travers le monde. Le prochain gouvernement devra être tolérant pour que des gens qui consomment du cannabis ne se retrouvent plus en prison et au chômage.”

Pierre Dinan, économiste

“Il faut corriger, développer d’abord et partager équitablement ensuite”

“Il y a plusieurs améliorations à rechercher. s, revigorer nos secteurs économiques existants, c’est-à-dire la zone franche manufacturière et le tourisme. Ensuite, recadrer et orienter le secteur de la canne à sucre et les services financiers. Mais la priorité des priorités, si on veut monter d’un palier, c’est de développer nos ressources maritimes en matière de pêche et de source d’énergie. Ce n’est pas normal que nous ayons 2,3 millions de km2 de zone économique exclusive et que ce soient des Japonais notamment qui les exploitent et que nous en tirions que très peu de profit. C’est la seule manière pour que notre pays ait une croissance vraiment plus élevée. Dernière priorité : on ne fait pas de l’économie que pour faire de l’économie, mais pour le bien-être de tous les Mauriciens. Il y a un grand souci de partage équitable entre tous les Mauriciens, en pensant particulièrement à ceux qui sont au bas de l’échelle. Il faut corriger, développer d’abord et partager équitablement ensuite.”

Astrid Dalais, conceptrice d’événements

“Accorder plus d’importance au bien-être de la population mauricienne”

“Le prochain gouvernement devrait accorder plus d’importance au bien-être de la population mauricienne, avec un plan stratégique marquant et prioritaire pour : la préservation et la valorisation de notre histoire et de nos patrimoines; la préservation de nos ressources naturelles et la réhabilitation de nos forêts, lagons, espaces verts et parc, entre autres; l’intégration et la cohésion sociale dans l’aménagement du territoire et dans l’encouragement des activités culturelles et sportives; la dynamique du territoire, en encourageant la créativité, la culture, le sport et l’échange culturel; le retour au civisme et à des valeurs saines et une éducation et un apprentissage de qualité. J’aimerais voir une politique de transparence et d’équité, qui encourage les initiatives saines, l’expression, la liberté et le respect.

Ce qui est certain, c’est que le pays a besoin de changement, sinon on va droit dans le mur. On en a assez de voir autant de corruption, de drogues dangereuses détruire des familles et des villages, de non-respect des êtres vivants, des patrimoines bâtis et naturels. Je dis STOP. Je veux être fière de mon pays. Je ne veux plus perdre espoir, comme ces dernières années. J’ai la conviction que le secteur des Arts et de la Culture est porteur de beaucoup d’espoir pour le développement de la vie culturelle, sociale, éducative et économique de notre île.”

Pooranee Permalloo, mouvement Fridays for future

“Rééduquer les jeunes et les plus âgés sur la valeur et l’importance de l’environnement”

“Il faut rééduquer les jeunes et les plus âgés sur la valeur et l’importance de l’environnement. Et leur faire comprendre pourquoi et comment le préserver. Très souvent, les gens croient qu’ils ne sont pas concernés. Or, la situation environnementale est alarmante et nous sommes tous concernés. La loi devrait être plus sévère envers ceux qui détruisent la nature. On jette des déchets partout impunément parce que les lois sont insuffisantes. Le gouvernement doit porter une attention particulière à l’environnement avant de monter des projets de développement. S’il ne montre pas qu’il est concerné par la conservation de notre environnement, les Mauriciens ne le seront pas non plus.”