Du changement pour de nouveaux développements; que les élections villageoises ne soient pas politisées. C’est en résumé ce que souhaitent les habitants des différents villages que Scope a rencontrés. Pour beaucoup, c’est la grande désillusion par rapport aux équipes sortantes, avec de nombreux élus ayant vite disparu après les dernières élections.
À quelques jours du Nomination Day, le dépôt de candidatures des groupes et alliances pour les élections villageoises, c’est un ouf de soulagement que poussent certains, en attendant les élections qu’ils attendaient depuis longtemps. Ils sont nombreux à exprimer leur déception de la performance des équipes sortantes. C’est donc avec enthousiasme qu’ils se préparent pour aller voter, le dimanche 2 décembre.
Récupération.
D’autres font preuve de l’indifférence la plus totale au sujet de ceux qui vont les représenter dans les conseils de villages. Ils estiment que c’est “enn gaspiyaz larzan” et une perte de temps que d’aller voter pour des candidats qui ne feront rien pour eux une fois les élections terminées et qui, par la suite, restent injoignables, voire qui “disparet”. “Zot nepli fami ar ou kouma eleksion fini”, souligne cet habitant de Camp de Masque, que tout le monde connaît sous le sobriquet de Zico.
Ils sont nombreux ceux qui ne se font aucune illusion sur cette joute électorale. Quelques petites phrases que nous avons glanées et qui en disent long sur l’état d’âme de certains : “Mo pa interese avek la politik”; “Mo pa swiv sa bann zafer-la”; “Li bet fer eleksion, sa pa servi nangne, zot fer zis pou zot fami”; “Donn zot vot, apre zot pa fer nangne;” “Zot rakont zistwar ek fer promes, apre pa trouv zot”; “Zot rod grander ek zot lager pou vinn presidan vilaz.”
La plupart de ceux que nous avons interrogés s’accordent à dire que les élections villageoises sont un exercice nécessaire et important. Plusieurs de nos interlocuteurs se prononcent contre la politisation de ces élections et la récupération qu’en font les partis classiques. Ils estiment que cela ne fait que semer la division entre les habitants. “Ce n’est pas possible que des politiciens interviennent dans ces élections. Ils mettent en péril l’harmonie qui règne entre les communautés. Déjà que cette entente est en train de s’effriter,” souligne Dorsamy Moonsamy de Souillac.
Plus d’autonomie.
Ce dernier soutient que certaines localités, en raison de leur proximité avec les partis politiques, peuvent bénéficier de faveurs au détriment d’autres, alors qu’elles devraient toutes être sur un pied d’égalité.
Des propos que confirme Zico, qui a constaté avec amertume qu’une partie de sa localité a bénéficié de certaines facilités. “Leres, zot avoy promne. Kan zot eli, zot bizin fer travay pou tou dimounn”, ajoute Nazim de Terre Rouge. Opinion que partage Luchmee de Pointe aux Piments. À Triolet, Sunil reproche aux élus d’avoir “zwe sove ek zame zot rann servis” durant leur mandat. Pour Sébastien de Bambous, il ne fait aucun doute que les candidats ne doivent pas être des agents politiques des députés de leur région. Cela évite que le développement se fasse à deux vitesses, souligne Alain de Rose-Belle.
Pour certains cependant, à cause du manque de pouvoir du conseil de village, qui dépend du District Council et ce dernier du gouvernement central, de nombreux développements n’auraient pu avoir lieu sans des interventions politiques. D’où le souhait pour une plus grande autonomie des conseils de villages et pour que davantage de pouvoirs leur soient octroyés.
Mais que ce soit les commerçants rencontrés en bordure de route, les ménagères faisant leurs emplettes pour Divali, les retraités, les pêcheurs ou plaisanciers, les employés du transport en commun, les chauffeurs de taxi, les employés de bureau, du nord au sud et de l’est à l’ouest, le citoyen lambda attend surtout un grand changement et un renouvellement au sein des conseils de villages. Plusieurs soulignent que le développement ne se fera que si ceux qui briguent les suffrages sont sincères et déterminés à oeuvrer pour leurs localités. Paradoxalement, alors que tous souhaitent qu’il y ait davantage de jeunes candidats, ces derniers ont été les plus réticents à répondre à nos questions.
Attentes.
Les attentes des villageois se résument à l’amélioration des infrastructures. Ils souhaitent qu’il y ait plus de terrains de jeux et de facilités de loisirs pour les enfants et les jeunes. Ils expriment le profond désir que les candidats aient un certain niveau académique et qu’ils sachent utiliser l’outil informatique. Est également souhaitée une connaissance des procédures administratives et du mode de fonctionnement d’un conseil. Selon Yarroo Taleb, c’est la condition sine qua non pour une meilleure administration des villages.
Nos interlocuteurs ne souhaitent plus voir n’importe quel quidam décider de leur avenir. Ils en ont assez des fausses promesses. Ils accueillent la tenue des villageoises car ils sont conscients que les politiciens, députés et ministres, n’ont pas le temps d’être à l’écoute de leurs doléances et n’ont pas cette proximité qu’ont les habitants de leurs régions.
À l’instar de Farouk Maudarbaccus et Dorsamy Moonsamy, ils sont nombreux à espérer que ces élections ne soient pas communalisées et que les candidats les plus méritants soient élus. Par ailleurs, la plus grande participation des femmes aux villageoises est diversement accueillie. Pour certains, c’est une bonne chose. D’autres ne partagent pas cet avis. “Les villageois ne sont pas encore prêts pour faire de la place aux femmes dans les conseils. Pourquoi solliciter leur participation si elles ont de faibles chances de se faire élire ?”, s’interroge un candidat sortant.