La publication du “Writ” concernant l’élection partielle dans la circonscription de Piton/Rivière-du-Rempart a mis fin au suspense entourant ce scrutin. On ne peut s’empêcher de donner une lecture politique à ce “Writ” et d’essayer de deviner la stratégie du Premier ministre, qui à la prérogative de fixer la date de toutes les élections législatives ou partielles.

À l’évidence, Pravind Jugnauth a jusqu’ici manifesté sa volonté de respecter scrupuleusement les procédures constitutionnelles concernant les élections. Il est allé jusqu’à la limite du délai légal prévu après la démission d’un parlementaire pour donner des instructions au président de la République par intérim pour émettre le “Writ”. Encore une fois, il a opté pour aller jusqu’à la limite des délais prévus pour fixer la date du Nomination Day et la date de l’élection, soit à un peu plus d’un mois de la fin du mandat de l’actuelle législature.

On arrive à la conclusion que si Pravind Jugnauth avait vraiment l’intention d’organiser une élection partielle, rien ne l’empêchait de l’organiser en juillet ou août. Ce qui aurait permis à l’élu qui remplacerait Vishnu Lutchmeenaraidoo de prêter serment et d’avoir un mandat pour deux ou trois mois. D’avoir fixé la date de l’élection au 13 novembre peut donner à penser que le Premier ministre aurait l’intention de dissoudre le Parlement après la célébration de l’anniversaire de l’arrivée au pays des premiers travailleurs engagés, qui constitue une bonne occasion pour donner le coup d’envoi d’une campagne électorale intense. Le choix entre l’organisation de l’élection partielle et la dissolution du Parlement consiste à faire le choix entre l’intérêt personnel ou celui d’un parti avec l’intérêt national du pays. On voit mal Pravind Jugnauth, qui ne lésine pas sur les moyens pour promouvoir l’image d’un dirigeant responsable, ayant à cœur l’intérêt du pays, opter pour une élection partielle. Ce serait mauvais pour son image alors qu’il s’apprête à se présenter pour la première fois à l’électorat comme le candidat à la fonction de Premier ministre à la tête d’une alliance. Jusqu’à maintenant, c’est sous l’égide du parti ou de l’alliance dirigée par son père, sir Anerood Jugnauth, qu’il avait participé aux élections générales. Toutefois, comme il est toujours théoriquement possible d’organiser l’élection partielle, et qu’on ne sait ce qui pourrait se passer dans la tête du Premier ministre, l’éventualité d’une partielle joue le rôle d’une épée de Damoclès.

En réalité, cette situation d’incertitude permet au MSM-ML de maintenir son électorat mobilisé dans la circonscription No 7, qui se trouve à la croisée des chemins. Pour la première fois, sir Anerood Jugnauth ne sera pas candidat dans cette circonscription clé pour le MSM. L’absence de l’ex-leader du MSM crée une brèche dans laquelle les autres partis, en particulier le Ptr, vont essayer de s’engouffrer. La campagne électorale pour la supposée partielle permettra de garder les partisans mobilisés en vue de la campagne pour les prochaines élections générales.
Tout en maintenant l’attention sur la partielle annoncée, c’est la date des élections générales qui consiste actuellement le nouveau suspense. Dans un discours sobre prononcé au Parlement hier, le leader du MMM, Paul Bérenger, a exhorté le Premier ministre a organiser les législatives avant le 22 décembre. Cela serait en ligne avec le mandat de cinq ans obtenu avec l’électorat. Il affirme, non sans pertinence, qu’il serait injuste d’imposer un « caretaker government » à la population à partir du 22 décembre.

Le même Paul Bérenger a proposé hier à Pravind Jugnauth une voie de sortie en ce qui concerne l’utilisation du Special Reserve Fund de la Banque de Maurice pour éponger une partie de la dette publique, mesure qui est très critiquée, non seulement par les partis de l’opposition, mais également dans les milieux économiques. Il a proposé que le FMI entreprenne une étude sur le montant adéquat du capital de la banque centrale afin de protéger la roupie tout en préservant l’indépendance de cette dernière. Il faudra attendre lundi pour savoir si cette proposition est tombée dans l’oreille d’un sourd.