Ils sont passionnés par leurs villages et veulent de ce fait changer les choses et améliorer la qualité de vie de la population. Ces candidats aux prochaines élections villageoises, dont le dépôt des candidatures a lieu aujourd’hui, identifient facilement les problèmes affectant leurs villages et suggèrent très vite plusieurs solutions. Rencontre avec quelques-uns des protagonistes de la joute électorale du 2 décembre dans le nord du pays.
« Ladrog ». Ce mot vient facilement à la bouche de ceux qui vont présenter leurs candidatures aujourd’hui dans les centres de vote de leurs localités. Poudre-d’Or, Triolet, Plaine-des-Papayes, Rivière-du-Rempart, Trou-aux-Biches… Peu importe où vous vous trouvez, les gens interrogés sur les problèmes rencontrés dans leurs villages disent : « Pa fasil ek tou sa problem-la, nou bann zenes finn perdi latet, la plipar dan ladrog. »
Manisha Jhurry, une des animatrices du Mouvement pour le progrès du village à Rivière-du-Rempart, estime que « pa ti panse ki ladrog pou rant dan nou vilaz. Nos jeunes représentent l’avenir du pays. Nou bizin fer kiksoz pou zot ». Son objectif : encourager les jeunes à pratiquer un sport ou des jeux comme les échecs. « Rien ne marche si nous sommes malades », lance-t-elle. En dépit du parcours de santé, ajoute-t-elle, des centaines de femmes ne font aucune activité physique en vue de garder la forme.
L’animatrice du Mouvement pour le progrès de Rivière-du-Rempart compte au sein de son groupe des nutritionnistes, ex-enseignants, ingénieurs et travailleurs sociaux qui souhaitent contribuer à l’amélioration de la santé des habitants de leur village. « J’ai un plan sur la nutrition pour les habitants », déclare-t-elle.
En outre, Manisha Jhurry se soucie des infrastructures de son village, dont le problème de drains qui fait qu’en temps de pluie, les rues sont inondées. Sur le plan environnemental, s’il y a une chose qu’elle ne tolère pas c’est les ordures que certaines personnes n’hésitent pas à balancer dans les rues, sur les terrains en friche ou encore dans les rivières. « Nous devons mettre bon ordre dans tout cela ! »
Changement
Non loin de ce grand village qu’est Rivière-du-Rempart se trouve une plus petite, Poudre-d’Or. L’on y trouve Narain Ram, enseignant et dirigeant du Mouvement socialiste de Poudre-d’Or, qui interpelle nos dirigeants politiques sur la prolifération de la drogue. « J’ai travaillé avec ces enfants. Aujourd’hui, je les vois dans cette mauvaise situation. Il est temps de mettre un terme à ce problème en leur offrant des alternatives, comme le théâtre, par exemple », explique-t-il.
À Poudre-d’Or, il y a, paraît-il, de bons acteurs mais aussi des jeunes qui s’intéressent à la musique et à la danse. Le ministre des Arts et de la Culture Mookhesswur Choonee, également député de la circonscription, en a d’ailleurs été informé… Narain Ram soutient ainsi qu’il s’attellera à ce projet si son groupe remporte les élections villageoises.
Le dirigeant du Mouvement socialiste de Poudre-d’Or n’oublie pas non plus le terrain de football du village « kot bizin tir korner lor lari », et promis aux habitants depuis de nombreuses années. « Les élections passent, on vient au village pour récolter des votes et ensuite, on ne fait rien pour nous… Me ziska kan ? », lance-t-il.
Dans le village, l’on déplore entre autres l’absence de toilettes publiques, surtout à proximité de l’hôpital. « Nous sommes des laissés pour compte », fustige Narain Ram. Par ailleurs, Poudre-d’Or ne possédant, par exemple aucune bibliothèque, les enfants doivent parcourir plusieurs kilomètres pour se rendre à celle de Mapou. « Nous aussi nous voulons produire des médecins dans notre village. Nous devons donc y rehausser le niveau d’éducation », dit le dirigeant du Mouvement socialiste. De ce fait, ajoute-t-il, « nous pourrons avoir des conseillers de village et de districts qui peuvent s’exprimer en anglais et en français pour défendre nos intérêts au sein de ces deux institutions et pas des présidents de village ki pa konn ekrir zot nom. Sa osi noun finn gayne isi ».
De plus, Narain Ram trouve inappropriée la démarche de certains habitants de Poudre-d’Or qui veulent constituer un groupe religieux en vue de prendre part aux élections villageoises. Il avance que leurs candidats seraient issus d’une seule communauté. « Comment peut-on laisser une telle chose se passer dans notre pays ? C’est aberrant ! Sa osi noule sanze. »
Travailler avec le gouvernement
À Plaine-des-Papayes, l’on se plaint de la politique au niveau national qui affecterait, selon le leader du Parti national de Plaine-des-Papayes, le progrès et le développement de l’endroit. « Il nous faut soutenir le gouvernement pour que le village se développe. Or, nos représentants au conseil de district du Nord a depuis ces sept dernières années, soutenu l’opposition », lance Faezal Rujub pour expliquer pourquoi le village est délaissé. « Aucun projet n’a été réalisé ici depuis ces dernières années. L’endroit qui s’appelle La Boutique Rouge, par exemple, est complètement abandonné. »
« Zenes pena lwazir », renchérit Dharmarajen Shibchurun, président des forces vives de la localité. Afin de palier ce manque, il pense aux sports, donc la construction d’un gymnase dans le village. Éclairer le terrain de football de Poudre-d’Or est aussi une priorité. « Le village s’agrandit, il nous faut plus d’espaces de loisirs pour les habitants, un Citizen Advice Bureau (CAB) et un jardin d’enfants. Sans oublier des activités pour les femmes et les aînés », estime MM. Shibchurun et Rujub.
« Nous sommes motivés par l’intérêt de notre village », lance pour sa part Michaël Momine qui sera candidat à Trou-aux-Biches aux élections du 2 décembre avec son groupe, le Mouvement pour le progrès du village. Les habitants de cette partie du pays voteront d’ailleurs pour la première fois pour leurs propres candidats, ayant obtenu leur propre conseil de village cette année-ci. Auparavant, il était attaché à Pointe-aux-Piments.
Dans le village, le travail social ne fait pas peur à Michaël Momine ni à ses adversaires du Mouvement solidarité de Trou-aux-Biches. Ils se battent tous pour le bien-être des habitants au mieux de leurs moyens. Comme le souligne M. Momine, « fale ou kontan ou vilaz pou ou fer travay sosyal. »
Trou-aux-Biches, explique Michael Momine, n’est plus un village comme dans les années 70. Il s’est très bien développé au fil des ans et cela à vitesse grand V avec ses hôtels qui ont été agrandis, ses commerces de luxe et ses nombreux restaurants.
Les récents développements qui ont marqué Trou-aux-Biches sont la construction d’un bureau de poste et d’un dispensaire pour lesquels les différents groupes de travailleurs sociaux ont milité. Les habitants ont obtenu ces deux établissements et un nouveau poste de police, grâce à Beachcomber, dans le cadre de la rénovation et de l’agrandissement au Trou-aux-Biches Village. Cet hôtel a beaucoup aidé le village, constate-t-on de part et d’autre.
Toujours est-il qu’il y reste encore à faire à Trou-aux-Biches afin d’améliorer la qualité de vie des habitants. Pour ce faire, les travailleurs sociaux mettent constamment à jour leur liste de projets ; pas uniquement à la veille des élections villageoises. Michael Momine avance d’ailleurs avoir soumis pas mal de projets aux ministères concernés et qui seront publiés dans son manifeste électoral pour les présentes élections.
Vivian Marie-Jeanne, président du Mouvement solidarité de Trou-aux-Biches trouve, lui, qu’il n’a pas été facile de séparer son village de Pointe-aux-Piments. C’est un grand succès de la part des membres de ce groupe qui, dit-il, « sans être élu lors des dernières élections villageoises, ont pu mener un tel combat ».
Jackie Alexandre, également membre du groupe, s’appesantit sur un autre combat mené pour la construction du nouveau Fisheries Post à Trou-aux-Biches. « Ena dimounn ti pe rod pran sa terin la ek gouvernma ti dakor pou donn li. Mais nous avons lutté et finalement nous avons eu notre Fisheries Post », raconte-t-il. « Asterla nou vilaz sal, mank developma », ajoute-t-il avant d’énumérer les projets se trouvant sur la liste. Parmi : un terrain de football, des abribus, un gymnase, une école de musique pour les jeunes, des cours d’informatique pour les personnes âgées, des drains, des trottoirs et l’éclairage pour les routes pour améliorer la sécurité routière.