Au cas où les prochaines élections générales auraient lieu en août cette année, comme le veut la rumeur, et non pas en 2015, les différents mouvements ou plateformes citoyennes qui ont vu le jour ces derniers temps seront pris de court. Ils sont loin d’être prêts pour y participer, et encore moins de faire élire un ou deux de leurs membres en l’état actuel.
Bref constat. On l’a dit et on ne cesse de le répéter : Maurice a besoin d’un rajeunissement et d’un renouvellement de sa classe politique. Or, comment faire si les jeunes aujourd’hui – à l’exception de quelques-uns – ne sont pas intéressés par la politique ? Ces jeunes n’ont pas connu les années de gloire du Parti travailliste de 1936 ou du MMM de 1969, ni la guerre froide, les luttes d’influence des grandes puissances dans le monde et dans l’océan Indien ou même la grève des étudiants à Maurice en mai 1975 et la chute du communisme en 1989 et ses conséquences…
En revanche, ce qu’ils savent consciemment ou confusément, ce sont les magouilles anti-démocratiques et le pouvoirisme des leaders et principaux dirigeants (sauf exception !) des deux plus grands partis politiques de Maurice, le vampirisme de certaines associations dites « socioculturelles », la vague du conservatisme de la droite radicale et le néolibéralisme… En matière de relations internationales, c’est à pleurer ! Le nombrilisme des jeunes Mauriciens saute aux yeux. D’où leur naïveté et leur myopie quant aux appétits géopolitiques des grandes puissances, ne serait-ce que dans la région océan indien…
Points communs. Cela dit, les jeunes à Maurice sont comme les jeunes dans le reste du monde. Ils sont préoccupés pour leur avenir, leur vie familiale future et leur carrière professionnelle. Partout, ceux qui ont terminé leurs études sont à la recherche d’un emploi qui leur permettrait de mener une vie confortable.  Mais il n’y a pas que ça comme point commun, sur lequel ils sont tous d’accord. Pour ne citer que quelques exemples, de nombreux jeunes et de moins jeunes s’inquiètent des dangers qui nous guettent, des risques pour notre vie privée que comporterait la nouvelle carte d’identité biométrique ;  ils s’indignent des tragédies survenues durant les inondations du 30 mars 2013 et l’accident de Sorèze l’année dernière ainsi que des méga-scandales successifs que connaît le pays (la Ring Road où l’État a déboursé Rs 1,2 milliard de l’argent public, la faillite du projet Maurice Ile Durable, la braderie des plages publiques…) ; ils sont aussi concernés par la recrudescence de la violence, le trafic de drogue et les ravages causés par la consommation de la drogue, les lois scélérates qui régissent les relations industrielles, ce qu’on pourrait appeler un système d’apartheid en ce qui concerne l’éducation, la santé/l’accès aux soins médicaux, le logement, la retraite, le transport… En ce moment, ils sont surtout révoltés et dégoûtés par l’affligeant spectacle politique, la prorogation inacceptable des travaux parlementaires, la complaisance des élus, le mépris envers le peuple et les coups répétés assénés dans le dos de la démocratie avec promesse d’une Réforme électorale et l’avènement d’une IIe République à venir.
Impératif de se rassembler. Autant d’éléments qui pourraient et devraient faciliter le regroupement des divers groupes qui se sont manifestés ces derniers temps. Si l’union fait la force, alors constituer une vaste plateforme commune et citoyenne est un impératif à l’heure actuelle. Cette unité est indispensable pour barrer la route à un pouvoir totalitaire qui semble vouloir tout faire pour fausser le jeu démocratique et contribuer ainsi à la perpétuation d’un État travailliste avec le soutien complice des grosses béquilles du MMM. Ne rien faire, c’est se rendre également complice de cet état de choses et laisser le champ libre au « majakaroisme » et aux grandes frasques de l’ère ramgoolamienne. Avec tout ce dont on a assisté ces deux dernières années, même un Sir Gaëtan Duval doit se retourner dans sa tombe !
À tous ces petits groupuscules qui poussent comme des champignons et qui, s’ils persistent à vouloir faire cavaliers seuls aux prochaines élections, ne feront que diviser l’électorat, je leur dis ceci : si vous êtes d’accord qu’à l’heure actuelle la « contradiction principale » est le tandem NR/PB avec à l’horizon une alliance PTr/MMM mauvaise pour la démocratie, alors ressaisissez-vous et regroupez-vous ! J’irai un peu plus loin.  Prenant en considération (a) qu’il n’y a pas parmi vous un parti comme PODEMOS en Espagne qui, après seulement 4 mois d’existence, a pu faire élire 5 de ses membres aux récentes élections européennes, (b) que Lalit va continuer à faire passer des messages lors des prochaines échéances électorales, que Rezistans ek Alternativ fera cavalier seul à mon avis – je ne sais pas trop ce que fera le rassemblement d’ONG et de syndicats qui se met en place sous l’impulsion du Mouvement 1er Mai – et enfin (c) vos maigres ressources logistiques, je vous conseillerai de mener votre combat lors des prochaines élections comme suit :
Soit d’établir un accord avec le MSM vu comme une « umbrella organisation » – ô sacrilège, je sais ! du calme s’il vous plaît – soit, si cela vous est vraiment indigeste, de rallier le camp d’Ivan Collendavelloo qui, comme on le sait a juré qu’il se mettra en travers d’une alliance PTr/MMM et, à défaut de pouvoir aider à reconstituer le Remake, souhaite lancer un nouveau parti politique qui travaillerait avec le PMSD (si ce parti est exclu d’une alliance PTr/MMM) et le… MSM. Franchement, je ne vois pas d’autre issue. Une fois le danger principal écarté, vous déciderez alors de la marche à suivre. Vous aurez peut-être l’opportunité de renforcer les éléments progressistes, au MSM ou chez Ivan Collendavelloo, qui sont pour un État social, ceux qui travailleront pour consolider une économie sociale et solidaire, qui ont à coeur l’intérêt général. Il vous faut vous décider vite.
Je vous laisse avec une hypothèse sur laquelle je reviendrai dans un autre article. Et si, dans tout le garbarr (désordre) qui nous accable depuis le mois d’avril y compris la cassure du Remake et le rapprochement PTr/MMM, c’était un peu l’oeuvre d’une puissance régionale ?